Proclamation des Ministres survivants après le décès de Noé Jordania

Éditée en langue géorgienne – traduit par l’auteur du blog

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A la nation géorgienne

Une époque de l’histoire de la Géorgie a pris fin.

Noé Jordania n’est plus : un homme dont le verbe et l’action dominèrent la vie politique et sociale géorgienne, un grand Géorgien, porteur de la souveraineté nationale, emblème et défenseur acharné de l’indépendance de la Géorgie.

Nous, membres du gouvernement de la Géorgie, ses proches collaborateurs dont le destin fut d’être à ses côtés dans la joie comme dans le malheur – d’abord en œuvrant de concert avec lui pendant les temps heureux en Géorgie, puis dans la communion ici lors des temps amers de l’exil – en cet instant de suprêmes adieux, nous tenons à nous adresser à la nation géorgienne, sans larmes ni long discours.

Le peuple géorgien sait bien qui était Noé Jordania mais peut-être certains ignorent-ils ce que, exilé en terre étrangère, il accomplissait pour la Géorgie.

En mars 1921, lorsqu’après plusieurs semaines de combats sanglants les nombreuses armées russes vainquirent notre jeune armée, l’Assemblée Constituante, organe suprême de la Géorgie, se réunit une dernière fois (le 17 mars 1921) dans l’enceinte du self-government de Batoumi et décida que le peuple géorgien continuerait sa lutte irréductible contre l’occupant, par tous les moyens possibles. Seul le gouvernement de la Géorgie souveraine, sous la présidence de Noé Jordania et avec un nombre restreint de membres, partirait à l’étranger et là, devant les nations éclairées, défendrait les droits de la Géorgie et travaillerait au rétablissement de son indépendance.

Donc, si en Géorgie, un pouvoir étranger s’est établi à l’aide des baïonnettes de l’occupant, le gouvernement national, investi de la confiance du peuple et dirigé par Noé Jordania, fut envoyé à l’étranger.

Le travail du gouvernement national portait principalement sur : faire connaître la question géorgienne aux étrangers et défendre les droits de la Géorgie partout où parler au nom de la nation géorgienne s’imposait.

C’était une tâche difficile à accomplir parce qu’en Europe la Géorgie historique était davantage connue que la Géorgie des 19ème et 20ème siècles, étant donné que son existence – tant géographique que politique, s’était confondue pendant 120 ans avec l’empire russe.

La presse internationale, les organisations à caractère public, les rassemblements de partis politiques, les congrès de paix internationaux, les parlements et gouvernements, la Société des Nations (SDN), tous se sont intéressés à la question géorgienne à la suite des interventions du gouvernement national en exil qui, preuves en mains, rendait évidente la perfidie perpétrée par le gouvernement russe soi-disant « ouvrier et paysan ». Beaucoup de décisions, divers actes parlementaires et gouvernementaux, des résolutions de congrès internationaux et de la SDN soutinrent la Géorgie et rendirent sa cause populaire dans le monde entier.

Noé Jordania était au centre de toute cette activité, qu’il s’agisse de poser ou de porter en tous lieux la question, la cause de la Géorgie. C’est lui qui dirigeait et donnait le ton. Sa grande autorité déterminait le travail du gouvernement national, facilitait le rassemblement autour de sa personne des représentants des partis politiques géorgiens en exil et rendait exemplaire, aux yeux des émigrés des différents pays, l’unité de l’émigration géorgienne dans la lutte contre l’ennemi.

Si des désaccords se manifestaient entre les représentants des partis et si leur collaboration se délitait – quoique jamais sur le principe, la lutte pour les droits de la Géorgie, mais sur les questions tactiques relatives à la réalisation de cette lutte – le gouvernement national était cet organe inébranlable et constant restant sur ses positions et se maintenant au-dessus des dissensions.

Le temps et le travail incessant accompli dans les conditions difficiles de l’émigration nous ont enlevé Noé Jordania. C’est une perte incommensurable, un coup très dur porté à notre mouvement de libération. Nous savons qu’en apprenant cette nouvelle l’ennemi va se sentir pousser des ailes et que sa langue venimeuse va se ranimer pour porter l’estocade au cœur du peuple géorgien déjà profondément blessé.

Mais que l’ennemi ne se fasse pas d’illusions ! L’idée de l’indépendance de la Géorgie est plus puissante et plus durable que la vie d’un homme. La nation géorgienne ne mettra pas en berne le drapeau de l’indépendance géorgienne, le mouvement de libération aura toujours un défenseur.

Génération après génération, l’amour de la patrie restera aussi fort dans l’émigration géorgienne que l’amour de la liberté dans le peuple géorgien. Restés orphelins, les membres du gouvernement national ressentent intensément la difficulté de la tâche jusque-là menée conjointement avec Noé Jordania. Ils ne déserteront pas ce chemin qu’ils parcouraient ensemble depuis 35 ans. Ils iront jusqu’au bout et sans ménager leurs forces pour la cause de la liberté et le triomphe de leur mission.

Si aujourd’hui, à l’étranger, on ne parle plus autant qu’avant de la Géorgie c’est parce que la question géorgienne ne se pose plus de façon isolée. Personne ne s’étonne désormais de son sort depuis que l’URSS a réservé le même destin à toutes les nations environnantes ou voisines. C’est pourquoi la question géorgienne ne sera pas résolue de manière séparée.

La politique impérialiste affichée par l’URSS a plongé dans une profonde réflexion toute l’humanité libre. « A qui le tour, demain ? » se demandent les nations restées indépendantes. La peur de la guerre a saisi le monde entier, la politique de l’Union soviétique a coupé le monde en deux blocs. Une telle situation ne pourra pas durer longtemps, tôt ou tard tout rentrera dans l’ordre et de cela dépend le destin de notre petit pays.

Notre tâche devra être désormais que la Géorgie – cette première victime de la perfidie de l’URSS – ne soit pas oubliée. La préparation de l’opinion publique dans le but de rappeler la question géorgienne à tous est maintenant l’objet de tous nos soins…A tous c’est-à-dire à ceux qui seront appelés à régler la situation internationale, et à notre peuple pour lui faire oublier son sentiment de victime désignée et pour l’aider à supporter le temps des extrêmes tensions internationales.

Nous nous attacherons à ce que les pays étrangers aussi bien que ceux tombés au sein de l’URSS soutiennent avec compassion la Géorgie et appuient ses justes revendications. Nous ne pourrons nouer d’amitiés dans cette affaire que si nous montrons de la fermeté et de l’unité dans notre ambition.

Nous savons que la flamme de l’indépendance nationale grandira éternellement dans le cœur de notre peuple. De toute notre âme nous sommes avec lui et nous ne trahirons jamais le serment du 26 mai 1918.

Nous avons perdu le très grand guide et gardien de notre cause, mais il n’y a pas de place pour le désespoir : le bon droit de notre cause fait sa force.

Le 20 janvier 1953                                                                Ev. Guéguétchkori

A Paris                                                                       K. Kandelaki             Ak. Tchenkeli

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