La Réforme agraire

« L’œuvre la plus importante accomplie par le Pouvoir de la Géorgie indépendante dans le domaine de l’économie nationale, fut la Réforme agraire, dont plusieurs Etats s’occupèrent après la guerre, sans y avoir tous réussi.

La Géorgie ne possédait pas assez de terre pour les besoins de toute la population rurale. Etant donné cette circonstance, la réforme agraire était urgente et le règlement devait en être rendu plus aisé. La plus grande partie de la terre, en Géorgie, appartenait à l’Empire russe (Trésor russe) et à la famille impériale, qui s’en emparèrent par des procédés divers ; la noblesse géorgienne venait ensuite. La situation des paysans qui cultivaient la terre en métayage était dure et leur dépendance des propriétaires portait parfois les traces du régime féodal (ainsi, par exemple, le paiement des impôts pour la jouissance de la terre se faisait exclusivement en nature, etc.).

La superficie du territoire (6.058.000 hectares)se décomposait de la façon suivante, en 1917 :2.206.000 hectares, soit 36,5 % à l’Empire russe; le reste,3.852.000 hectares, était réparti entre les propriétaires privés, et parmi ces derniers, 1.876.869 paysans (sauf Adjarie) ne possédaient que893.019 hectares. De générations en générations, les paysans cultivaient la terre qui ne leur appartenait pas et devaient aux propriétaires une partie, assez élevée, de la récolte. Une telle situation suscitait chez les paysans de grands mécontentements, lesquels servaient de prétextes à des mouvements révolutionnaires et entravaient le développement de l’agriculture.

La Géorgie indépendante, au début même de son indépendance renouvelée, adopta ·une loi agraire dont l’application fut réalisée au cours des deux années suivantes. D’après cette loi, toutes les terres appartenant à l’Empire russe, aux Eglises et monastères, et à la famille impériale, furent confisquées; quant aux propriétaires privés, la loi leur laissa la jouissance de 7 à 14 dessiatines (7,6 à15,2 hectares), suivant le genre de culture auquel était soumise la terre. La confiscation ne comporta aucune indemnité aux anciens propriétaires.

Ainsi l’Etat constitua un fonds agraire d’environ3.900.000 hectares, composé de forêts, prairies, pâturages, terres arables, etc. Les forêts, pâturages, gisements de minerai et eau restèrent en possession de l’Etat; le reste de la terre devait être attribué aux paysans n’ayant que peu ou pas de terres et dont le travail dans l’agriculture était la source principale de revenu (loi du23 janvier 1919). La superficie de la terre distribuée à chaque paysan de cette catégorie ne devait pas dépasser celle laissée aux anciens propriétaires; les paysans payèrent à l’Etat, pour la terre acquise, une somme minime destinée à couvrir une partie des dépenses de l’Etat pour la réforme agraire.

L’Etat céda une partie des eaux et forêts, selon l’importance locale, aux administrations communales (self-government); d’autre part, les paysans conservèrent le droit de jouissance des forêts pour leurs besoins personnels et dans la limite fixée par l’Etat.

Au début de 1921, la réforme agraire était presque achevée, la terre était répartie et les petits cultivateurs étaient devenus les maîtres absolus de la production de leur travail. C’était la fin du désordre dans l’économie rurale: les paysans satisfaits étaient devenus des gardiens inébranlables du nouveau régime républicain et de l’indépendance nationale; le travail aux champs était repris avec une énergie nouvelle et la confiance en l’avenir.

La superficie de la terre ensemencée qui avait diminué pendant la guerre, augmenta rapidement et, en trois ans, elle fut presque doublée : en 1916,353.000 hectares; en 1920,621.000 hectares.

Cette réforme agraire répondait si bien aux aspirations des masses paysannes géorgiennes que, lorsqu’après l’occupation dela Géorgie, le Gouvernement soviétique proclama la nationalisation complète de la terre, il n’osa pas y toucher avant plusieurs années. Et cela se conçoit, car il s’agissait alors de la confiscation de la terre des petits cultivateurs et non de celle des grands propriétaires fonciers qui en étaient déjà dépossédés. Par le fer et le feu, par la destruction des foyers des paysans et par la déportation de leurs familles en Sibérie, le Gouvernement soviétique réussit plus tard la nationalisation de la terre et la collectivisation de l’économie rurale en Géorgie; toutefois, il dut reconnaître aux paysans le droit de propriété des enclos et des jardins pour les besoins de leurs familles. »La Géorgie– édité par l’Association Géorgienne pour la Société des Nations-Paris 1937

Advertisements


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s