VOYAGE DE L’INTERNATIONALE SOCIALISTE EN GEORGIE – 1920

Film sur  « Camille Huysmans en Géorgie », avec l’aimable autorisation de l’Amsab

L’Internationale ouvrière, aussi connue sous le nom de Deuxième Internationale, fut fondée, à l’initiative notamment de Friedrich Engels, par les partis socialistes d’Europe lors du Congrès de Paris en juillet 1889. Certains anarchistes furent présents à ce congrès, réclamant le groupement des travailleurs en lutte essentiellement sur le terrain économique, et rejetant la division politique, mais ils en furent exclus pour des raisons de divergence tactique claires.

Se basant, comme la Première Internationale, sur le constat de la lutte des classes, la Deuxième Internationale milite jusqu’au début du XXe siècle sur les bases du marxisme. Mais certains courants se développent à la droite de l’Internationale, prêchant l’abandon du principe selon lequel « l’émancipation des travailleurs doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » (principe révolutionnaire qui était celui de la Première Internationale) et recommandant de privilégier le parlementarisme (réformisme). En 1904, le congrès donne cependant raison au révolutionnaire Jules Guesde contre le réformiste Jean Jaurès, choix inverse de celui des élections qui donnent 31 députés à Jaurès et 12 à Guesde.

Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, les leaders socialistes (à l’exception des Russes et des Serbes), votèrent les crédits militaires demandés par les gouvernements bourgeois. Les militants fidèles à l’internationalisme et au pacifisme dénoncèrent ce reniement de la majorité, et militèrent contre la guerre – ce qui leur valut souvent d’être exclus de la Deuxième Internationale (comme Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht en Allemagne). Ces militants hostiles à la guerre sont alors appelés communistes, par opposition à leurs ex-camarades socialistes. Durant le conflit, deux conférences, celle de Zimmerwald et surtout celle de Kienthal, réunirent les militants de la gauche de l’Internationale (souvent communistes), parfois exclus, pour s’opposer à la guerre et aux « socialistes » la soutenant.

Suite à la création de l’URSS, les communistes quittèrent la Deuxième Internationale pour rallier la Troisième Internationale fondée par les communistes russes en 1919.

***

La sociale démocratie géorgienne, qui naquit vers 1893, avait déjà noué des rapports avec l’Internationale ouvrière au temps où la Géorgie n’était qu’une province de l’Empire russe. Comme membres du parti pan-russe, les socialistes géorgiens prenaient, depuis longtemps, part aux congrès socialistes internationaux. Ce furent ses délégués qui apprirent au prolétariat géorgien les problèmes du mouvement ouvrier mondial. Et dès lors, il faut signaler la tendance affirmée de la sociale-démocratie géorgienne à se rapprocher des partis socialistes occidentaux.

Après la déclaration de l’indépendance de la République Géorgienne – le 26 mai 1918 – la première pensée du prolétariat géorgien fut d’entrer en rapports immédiats avec le prolétariat européen. Telle fut d’ailleurs la tendance de tout le peuple géorgien : c’est dans la collaboration étroite avec les forces démocratiques de l’Occident qu’il chercha une issue à la situation semée d’embûches et de dangers, à laquelle il était confronté.

Mais, pratiquement toute l’Europe ignorait jusqu’à l’existence même de la Géorgie. La petite République entourée de tous côtés par les forces de l’impérialisme oriental (de Moscou et d’Angora – ancien nom d’Ankara -), courait le risque d’être écrasée sans même que l’Europe s’en aperçoive et sans que le prolétariat des pays occidentaux ait pu se rendre compte de ce que représentait pour le socialisme universel, l’œuvre accomplie par les ouvriers et paysans de la lointaine Géorgie.

La social-démocratie géorgienne s’empressa donc d’informer l’Internationale Socialiste de la situation de la jeune république.

Les conférences socialistes d’Amsterdam et de Lucerne, qui réunirent les représentants de tous les courants de la pensée socialiste, furent saisies de la question de la Géorgie et votèrent à l’unanimité des résolutions demandant la reconnaissance de l’indépendance du nouvel Etat démocratique.

Il fallait donner à l’Internationale socialiste la possibilité d’apprendre tous les détails relatifs à la Géorgie qui réalisait, dans des conditions particulièrement difficiles, le programme minimum du socialisme.

Dans le courant de l’automne 1920, le parti social-démocrate de Géorgie s’adressa aux représentants des différents partis socialistes d’Europe, en les invitant à venir visiter la Géorgie. Une délégation internationale fut formée. D’éminents militants d’Angleterre, de Belgique, de France et d’Allemagne y prirent part.

Le prolétariat anglais fut représenté par Ramsey Mac Donald, Thomas Shaw et Mme Snowden; le socialisme belge par Emile Vandervelde, Camille Huysmans et Louis-de-Brouckère; le mouvement ouvrier français par Pierre Renaudel, Adrien Marquet et A. Inghels; la sociale-démocratie allemande par Karl Kautsky et Louise Kautsky.

Le13 septembre 1920, la délégation, à l’exception de Kautsky qui malade les rejoignit peu après, fit son entrée à Batoum. Pendant deux semaines, elle parcourut le pays pour l’étudier. De-Brouckère resta en Géorgie après le départ des autres délégués. Karl Kautsky y séjourna plus de trois mois, étudiant attentivement l’œuvre du peuple géorgien.

La rencontre avec les représentants du socialisme européen produisit une profonde impression sur les ouvriers et paysans de Géorgie : ils y puisèrent de nouvelles forces pour leur pénible travail et leur âpre lutte.

Rentrés en Europe, les délégués rendirent compte dans de nombreux articles et conférences de ce qu’ils avaient vu dans ce pays lointain, au seuil de l’Asie.

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