Chronologie 1921 – 1954

 

  • Avril 1921-1923 – Résister à l’envahisseur inique – Faire résonner la voix de la Géorgie libre
  • 1924 – 1925 – Insurrection Nationale –Bataille d’influence dans les sphères internationales pour que le droit de la Géorgie indépendante soit préservé lors de la reconnaissance de la Russie soviétique 
  • 1926 – 1933 – Guerre de position : tribunes politiques, publications, assassinats – Affrontements au sein du PC géorgien
  • 1934 -1939 – L’affaire de l’admission et de l’expulsion de la Russie de la SDN
  • 1940 – 1954 – 2ème Guerre Mondiale – Et la question géorgienne dans le nouvel ordre du monde

Résister à l’envahisseur inique – Faire résonner la voix de la Géorgie libre

Avril 1921 -1923

Avril-décembre 1921

Au début du mois d’avril 1921, le Gouvernement National légitime de la Géorgie, présidé par Noé Jordania, arrive en exil à Paris, et s’y installe. Entouré par les représentants des différents partis politiques géorgiens, le Gouvernement national sera le centre de défense des droits de la Géorgie, à l’étranger.

La première tâche du Gouvernement fut d’informer les pays étrangers et l’opinion publique des événements qui étaient intervenus en Géorgie

10 avril : le Comité central du parti social-démocrate de Géorgie organise une réunion publique, autorisée par les troupes d’occupation. 3000 personnes y prennent part. Publication d’une motion par le parti social-démocrate où est affirmé :

  1. Notre ligne politique, dans son ensemble, reste dans les conditions nouvelles, la même que précédemment : Vers le Socialisme par la Démocratie
  2. Pour le parti social-démocrate, l’indépendance de la Géorgie demeure toujours l’un des fondements de son action, et celle-ci tendra, comme auparavant, à l’affermir
  3. Vu les conditions anormales et difficiles dans lesquelles se trouve la Géorgie, nous souhaitons que l’Internationale Ouvrière intervienne amicalement dans les rapports intérieurs au sein de la classe ouvrière de Géorgie. Nous voudrions que les deux courants du mouvement ouvrier de l’Europe – socialiste et communiste – forment une commission mixte sous le contrôle de laquelle aurait lieu, en Géorgie, un vote libre qui traduirait la volonté des travailleurs du pays.

11 avril : arrivée à Marseille (France) du bateau hôpital le Bien-Hoa transportant le « Trésor de l’Etat géorgien ». Ce transport, décidé par le Gouvernement National pour préserver le Trésor National de tous pillages et exactions, s’était effectué initialement à Batoumi sur l’Ernest Renan. Les caisses contenant le Trésor ont, ensuite, été transférées sur le Bien-Hoa à Constantinople.

« Le 11 avril 1921, la Banque de France à Marseille a reçu du Commandant du « Bien-Hoa », deux cent trente-six caisses que ce dernier lui a déclaré contenir le Trésor Géorgien.

La plupart des cachets apposés sur ces caisses sont brisés.

Elles ont été reconnues numériquement en présence de :

MM. Ekutime Takaïchvili, Vice-président de l’Assemblée Constituante de la République Démocratique de Géorgie,

Joseph Eligoulachvili, Sous-secrétaire d’Etat au Ministère des Finances, du Commerce et de l’Industrie de la République Démocratique de Géorgie,

Zourab Avalichvili et André Decanosi, Délégués de la Géorgie,

Fait en double à Marseille, le 11 avril 1921

Le Directeur » – (Sources : Banque de France)

Le 21 avril, un courrier du Ministère des Finances envoyait au Gouverneur de la Banque de France copie de la lettre adressée par Aristide Briand, Président du Conseil, à Akaki Tchenkeli, Ministre plénipotentiaire de la Géorgie en France. Cette lettre à A. Tchenkeli indiquait notamment : « J’ai l’honneur de vous faire savoir que le Gouvernement français ne juge pas utile de participer à cet inventaire. Il estime qu’il s’agit d’un dépôt fait par le Gouvernement géorgien auquel il sera rendu, dès qu’il le demandera, sous la forme et dans l’état où il a été effectué. En votre qualité de représentant dûment accrédité de la Géorgie à Paris, vous pourrez le retirer quand il vous conviendra et je fais donner des instructions en ce sens à la Banque de France ». Sources : Banque de France

14 avril : lettre de Lénine aux camarades d’Arménie, d’Azerbaïdjan et de Géorgie.

20 avril : unification forcée des chemins de fer transcaucasiens. Opposition des dirigeants géorgiens.

21 avril : décret portant sur la création d’un Conseil des commissaires du peuple.

Avril-mai : extrême tension politique. Succédant à une période initiale de tolérance, début de la répression contre les opposants. En mai, les troupes d’occupation arrêtent plus de 2000 militants du parti social-démocrate.

12 mai : au nom du Gouvernement National légitime de Géorgie, la Légation géorgienne en France, qui s’était ouverte le 25 février 1921 à Paris, adresse à Eric Drummond, Secrétaire général de la Société des Nations (SDN), les documents relatifs à l’invasion de la Géorgie et lui demande que la question de l’invasion et de l’occupation de la Géorgie par la Russie soviétique soit mise à l’ordre du jour de la prochaine session.

21 mai : instauration de la République Soviétique d’Abkhazie dont la création retire 1/8 de son territoire à la Géorgie.

10 juin : les représentants des quatre gouvernements caucasiens en exil, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Nord Caucase, créent le « Comité paritaire pour l’Indépendance ».

7-11 juin : tenue à Genève du Vème Congrès International des Associations de la SDN. L’Association Géorgienne de la Société des Nations y présente son Rapport (Genève, Juin 1921). Dans sa conclusion figure cet appel : « L’Association Géorgienne de la Société des Nations, qui travaille à renforcer les liens entre le peuple géorgien et ceux de l’Europe occidentale, a l’honneur de solliciter cet appui de la part de ce Congrès.  Nous voudrions que la haute Assemblée élève la voix pour stigmatiser le crime d’impérialisme de Moscou qui a détruit la liberté et l’indépendance de notre peuple. (…) »

13 juin : au nom du Gouvernement National légitime, la Légation de Géorgie à Paris formule un recours auprès du Conseil de la Société des Nations (SDN), lui rappelant les documents précédemment remis.

Juin : les forces d’occupation organisent une réunion publique à Koutaïssi. Pour corser l’intérêt, les organisateurs donnent à cette réunion le caractère d’une séance de tribunal. Après les réquisitoires des orateurs communistes, véritables procureurs accusant de tous les crimes le Président du Gouvernement de la République démocratique de Géorgie, Noé Jordania, le public fut invité à rendre son verdict. Celui-ci rendit, à l’unanimité, la sentence suivante : « Confiance à Jordania, peine capitale pour Lénine ». (« La Géorgie sous la domination des armées bolchévistes ». Edition de la Présidence de l’Assemblée Constituante de la République Géorgienne. Octobre 1921). Les arrestations commencèrent à l’issue de la réunion, inaugurant une nouvelle vague de répressions.

5 Juillet : Staline, l’un des Commissaires du peuple, est insulté par la foule à Tbilissi : suite à leur convocation, plus de 5000 ouvriers assistèrent à la réunion. Les  premiers mots de Staline, félicitant les ouvriers pour avoir secoué le joug menchevique, déchaînèrent l’indignation de l’assistance « Mensonge l Le joug mencheviste n’existait pas chez nous ! Il n’y avait pas de révolution communiste en Géorgie ! Vos troupes ont supprimé notre liberté ! ». Au contraire, « des ovations accompagnèrent les discours d’Alexandre Dguebouadzé et Isidore Ramichvili montés à la tribune. (…) Cet échec amena Staline à imposer le changement du chef de gouvernement : P. Makharadzé, qui occupait le poste de président du Conseil des commissaires du peuple, fut remplacé par Boudou Mdivani. C’est alors que la terreur bolcheviste redoubla ».  («La Géorgie sous la domination des armées bolchévistes». Edition de la Présidence de l’Assemblée Constituante de la République Géorgienne. Octobre 1921).

De juillet à décembre, le PC de Géorgie est divisé. Le gouvernement s’oppose  à la politique centralisatrice d’Ordjonikidzé, dirigeant du Kavbjuro (Bureau caucasien).

7 août : 3449 ouvriers de Tbilissi signent un appel aux organisations ouvrières européennes. Après avoir décrit toutes les horreurs dont ils sont victimes, sous la domination étrangère, ils écrivent :

« Nous vous communiquons tout cela, chers camarades, dans la conviction que vous élèverez la voix pour la défense d’un peuple-frère contre les violences de la barbarie/ Accourez à notre aide. Rendez-vous compte sur place de la vie des ouvriers opprimés de Géorgie/ Envoyez, dans ce but, des délégués que ce soit même des communistes européens, au nom desquels ont déjà été accomplies contre nous des horreurs sans nombre/ Nous attendons votre parole fraternelle, votre équitable verdict.  » («La Géorgie sous la domination des armées bolchévistes». Edition de la Présidence de l’Assemblée Constituante de la République Géorgienne. Octobre 1921).

12 août : Aristide Briand, Président français du Conseil suprême des Alliés, reçoit Akaki Tchenkeli et Avétis Aharonian venus plaider la cause de l’indépendance de leurs pays respectifs.

Août : Tedo Glonti, ancien responsable du parti social-fédéraliste rallié au nouveau pouvoir, précise les règles des élections devant se dérouler en décembre : « Le parti social-démocrate et les autres partis anti-bolcheviques ne pourront se présenter aux élections ».

29 août : un nouveau mémorandum, cette fois signé d’Evgueni Guéguétchkori, Ministre des Affaires Etrangères du Gouvernement National de Géorgie, réitère la demande du mois de mai à la SDN.

2 septembre : appel adressé à tous les peuples de l’Occident par le Président du Gouvernement de la République de Géorgie  (Noé Jordania) et le Président de l’Assemblée Constituante (Karlo Tchéidzé) sur

1/l’urgence d’expédier en Géorgie denrées et médicaments,

2/ le devoir des peuples libres d’élever la voix pour aider le peuple géorgien à se débarrasser des envahisseurs. (voir texte in  » la Géorgie sous la domination des armées bolchevistes« .

Septembre : l’Assemblée générale de la SDN émet un vote de protestation et de réprobation à l’encontre de l’invasion et de l’occupation de la Géorgie par les troupes de l’armée Rouge soviétique, et rappelle que le Gouvernement National de Géorgie réclame l’assistance des organismes créés par la SDN en vue de combattre la faim et les épidémies dans le monde. Malheureusement, aucune décision ni résolution ne furent adoptées.

Sept-octobre : premières élections en Géorgie dans les coopératives. Les candidats communistes obtiennent 3% des voix, les candidats sociaux-démocrates 95%. Les élections sont annulées. Les communistes nomment tous leurs délégués.

Octobre-novembre : pétitions et manifestations réclamant le départ de l’Armée rouge de la Géorgie.

8-17 octobre : les organisations syndicales géorgiennes décident d’adresser une pétition au « Comité Révolutionnaire » et de la présenter aux partis politiques nationaux.

24 octobre : une délégation, composée de 9 personnes, se présente au palais gouvernemental, siège du Comité révolutionnaire. Après plusieurs heures d’attente, tous ses membres sont arrêtés, interrogés par la tchéka et emprisonnés dans la forteresse de Métekhi.

28 octobre : diffusion d’un tract informant les habitants de Tbilissi de l’arrestation de la délégation.

29 octobre : déclaration de Boudou Mdivani, publiée dans « Le communiste » et «la Pravda géorgienne » (Pravda Grousi), appelant à châtier les « contre-révolutionnaires, nationalistes, sociaux-démocrates, ouvriers ».

Octobre : Publication à Paris de « La Géorgie sous la domination des armées bolchévistes » – Edition de la Présidence de l’Assemblée Constituante de la République Géorgienne. Ce dossier fait le bilan très documenté de l’immédiate période post-occupation de la Géorgie – .

Parmi les nombreuses informations y figurant, au chapitre de la « Suppression de la liberté  » est rappelé que 600 membres du parti social-démocrate géorgien sont emprisonnés et, parmi eux, les hommes les plus estimés du pays : Silvestre Djibladzé, l’un des fondateurs du parti ; Alexandre Lomtatidzé, Vice-président de l’Assemblée Constituante ; Grégoire Lordkipanidzé, vice-président du Conseil dans le cabinet de N. Jordania ; Isidore Ramichvili, membre de la première Douma ; Guérassim Makharadzé, membre de la 2ème Douma, condamné aux travaux forcés, libéré par la Révolution de 1917 puis envoyé de la République de Géorgie auprès du gouvernement russe ; Guizo Andjaparidzé, Président du Conseil (soviet) de Batoum, puis maire de la ville pendant l’indépendance ;  David Oniachvili, Ministre de l’Agriculture dans le cabinet Jordania ; Noé Tsintsadzé, sous-secrétaire d’état au Ministère de l’Instruction Publique ; Vlassa Mguéladzé, l’un des plus anciens militants socialistes du pays qu’il représenta plusieurs fois dans des Congrès internationaux ; Grigol Ouratadzé, membre de la Constituante, signataire au nom de la Géorgie du traité de paix du 7 mai 1920 avec la Russie ; Alexandre Dguebouadzé, organisateur de la Garde Populaire et orateur favori des ouvriers de Tbilissi ; Zakharie Gourouli, chef des mineurs de Tchiatouri.

1er novembre : Grève de protestation et meetings, organisés par les syndicats et le parti social-démocrate, dans tous les centres industriels, les chemins de fer, les manufactures.

25 novembre : la Commission présente son rapport pour la création d’une République de Transcaucasie. Le P.C de Géorgie est divisé. Mdivani, Kavtaradzé, Svanidzé et Tsintsadzé sont contre ; Eliava et Ordjonikidzé pour. Grigol, dit « Sergo », Ordjonikidzé se prononce en faveur d’une politique centralisatrice.

Fin novembre : le parti social-démocrate diffuse un journal bihebdomadaire, « Sakartvelos hma » (La voix de la Géorgie).

Décembre : le pouvoir d’occupation décide de maintenir les élections. Le parti social-démocrate diffuse un appel au boycott des élections. Appel repris par tous les partis non-communistes.

3 décembre : début des élections. Elles dureront jusqu’au 8 décembre à Tbilissi, Koutaïssi et Batoumi. Elles sont boycottées à plus de 70%.

22 décembre : en Géorgie, publication de deux décrets réglant les élections rurales et conférant le droit de vote à tout individu se trouvant sur le territoire géorgien ainsi qu’aux membres de l’Armée rouge.

1922

7 janvier : début des élections. Boycott quasi général. Les soldats russes, les agents de la Tcheka et les résidents non géorgiens parcourent les campagnes et votent à la place de la population. Perquisitions et arrestations suivies d’exil dans tout le district de Tbilissi.

Les listes de candidatures autorisées furent exclusivement communistes. Face au mécontentement général, des personnes « sans parti » furent ajoutées ; faveur étendue au groupe Tedo Glonti. Résultats : 351 élus dont 305 communistes, 36 sans étiquette et 10 du groupe Tedo Glonti.

Janvier : la Conférence de Cannes refuse la présence de la Géorgie à la Conférences de Gênes.

23 janvier-1 février: 1er Congrès du P.C de Géorgie. Elus : Ordjonikidzé, Orakhelachvili (secrétaire), Makharadzé, Todia, Sabachvili, Mdivani.

5 février : le gouvernement de Moscou ayant rejeté la proposition du Comité Exécutif de la IIème Internationale Socialiste d’envoyer une Commission mixte en Géorgie, le Comité central du parti social-démocrate décide de convoquer une Conférence clandestine de tout le parti. La Conférence assigne comme but prioritaire le rétablissement de l’indépendance et, à cette fin, l’action coordonnée de tous les partis opposés aux bolcheviques. C’est ainsi que fut créé le « Comité de l’indépendance » dit paritaire car réunissant tous les partis alliés. Ce Comité devait travailler sur la base de la coopération avec le Gouvernement légal présidé par Noé Jordania « en vue du rétablissement de l’indépendance nationale suivant les lois fondamentales empreintes de l’esprit démocratique que vota la Constituante de Géorgie ».

11 février : 60 000 jeunes, sous la direction des Jeunesses Socialistes, manifestent dans tout le pays pour protester contre l’invasion de la Géorgie par l’Armée rouge un an auparavant.

Le parti social-démocrate publie et diffuse un hebdomadaire « Tchveni Ertoba » (Notre Union).

17 février : décès de Silva (Sylvestre) Djibladzé qui, très malade, venait d’être relâché par la Tcheka.

19 février : Une publication de la Conférence de Gênes indique que le Ministère des Affaires Etrangères de Géorgie, « en un mémorandum, daté du 19 février, requiert de la Conférence (de Gênes) qu’elle demande au Gouvernement de Moscou de retirer ses troupes de Géorgie et, dans l’éventualité où ce gouvernement serait juridiquement reconnu comme Gouvernement de la Russie, que la Géorgie ne soit pas incluse dans le territoire russe ».

25 février-3 mars : 1er congrès des Soviets de Géorgie. Adoption de la Constitution de la R.S.S de Géorgie.

12 mars : fondation de l’Union fédérative des Républiques soviétiques de Transcaucasie dont Tbilissi devient la capitale sous le nom de Tiflis. Le Kavbjuro se transforme en Zakkrajkom (direction régionale du parti).

15 mars : les démarches entreprises par le Gouvernement National de Géorgie furent soutenues par la décision des partis politiques – parti social-démocrate, parti démocrate (classes moyennes et bloc rural) et parti socialiste fédéraliste, auxquels 93% des membres de l’Assemblée Constituante appartenaient. Résolution du 15 mars 1922.

Avril : création à Paris du « Comité de l’indépendance » de la Géorgie composé de représentants de partis politiques géorgiens et particulièrement des partis social-démocrate, national démocrate et socialiste-fédéraliste et socialiste révolutionnaire. Son but : l’organisation d’un soulèvement national.

1er avril : le refus par la Conférence de Cannes de l’admission de la Géorgie à la Conférence de Gênes, fournit l’occasion d’évoquer le cas de la Géorgie au Parlement français.

A la Chambre des Députés, Raymond Poincaré, Président du Conseil,après avoir rappelé qu’à Cannes ni la Turquie, ni les Etats du Caucase ne seraient invités (une question sérieuse qu’il ne souhaitait pas discuter ici),  déclare : « nous avons reconnu l’Etat de Géorgie et demandons qu’il soit, pour le moins, représenté à la Conférence de Gênes (Aristide Briand : « C’est juste »). (…) Il va sans dire que si la Géorgie juridiquement reconnue n’était pas admise à la Conférence de Genève, la Russie ne serait pas autorisée à représenter les états qu’elle a envahi et qu’elle occupe par la force ». A la fin de la séance, Edouard Herriot demanda que le Président du Conseil confirme que son gouvernement restait attaché à la cause de l’indépendance de la Géorgie. Demande acceptée par R. Poincaré qui ajoute que le Gouvernement de la France a exprimé à plusieurs reprises son soutien  à l’Etat de Géorgie. « Le Gouvernement de la Géorgie a un représentant à Paris, et ce représentant a accès au Ministre des affaires étrangères ». Journal officiel 2 avril 1922.

2 avril : le Ministre des Affaires Etrangères de Géorgie adresse à la Conférence de Gênes une note qui transmet l’appel du Patriarche de Géorgie, Ambroise. Dans cette lettre datée du 7 février, le Patriarche Ambroise adresse à la Conférence de Gênes une lettre exprimant le rejet des forces d’occupation et demandant leur retrait. « S’il est vrai que les forces d’occupation essaient de convaincre tout un chacun, à l’étranger, qu’elles ont libéré et rendu heureux les Géorgiens, moi le chef spirituel de la Géorgie, et aujourd’hui son seul véritable pasteur, dans les mains desquels reposent les fibres les plus intimes du cœur de la nation, et qui reçoit le premier ses lamentations et ses larmes, sait bien combien elle est heureuse (…) En un mot, la Nation est dans la misère et dans le deuil mais n’a pas la possibilité matérielle d’élever la voix (…) Nous  sommes confiants que l’honorable Conférence (…) délivrera la Géorgie de la servitude humiliante et du régime de violence dont elle est victime! ». Il paiera de plusieurs années de prison cet appel courageux. Publication de la Conférence de Gênes.

3 avril : Staline, secrétaire général du P.C. russe.

Printemps-été : forte tension entre le PC de Géorgie et Staline.

10 avril : ouverture de la Conférence Internationale de Gênes qui se terminera le 19 mai. Elle a pour but de normaliser les relations entre états européens. La délégation russe réclame de représenter également la Géorgie. Les démarches diplomatiques entreprises par le Gouvernement National pour défendre les droits de la Géorgie continuent. Elles trouvent un nouveau soutien dans la pétition signée de tous les partis politiques clandestins existant en Géorgie. Vlassa Mguéladzé apporte de la Géorgie occupée une pétition signée par les ouvriers géorgiens dénonçant le scandale des élections en Géorgie et réclamant le retrait des troupes russes d’occupation. La Conférence refuse à la délégation de la Russie le droit de représenter la Géorgie.

25 mai : première attaque cérébrale de Lénine

24-25-26 mai : le parti social-démocrate organise dans les villes et villages de Géorgie des manifestations pour commémorer l’anniversaire de l’indépendance. Des dizaines de milliers de manifestants y participent. A Kvirila, Samtredia, Tchokhataouri et autres localités, les troupes russes tirent sur la foule. Nombreuses victimes.

Début de la répression contre les autres partis géorgiens.

28 mai-23 juin : au nom de l’Alliance Coopérative Internationale, Victor Serwy, directeur de l’Office coopératif belge, réalise une enquête en Géorgie sur la situation du secteur coopératif. Sa mission d’observateur le conduit à noter qu’il « règne une haine sourde contre la tyrannie russe » et d’ajouter : « Il ne serait point étonnant qu’un jour la Géorgie, dont l’esprit est profondément démocratique, se lève pour chasser l’oppresseur ». « La Géorgie coopérative sous le régime bolcheviste ». Publié en juillet 1922. Bruxelles.

1 juin : Raymond Poincaré, Président du Conseil et Ministre des affaires étrangères de la France, réitère à la Chambre des députés l’affirmation de la reconnaissance de jure du dernier Gouvernement géorgien par le Gouvernement français, et rappelle le refus opposé par la Conférence de Gênes au Gouvernement russe qui réclamait d’être accompagné par les délégués des gouvernements constitués de facto de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan. Journal Officiel  2 juin 1922.

Juin : Le Gouvernement National en exil décide l’acquisition du domaine du Château de Leuville, proche de Paris.

Juin à juillet : campagne d’épuration des partis communistes du Caucase.

18 juillet : La question géorgienne est soulevée devant la Chambre des Communes britannique : « M. Snowdon a demandé au Sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères, s’il était conscient des exécutions et des persécutions du peuple géorgien effectuées par le gouvernement bolchévique qui a envahi la Géorgie et renversé le Gouvernement démocratique de ce pays (…) ». Constantin Kandelaki «The Georgian Question before the Free World» Paris. 1953

26 août : le Gouvernement National adresse derechef un appel à la Société des Nations sous la signature d’Akaki Tchenkeli, Ministre plénipotentiaire de la Géorgie en France qui présente un mémorandum à soumettre au Conseil de la SDN.

Automne : sous la direction de K. Tcholokhachvili, soulèvement de partisans en Svanétie.

Dans toute la Géorgie, et dans les grandes villes, le parti social-démocrate se réorganise et développe une presse et des actions clandestines.

15 sept. : le comité central du P.C de Géorgie refuse le projet de Staline sur l’autonomisation des Républiques.

20 septembre : Proposition de  Louis de Brouckère, délégué pour la Belgique. Il défend à la tribune de la Société des Nations l’appel du Gouvernement géorgien et propose, devant le Conseil des six puis, devant la IIIème Assemblée (22 septembre)  , une résolution sur la situation en Géorgie, adoptée à l’unanimité : « L’Assemblée de la Société des Nations, ayant considéré la situation de la Géorgie, invite le Conseil à suivre avec attention les événements dans cette partie du monde, de manière à saisir les occasions qui pourraient se présenter d’aider par des moyens pacifiques et conformes aux règles du droit international, au retour de ce pays à une situation normale. » Les mots en italiques « émue de la situation malheureuse » et « souffrances » en avaient été retranchés. Procès-verbal de la 6ème Commission, huitième séance, et IIIème Assemblée de la Société des Nations, quatorzième séance plénière. « Documents relatifs à la question de la Géorgie devant la Société des Nations ». Edition de la Légation de Géorgie en France. Paris 1925

22 octobre : Désavoué par Lénine, le comité central du P.C de Géorgie démissionne. Nouveau comité central désigné par le Zakkrajkom.

9 novembre : un rapport secret de l’Armée rouge rapporte qu’en Géorgie comme en Azerbaïdjan, les montagnards attaquent les détachements militaires, et que les listes communistes aux élections des Soviets n’ont obtenues en réalité  que moins de 30% des voix.

20 novembre : inauguration de la Conférence de Lausanne. Akaki Tchenkeli, chef de la Délégation du Gouvernement National de Géorgie et Ministre Plénipotentiaire de Géorgie en France, obtient la publication d’une note dans laquelle il s’oppose, au nom du Gouvernement National de Géorgie, à la déclaration de la délégation soviétique dirigée par Tchitchérine qui prétend s’exprimer au nom de la Géorgie. Il dénonce les principes hérités de la diplomatie tsariste dont le but est de transformer la mer Noire en lac russe, garantie de l’hégémonie russe sur tous les états côtiers. Il souligne que ce projet a pour objectif de priver le peuple géorgien de tout moyen de communication avec les puissances occidentales.

25 novembre : Félix Dzerjinski, chef de la Tcheka, est envoyé par Lénine en Géorgie pour examiner le différend opposant les membres du Comité Central à Ordjonikidzé.

10 novembre : 1er Congrès des Soviets de Transcaucasie à Bakou.

23-26 décembre : publication par Lénine de sa « Lettre au Congrès », testament très critique à l’égard de Staline.

30 décembre : Création de l’URSS, Union des Républiques de Russie, Ukraine, Biélorussie et Transcaucasie.

30-31 décembre : alarmé par l’affaire géorgienne, Lénine dicte ses « Notes sur la question nationale » contre le « chauvinisme grand-russien » et pour une plus grande autonomie des Républiques.

1923

« La lutte irréductible que menaient toutes les classes sociales contre les pouvoirs d’occupation conduisit Moscou à une répression implacable qui prit un tour particulièrement féroce à partir de 1923. » D. Charachidzé. « H. Barbusse, les soviets et la Géorgie ». Editions Pascal. Paris

1er janvier : Réforme monétaire. Suppression des monnaies nationales. Instauration d’un rouble transcaucasien sur la base d’une parité avec le rouble géorgien.

Hiver-printemps : réforme agraire bolchevique. La réforme agraire, instaurée par la République indépendante de Géorgie, est abolie. Toutes les terres qui avaient été redistribuées aux paysans doivent être confisquées et nationalisées. Le parti social-démocrate organise la riposte contre ce décret.

D. Charachidzé indique : « Comme il n’existait plus (en Géorgie), après la réforme socialiste, une seule grosse propriété terrienne, ce furent exclusivement les petits propriétaires qui furent dépossédés de leurs terres. Cette méthode empruntée aux conditions agraires du régime de l’ « obchtchina », de la « commune » agricole de la Grande Russie, habituée à la redistribution périodique des terres entre ses membres, constitue un non-sens économique pour un pays de petite propriété, comme la Géorgie. Aussi cette mesure s’y heurta-t-elle à des difficultés infranchissables, en instaurant le désordre à la campagne et en entravant les forces productives agricoles. » Au printemps 1929, le Commissaire du peuple à l’Agriculture « déclarait au Congrès des Soviets géorgiens : Nous nous proposons de terminer la distribution des terres en 5-6 ans ( Communiste, N° 82 ). Délai nécessaire « pour sortir du chaos où leur propre politique a plongé le pays. » D. Charachidzé. « H. Barbusse, les soviets et la Géorgie ». Editions Pascal. Paris

De janvier à février, déportation hors de Géorgie de dizaines de dirigeants du parti social-démocrate.

17 janvier : conférence clandestine du parti social-démocrate de Géorgie. Elle entérine la création du Comité de l’indépendance de la Géorgie et le rôle du gouvernement en exil. 26000 adhérents sont enregistrés et 5000 aux Jeunesses Socialistes.

25 janvier : à réception du rapport de Djerzinski, le Politburo du Comité central du P.C de l’URSS approuve l’attitude d’Ordjonikidzé et décide d’éloigner les opposants : Mdivani, Makharadzé, Tsintsadzé, Kavtaradzé.

De janvier à juin : « En janvier, puis en mars, avril, mai et juin, la Commission Extraordinaire (Tcheka) procéda à des arrestations massives ayant pour but de s’emparer des militants illégaux du parti menchevik (dénomination métaphorique utilisée, depuis la scission du Congrès de Londres, pour « social-démocrate »). La dernière opération d’arrestation en masse eut lieu au mois de juin. » D. Charachidzé. « H. Barbusse, les soviets et la Géorgie ». Editions Pascal. Paris

Février : le tchékiste Oboladzé est envoyé en Gourie (Géorgie occidentale) pour réprimer les révoltes. Il fait exécuter et emprisonner des paysans, piller et brûler des villages. En dépit de sa garde rapprochée de 15 hommes, il est abattu près d’Ozourghéti.

13 février : en représailles, 92 prisonniers, composés majoritairement de militants socialistes, seront fusillés à Tiflis.

6 mars : Lénine, « dégoûté par la grossièreté d’Ordjonikidzé et les connivences de Staline », prend le parti des « nationaux déviationnistes » (oppositionnels communistes géorgiens).

14 mars : 2ème congrès du P.C géorgien. Les oppositionnels sont écartés de la direction. Vano Lominadzé est élu président.

19 mars : tenue du 2ème Congrès des organisations bolcheviques de Transcaucasie.

17-25 avril : XIIème congrès du P.C.R. Lénine, victime d’une nouvelle attaque, ne peut y assister : les  « nationaux déviationnistes géorgiens »  se retrouvent isolés face à Staline.

Mai : 80 dirigeants et militants du parti social-démocrate de Géorgie sont déportés hors de Géorgie.

20 mai : exécution du général Abkhazi et de 14 officiers supérieurs de la République, membres du Centre militaire du Comité de l’indépendance.

Juin : Mdivani est démis de toutes ses fonctions.

Juillet : démantèlement systématique des partis politiques d’opposition.

6 juillet: adoption de la Constitution de l’URSS.

24 juillet : signature du traité de Lausanne qui annule et remplace le traité de Versailles et règle la question des frontières turques. L’article 23 des dispositions spéciales stipule : « le principe de la liberté de passage et de navigation par mer et dans les airs, en temps de paix comme en temps de guerre, dans le détroit des Dardanelles, la Mer de Marmara et le Bosphore, ainsi qu’il est prévu dans la Convention spéciale conclue à la date de ce jour, relativement au régime des Détroits. » Traité de paix signé à Lausanne le 24 juillet 1923. SDN. Recueil des traités.

Juillet-octobre  pour faire face à la répression qui s’abat sur tout le pays, mise en place des conditions d’un soulèvement par :

  • le Comité Paritaire pour l’indépendance de la Géorgie, siégeant à Paris :
  • les partis politiques d’opposition, les organisations clandestines, les syndicalistes, les patriotes, en Géorgie.

10 septembre : par l’intermédiaire de Khariton Chavichvili, délégué du Gouvernement National de Géorgie, un appel solennel sur la situation de la Géorgie est transmis au Secrétaire Général de la Société des Nations. L’appel signé du Comité de l’indépendance de la Géorgie est adressé de Tiflis (Tbilissi) et daté du 25 mai 1923.

Novembre : arrestation de Noé Khomeriki, ancien Ministre de l’agriculture du Gouvernement, revenu clandestinement de France pour organiser l’insurrection nationale.

Hiver-printemps : inflation galopante : près de 1000% de janvier à juin (78% sur l’ensemble de l’année 1922). Crise des « ciseaux », selon le mot de Trotski qualifiant l’écart grandissant entre l’abaissement des prix des produits agricoles et l’augmentation des prix des objets manufacturés. En octobre, on compte 29 000 chômeurs secourus pour 100 000 salariés.

Automne-hiver : les opposants bolcheviques se rapprochent de Trotski.

Les sociaux-démocrates, Irakli Tsereteli et Constantin Gvardjaladzé, deviennent membres de l’Exécutif de l’Internationale Socialiste. Ils le demeureront jusqu’en 1939.

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Insurrection Nationale

Bataille d’influence dans les sphères internationales pour que le droit de la Géorgie indépendante soit préservé lors de la reconnaissance de la Russie soviétique

1924 -1925

1924

21 janvier : mort de Lénine

En février, la Grande-Bretagne (Ramsay MacDonald, 1er ministre) et l’Italie reconnaissent l’URSS avec une réserve concernant la Géorgie pays reconnu juridiquement par eux et dont les droits sont maintenus et préservés.

9 Février : départ de Marseille de Benia Tchkhikvichvili, ancien  député et maire de Tbilissi, et de Valiko Djougheli, commandant de la Garde Nationale, pour préparer l’insurrection nationale en Géorgie décidée par le Comité de l’indépendance.

6-11 mai : IIIème congrès du P.C de Géorgie.

3 juillet : le groupe socialiste au Parlement français adresse à Edouard Herriot, Président du Conseil, une lettre « sur la  Reconnaissance des Soviets et l’indépendance de la Géorgie ». dans laquelle il rappelle notamment que : «En février 1921, sans déclaration de guerre, la Géorgie a été envahie par les armées russes. Son peuple n’a, depuis ce temps, cessé de protester contre la violence dont il était ainsi l’objet, sans doute parce qu’il était un petit état sans défense.  (…) (Le groupe socialiste) pense donc que la République française ne saurait, sans dommage moral pour elle-même, abandonner l’attitude prise à l’égard d’un petit peuple dont l’indépendance a été universellement reconnue. Le Gouvernement français doit la conserver, même si le développement des négociations ne permettait pas d’obtenir l’assentiment de la Russie. Le Parti socialiste suggère donc que le gouvernement de la République déclare qu’il reconnaît pleinement « de jure », l’Union des Républiques soviétiques « sous réserve des actes internationaux par lesquels fut reconnue « de jure » l’indépendance des différents états issus de l’empire russe, et ayant leurs représentants accrédités auprès du gouvernement français. Il tombe sous le sens que si une telle formule, à défaut d’une autre plus explicite, n’était pas adoptée, l’abandon de la cause géorgienne risquerait de devenir une menace pour d’autres petits pays, puisqu’il sanctionnerait tacitement une entreprise de la force et en rendrait pour d’autres cas la tentation toujours possible (…) ». Edition l’Emancipatrice. Paris 1925

Juillet : arrestation de Bénia Tchkhikvichvili.

5 août : Le Comité de l’Indépendance de la Géorgie rédige à Tiflis (Tbilissi) un Mémorandum faisant appel à la Société des Nations qui doit se réunir en septembre à Genève.

Dans les premiers jours d’août, Valiko Djougheli, commandant de la Garde Nationale, est arrêté et torturé par la Tcheka. Il sera mis à mort le 31, dès le début de l’insurrection

28 août dans la nuit : déclenchement de l’insurrection dans la ville minière de Tchiatouri  (Géorgie occidentale).

29 août : l’insurrection se propage en un mouvement essentiellement rural à toute la Géorgie occidentale (Gourie, Mingrélie, Imérétie, Svanétie) et touche le tiers de la population totale du pays, soit env. 800 000 habitants. Les paysans de Gourie y jouent un rôle déterminant.

Alors que l’ordre est donné à toutes les Tchékas locales de massacrer les prisonniers sans défense, détenus de longue date, partout à la campagne, le peuple avait renversé les autorités soviétiques sans faire de victimes. Cela leur fut ensuite reproché avec un parfait cynisme par les bolcheviks : « Les sociaux-démocrates se sont montrés sans caractère et faibles, des « invertébrés » qui firent un soulèvement démocratique suivant les règles démocratiques, et qui ne surent mettre à mort aucun de nos camarades, bien que nous les ayons fusillés par centaines et que nous ayons même exécuté des membres de leur Comité central. » Rapport officiel sur l’insurrection par M. Kakhiani, publié le 11 septembre dans la « Rabotchaia Pravda », journal russe de Tiflis.

Bénia Tchkhikvichvili et Noé Khomeriki déportés en Russie et incarcérés à la prison de Souzdal, où ils se retrouvent, seront conduits à la Guépéou de Moscou dès le début de l’insurrection, et envoyés à Rostov pour y être tués. Et cela afin « de semer la terreur parmi la population géorgienne, de décourager et démoraliser l‘insurrection en marche. L’assassinat des innocents est par excellence la méthode soviétique de répression du mouvement populaire. (…) Mais l’assassinat de centaines de prisonniers ne suffisait pas. Pour mieux impressionner la population, il fallait encore des noms d’hommes politiques connus, aimés, respectés par toute la Géorgie. Khomeriki, Djougheli, et Tchkhikvichvili en étaient (…) ». D. Charachidzé, « Barbusse, les Soviets et la Géorgie ». Paris. Editions Pascal.

Le colonel Kakoutsa Tcholokachvili avec une importante force rebelle attaque la base de l’Armée rouge au sud-ouest de Tbilissi. Les partisans combattent désespérément mais, isolés, doivent se replier en Kakhétie.

La Tcheka transcaucasienne laisse le mouvement aller à son terme en province. Arrestations massives à Tbilissi.

En effet, la population des grandes villes tenues par l’Armée rouge ne peut réagir. Les représailles, là-aussi, débutent dès le début de l’insurrection. Les troupes d’occupation fusillent les otages pris dans les villes ou les villages comme à Koutaïssi le métropolite Nasari et 10 prêtres. Elles arrêtent les membres des familles des personnages connus de la République qui servent d’otages ou sont fusillés pour l’exemple.

Septembre : l’opposition antibolchevique est décimée. Des milliers de militants sont déportés en Sibérie. La population subit un traumatisme considérable :

2 septembre : condamnation à mort de 24 responsables de l’opposition. Exécutions en masse dans tout le pays.

4 septembre : le nouvel état-major de l’insurrection, Comité insurrectionnel du Comité d’indépendance de la Géorgie, est arrêté à son tour à Chio-Mghvimi.

5 septembre : transmission du Mémorandum du Comité de l’Indépendance de la Géorgie, accompagné d’une lettre adressée par les délégués du Gouvernement National de Géorgie à la Vème Assemblée de la Société des Nations qui se réunit à Genève.

5 septembre : Les membres arrêtés de l’état-major de l’insurrection  (Koté Andronikachvili, président du Comité, Jason Djavakhichvili, Gogui Djinoria, Mikhael Botchorichvili, Mikhail Ichkneli, D. Oniachvili, tous des dirigeants sociaux-démocrates), informés des exécutions en masse, acceptent de signer un appel à l’arrêt du soulèvement pour interrompre l’hécatombe. Ce texte rédigé sous la pression sera immédiatement diffusé dans le pays, et épargnera des centaines d’otages destinés au peloton d’exécution. Jugés un an plus tard par un tribunal spécial dans un simulacre de procès public, ces membres du comité sont condamnés à la déportation en Sibérie (8 à 10 ans).

6 septembre : Noé Jordania, Président du Gouvernement National de Géorgie adresse de Paris un télégramme au Président de la Vème Assemblée Générale de la SDN, le Suisse Giuseppe Motta. Un télégramme identique est  adressé en même temps au Président du Conseil  français, Edouard Herriot, et au Premier ministre Britannique Ramsay MacDonald, alors à Genève. Dans ces télégrammes Noé Jordania demande que la SDN, organisme fondé pour pacifier les relations internationales, intervienne pour exiger de Moscou d’arrêter toute action militaire en Géorgie et de soumettre  le conflit à l’arbitrage international.

Il adresse le même jour un télégramme au Président du Conseil des Commissaires du Peuple, au Kremlin, Moscou : « En 1921, vos troupes, au mépris du traité conclu entre nous occupèrent, après cinq semaines de combat, la Géorgie déjà reconnue indépendante par vous-mêmes. Depuis, le peuple géorgien supporte des persécutions inouïes et inconnues dans son histoire. Maintenant réduit au désespoir, il lutte contre votre pouvoir. La Géorgie lutte, non pour rétablissement de tel ou tel régime intérieur, mais pour son droit à sa détermination nationale et pour rétablissement son indépendance. Vous savez vous-mêmes que Géorgie ne se soumettra jamais à domination étrangère. Au nom peuple géorgien, je vous propose arrêter actions militaires et résoudre conflit russo-géorgien pacifiquement en nous basant sur traités conclus entre nous 7 mai 1920. Je déclare en même temps que nous sommes prêts conclure traité complémentaire garantissant vos intérêts économiques et commerciaux en Géorgie. Le Président du Gouvernement National de Géorgie Noé Jordania – Paris, le 6 septembre 1924. » Le télégramme restera sans réponse. Annexe 10 in Documents relatifs à la question de la Géorgie devant la Société des Nations. Edition de la Légation de Géorgie en France. Paris 1925

9 et 10 septembre : Noé Jordania dans ses deux courriers adressés au Président de l’Assemblée générale de la SDN réitère sa demande et expose les représailles perpétrées par les autorités soviétiques (assassinant 43 prisonniers politiques détenus par la Tcheka). Il formule l’espoir que les délégués dénonceront les actions barbares du Gouvernement bolchevique de Moscou en Géorgie.

11 septembre : lors de la Vème Assemblée de la SDN, les délégations de France, Grande-Bretagne et Belgique présentent un projet de résolution à inscrire à l’ordre du jour. Cette résolution renouvelait celle votée le 22 septembre 1922.

Paul Boncour, délégué de la France, accueilli à la tribune de l’Assemblée par des applaudissements, souligna que cette proposition avait été établie après accord entre R. MacDonald et E. Herriot, respectivement Premier Ministre de Grande-Bretagne et Président du Conseil français.

La proposition de résolution renvoyée à la Commission de l’ordre du jour sera discutée au sein de la sixième Commission les 20 et 22 septembre (examen) . Cela aboutira à un rapport et à la nomination du délégué du Canada, Edward Mortimer MacDonald,  comme rapporteur à l’Assemblée de la SDN.

25 septembre : le rapport de la sixième Commission sur la situation en Géorgie est présenté à la Vème Assemblée de la Société des Nations par Edward Mortimer MacDonald, délégué du Canada.

Le professeur Gilbert Murray, délégué de Grande-Bretagne, déclarait à cette occasion : «Le 27 janvier 1921, la Grande-Bretagne a reconnu de jure la Géorgie comme Etat indépendant et, cette année le Gouvernement britannique a reconnu le Gouvernement des Soviets ; mais comme M. E. M. MacDonald vous l’a indiqué, les termes de cette connaissance ont été choisis très soigneusement et, à mon sens, très correctement.

Je me permets d’émettre l’avis que c’eût été un manque de tact de la part du Gouvernement de Sa Majesté d’intervenir dans la question brûlante qui se posait entre le Gouvernement des Soviets et celui de la Géorgie. En tout cas, la reconnaissance a été formulée en termes très étudiés et très corrects ; Le Gouvernement de Sa Majesté a reconnu l’Union des Républiques socialistes soviétiques comme le Gouvernement de jure des territoires de l’ancien Empire russe qui avaient reconnu l’autorité de l’Union soviétique. Nous n’avons rien fait de plus». Extrait du compte-rendu de la Vème Assemblée. Genève 1924. « Documents relatifs à la question de la Géorgie devant la Société des Nations ». Edition de la Légation de Géorgie en France. Paris 1925

26 septembre : La Délégation du Gouvernement National de Géorgie adresse une lettre au Conseil de la Société des Nations rappelant la demande d’intervention du Président du Gouvernement National, Noé Jordania, et soulignant « qu’il s’agit bien d’une guerre entre deux Etats, dont l’un, grand et puissant, cherche à écraser l’autre, petit et faible, et que le statut international de la Géorgie ne saurait être modifié du fait de l’occupation militaire étrangère ». Extrait de la Lettre de la délégation, Genève  26 septembre 1924. « Documents relatifs à la question de la Géorgie devant la Société des Nations ». Edition de la Légation de Géorgie en France. Paris 1925

L’intervention espérée des puissances européennes ne viendra pas.

On évalue entre 3000 et 5000 morts le nombre de victimes. Les prisonniers et déportés en Sibérie se comptent par centaines. La répression de l’insurrection durera plusieurs mois. Des villages entiers sont pillés et détruits. De nombreux militants, et notamment des jeunes, prendront le chemin de l’exil.

Ayant pu rejoindre la France, K. Tcholokachvili sera déclaré « héros national » par le Gouvernement National avec l’accord de tous les partis politiques. Sa sépulture sera transférée en 2005 du cimetière de Leuville au Panthéon de Mtatsminda (Tbilissi).

La seule victoire remportée au terme de ce combat inégal le sera sur le terrain juridique et sur celui de l’opinion publique. L’insurrection nationale et ses martyres jouèrent un rôle majeur en apportant la preuve éclatante que ce « territoire de l’ancien Empire russe » et « ses habitants » ne reconnaissaient aucunement l’autorité de Moscou et qu’il s’agissait bien d’une occupation par la force d’un territoire indépendant, d’un Etat.

28 octobre : La France d’Edouard Herriot reconnaissait l’URSS quasiment dans les mêmes termes que la Grande-Bretagne. Le texte de la reconnaissance de jure de l’URSS adressé par Edouard Herriot, Président du Conseil de la France, mentionne  que cette reconnaissance ne saurait porter atteinte aux engagements pris dans les traités signés par la France. Une réserve spéciale était faite concernant la Roumanie, la Bessarabie et la Géorgie.

La France acceptera la présence de la Légation géorgiennedu gouvernement national géorgien en exil jusqu’en 1933. (photo)

Novembre et décembre : une délégation des Trade-Unions britanniques se rend en Russie et au Caucase à l’invitation de Moscou. Elle conclut que la Géorgie jouit d’une situation de prospérité « telle qu’elle n’en a jamais connu sous la domination menchevique ». Ce rapport provoque l’indignation générale dans le monde socialiste.

Les Editions du Bureau à l’Etranger du Parti social-démocrate de Géorgie répliquent par un démenti immédiat sous la plume des membres du Présidium : Noé Jordania, Nicolas (Carlo) Tchéidzé, Noé Ramichvili.

Friedrich Adler, secrétaire de l’Internationale Ouvrière Socialiste, fera paraître une réponse cinglante en 1925.

1925

De nombreux communistes oppositionnels sont éloignés de Géorgie.

Friedrich Adler publie « L’enquête des Trade-Unions en Russie », dans laquelle il dénonce les thèses impérialistes du rapport des Trade-Unions britanniques : « Ce chapitre sur la Transcaucasie et la Géorgie est d’une valeur inestimable pour la politique impérialiste de la Grande-Bretagne et de tous les autres états capitalistes. (…) jusqu’à l’entier abandon du droit de libre disposition des peuples, on peut trouver dans ce chapitre tout ce dont le gouvernement impérialiste pût jamais avoir besoin comme arguments pour sa politique de conquêtes ». Traduction française. Edition du Parti Socialiste (SFIO). Paris

Après la répression du soulèvement de 1924, le Comité International pour la Géorgie présidé par les Suisses, Jean Martin et Albert Malche, est créé à Genève avec la collaboration du représentant du Gouvernement National géorgien en exil, Khariton Chavichvili, afin de relayer et soutenir les justes revendications de la Géorgie indépendante.

29 janvier : Discours mémorable prononcé à la Chambre des Députés dans la discussion du Budget des Affaires Etrangères par le député Pierre Renaudel sous l’intitulé « L’indépendance de la Géorgie et la politique internationale du Bolchevisme ».

Dans son allocution, P. Renaudel rappelle que l’invasion de la Géorgie par les troupes russes était préméditée. Il en donne pour preuve le rapport, daté du 18 décembre 1920, du commandant de la 11ème armée, Hecker, au président du Conseil révolutionnaire militaire de la 11ème armée. « Dans ce rapport, M. Hecker envisage les conditions dans lesquelles une invasion de la Géorgie peut se produire avec des chances de succès. »

Dans ce discours fleuve, l’origine nationale et patriote de l’insurrection est largement soulignée :

« J’en arrive à l’Insurrection d’août – septembre 1924, à propos de laquelle nous avons aussi à donner quelques explications.

Ses causes naturelles d’abord :

J’ai entre les mains, pour la période de 1921 à 1924, un dossier considérable de terreur, arrestations, emprisonnements, fusillades.

Les preuves sont nombreuses, mais je n’insiste pas sur cela, sauf pour dire que c’est la politique de répression, appliquée à la Géorgie par les bolcheviks de Russie et de Géorgie qui ont pris le gouvernement, c’est cette politique qui a, comme toujours, provoqué l’insurrection d’août – septembre.

Il y avait un homme qui l’avait prévue. Un homme dont on ne contestera certainement pas l’autorité, Lénine, qui, dans une lettre célèbre, a indiqué au gouvernement bolcheviste de Russie qu’il faudrait essayer de détendre la situation. C’est ainsi que, dans un des documents que je vous ai lus tout à l’heure, il indiquait:

« II est d’une extrême importance de chercher une entente acceptable pour la formation d’un bloc avec Jordania, ou d’autres mencheviks géorgiens tels que lui …  »

Cela ne s’est pas produit. Il y a eu insurrection. »

Extraits de « L’indépendance de la Géorgie et la politique internationale du Bolchevisme ». Journal officiel du 30 janvier 1925 et Edition L’Emancipatrice. Paris, 1925

17 Juillet : discours prononcé devant la Chambre des représentants belge par Emile Vandervelde, Ministre des Affaires étrangères, dans lequel il se déclare favorable à la reconnaissance de la Russie soviétique mais à la condition expresse qu’une réserve soit faite pour les droits des gouvernements comme ceux de l’Arménie et de la Géorgie qui furent reconnus juridiquement par la Belgique. « L’Information politique ». 19 septembre 1925, article de Jean Georges.

Août : tenue clandestine en Géorgie de la IIIème Conférence nationale du Parti social-démocrate qui renouvelle sa confiance dans le Gouvernement national en exil.

29 août : commémoration en France de l’insurrection nationale et éditorial de Noé Jordania dans « Brdzola » (Combat. )

Septembre : Rapport d’Ordjonikidzé à une conférence bolchévique à Tbilissi sur les résultats d’une inspection de la Transcaucasie : « A cet égard (concernant le règlement de la question agraire), toutes les Républiques se trouvent dans une situation désespérée. Le rapporteur de Karabakh constate que les paysans, vu l’incertitude où ils se trouvent sur le point de savoir si on laissera à leur disposition également pour l’année prochaine les terres qu’ils détiennent, n’apportent pas à leur culture le soin nécessaire ». Il importe que « les paysans sachent que telle parcelle de terre restera à leur disposition au moins pendant deux ans » (Communiste, 27-29 septembre 1925)

25 novembre : le Comité International pour la Géorgie saisit l’occasion de la préparation de l’admission de l’Union des Républiques Soviétiques Socialistes à la Société des Nations (SDN) pour rappeler à la Russie le cas de la Géorgie. Le Professeur Edgard Milhaud, vice-président du Comité, qui avait étudié la question géorgienne du point de vue juridique et politique, fait un rapport magistral. « La question géorgienne et l’entrée de la Russie dans la Société des Nations ».

30 novembre : après avoir entendu le rapport et délibéré, le Comité International pour la Géorgie adopta une résolution dans laquelle il déclarait que les membres de la SDN avaient le devoir impératif de rappeler à la Russie, au moment où elle demanderait son admission, d’honorer sa propre signature, car elle ne pouvait être admise qu’aux côtés d’une Géorgie souveraine et indépendante. Cette résolution fut communiquée aux membres du Conseil de la SDN et aux Gouvernements de tous les états membres.

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Guerre de position : tribunes politiques, publications, assassinats

Affrontements au sein du PC géorgien

1926-1933

1926

1 et 2 avril : L’esprit rebelle du peuple géorgien, et le combat persévérant mené par le Gouvernement National pour l’indépendance de la Géorgie finit par attirer l’attention des pays qui n’avaient pas reconnu l’indépendance du pays avant son occupation. Ce fut le cas des Etats-Unis. Le Comité des affaires étrangères de la Chambre des Représentants délibéra sur la question géorgienne et sur la nomination éventuelle d’une représentation diplomatique de la République nationale de Géorgie.

6-9 avril : en URSS formation de l’opposition unifiée (Zinoviev, Kamenev et Trotski).

Développement rapide de l’opposition de gauche au sein du PC géorgien : ralliement de la majorité des « nationaux-déviationnistes ».

11 juin : suicide de Carlo Tchéidzé, président de l’Assemblée Constituante de Géorgie, à Leuville s/Orge où il habite.

Novembre : exclusion d’un groupe de « trotskistes » par le comité central du PCG.

Décembre : recensement pansoviétique : la RSS de Géorgie compte 2 677 200 habitants (77,8 % de ruraux) dont 66,8 % de Géorgiens (11,7 % d’Arméniens et 8,7 % de Russes).

1927

Janvier : Arrestation de Constantin Gamsakhourdia, romancier et personnage public hostile à l’occupation soviétique. Exclu de l’Université d’état de Tbilissi après la répression de l’insurrection de 1924, il est déporté dans les îles Solovki où il passera plusieurs années.

Mai : rupture des relations diplomatiques entre l’URSS et la Grande-Bretagne.

Printemps-été : l’opposition de gauche, la seule encore tolérée en Géorgie, a le vent en poupe en Géorgie. Influence importante au sein du Komsomol.

Novembre : violents affrontements au sein du PC en Géorgie : l’opposition de gauche accuse Ordjonikidzé « d’avoir préparé le terrain à l’insurrection de 1924 ».

Trotski, Kamenev et Zinoviev exclus du Parti (le 15).

2-19 décembre : XVème Congrès du PC de l’URSS. Exclusion des membres de l’opposition. Vague d’exclusions en Géorgie.

1928

De 1928 à 1930, collectivisation forcée des terres. Elle conduit à des famines dans certaines régions et à des déportations massives en Sibérie des paysans qui se sont soulevés.

Mai 1928 : publication du livre d’Henri Barbusse « Voici ce qu’on a fait de la Géorgie », apologie de la Géorgie soviétique.

 

1929

Janvier : Expulsion de Trotski d’URSS. Arrestation de tous les trotskystes, y compris en Géorgie.

Décembre : réponse au livre d’H. Barbusse par Dathico Charachidzé, député de l’Assemblée Constituante de la Géorgie indépendante, figure du parti social-démocrate de Géorgie, journaliste, qui publie à Paris son livre rédigé en français « Henri Barbusse, les Soviets et la Géorgie ». Ouvrage préfacé par Karl Kautsky. Editions Pascal. Paris. 1929

1930

Janvier-février : En Géorgie, la collectivisation continue de se heurter à une forte résistance.

L’article de Staline, « le vertige du succès » freine la collectivisation. En Kakhétie, le taux de collectivisation tombe de 86 % à 10,5 %.

Décembre : assassinat à Paris de Noé Ramichvili, Ministre éminent du Gouvernement National de Géorgie, par un agent de Moscou.

1931

Chasse à l’homme contre les militants socialistes en Géorgie.

Mars : procès de l’organisation « contre-révolutionnaire » des mencheviks

1932

Janvier : reprise de la collectivisation dans toute l’Union.

Les paysans désertent la terre et se réfugient dans les bois et montagnes. Les militants clandestins du parti social-démocrate géorgien organisent la lutte. Les autorités sont contraintes à un compromis : taux faible de 36,4 % de collectivisation en Géorgie, taux de 62 % en Russie. Fait unique en URSS, 20% des terres restent en propriété privée aux paysans.

Beria devient le patron du parti pour toute la Transcaucasie. Il le dirigera jusqu’en 1938.

Juillet-août : Louis Le Fur, juriste français, Professeur de Droit international à  l’Université de Paris, publie un article de référence sur « La Géorgie et le Droit des Gens » dans la revue Générale de Droit International Public de juillet-août 1932. Dans ce document, il produit un texte très argumenté dans lequel il épingle  : la prétendue « force normative du fait » , « une situation de pur fait » ne pouvant « porter atteinte au droit de la Géorgie » – et il conclut : « Pour toutes ces raisons, il faut décider que la situation actuelle de l’Etat envahisseur à l’égard de la Géorgie constitue une situation de pur fait, d’une façon plus précise encore, un pur fait de force, condamné par le droit international contemporain. L’indépendance de la Géorgie continue à être l’état de droit ; elle est appelée à revivre dès la cessation de l’obstacle de fait apporté pour le moment à son libre exercice. »  (Louis Le Fur –საქართველო და საერთაშორისო უფლება.პარიზი.1933)

Eté-hiver : disette dans de nombreuses régions d’URSS ; famine en Ukraine.

1933

30 janvier : Hitler chancelier du Reich

18 mai : discours du député socialiste français Marius Moutet à la Chambre des députés lors du débat sur le pacte de non-agression franco-soviétique et suite, notamment, à l’intervention du député communiste Henry Torrès. Cet ami de la Géorgie et des socialistes géorgien rappelle « nous ne cesserons de protester contre le traitement subi par la Géorgie ». Il souligne au sujet de la Légation géorgienne en France que le droit d’asile doit être respecté et donc – examinant les conséquences que l’article 5 de ce pacte pourra avoir sur les réfugiés géorgiens – demande que ceux-ci continuent à bénéficier d’une organisation collective représentative qui « bien que n’ayant pas le caractère officiel d’un gouvernement, puisse encore leur permettre de sentir qu’ils ne sont pas simplement sous surveillance policière en France ». Journal officiel 19 mai 1933

Juin : Noé Jordania publie les « Difficultés socialistes ».

Juillet : La Légation de Géorgie en France doit fermer. En dépit de la reconnaissance du Gouvernement soviétique par la France en 1924, elle avait pu continuer à fonctionner grâce à la bienveillance du Gouvernement français. A la place, ce dernier autorise le Gouvernement en exil à ouvrir l’Office pour les Réfugiés Géorgiens.

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L’affaire de l’admission et de l’expulsion de la Russie de la SDN

1934-1939

1934

Février : Béria élu au Comité central du PC de l’URSS.

La campagne en vue de l’admission de la Russie à la SDN s’intensifiant, le moment de la décision était proche. L’opinion publique était divisée.

L’Association  Géorgienne pour la SDN publie, sous la signature du national-démocrate, Georges (Guiorgui) Gvazava, un rapport intitulé « La Phase actuelle du problème géorgien ».

En Suisse, le Journal de Genève était en sa faveur à condition que la Russie souscrive aux  engagements du Pacte de la SDN et qu’elle respecte les engagements qu’elle avait solennellement contractés avec les autres états. D’innombrables articles furent publiés sur le sujet sous la signature, notamment, du Rédacteur en chef, Jean Martin, également co-président du Comité International pour la Géorgie.

Le Journal de Genève et la presse suisse n’étaient pas les seuls à s’opposer à l’admission inconditionnelle de l’URSS dans la Société des Nations. Ils étaient soutenus pas l’opinion publique, particulièrement en ce qui concerne la Géorgie.

19-24 mai : L’Union Internationale des Associations pour la Société des Nations réunie à Folkstone (Angleterre) adoptait une résolution en faveur de la Géorgie qui se terminait par ces termes : « L’Assemblée souhaite rappeler le cas de la Géorgie à la Haute Assemblée de Genève, afin que dans l’hypothèse où la Russie soviétique demande son admission à la Société des Nations, celle-ci saisisse l’occasion d’aider, par des moyens pacifiques et conformément aux règles du droit international, à la restauration de la souveraineté universellement reconnue de la Géorgie qui fut supprimée par l’agression soviétique, et contribue ainsi au triomphe des principes essentiels, qui sont le fondement de la Société des Nations. »

Septembre : article de Noé Jordania « la Société des Nations et les Soviets« .

17 septembre : L’URSS est admise à la Société des Nations.

Protestation commune adressée, « au nom des peuples du Caucase, du Turkestan et de l’Ukraine », par les représentants de l’Azerbaïdjan (Mir Jacoub), Nord Caucase (I. Tchoulik), Géorgie (A. Tchenkeli), Turkestan (M. Tchokaï), Ukraine (A. Choulguine), à Rickard Sandler, Président de la XVème Assemblée de la SDN.

Protestation du Gouvernement National géorgien. Noé Jordania rappellera cette position dans sa déclaration du 4 février 1940 : « Notre protestation de 1934, auprès de la Société des Nations, contre l’admission de l’URSS parmi ses membres est approuvée à présent par la Société des Nations elle-même, par le fait de l’expulsion de l’URSS du sein de cette institution internationale. »

1936

La SDN avait derechef laissé passer l’opportunité d’une intervention en faveur de la Géorgie, mais l’opinion publique continuait à s’intéresser à la question géorgienne.

13-19 Juin : Le XXXIème Congrès Universel de la Paix à Cardiff (Angleterre) adopte à l’unanimité la résolution suivante:

« Le XXXIème Congrès Universel de la Paix,

Considérant que l’URSS a été admise dans la Société des Nations dans les conditions envisagées par le Congrès de Locarno ;

Considérant que la Société des Nations est fondée notamment sur le principe du droit des peuples de disposer d’eux-mêmes ;

Que ce principe est à la base même de la constitution de l’URSS, laquelle par le traité conclu avec la Géorgie,  en date du 7 mai 1920, reconnut sans réserve l’indépendance et la souveraineté de l’Etat géorgien ;

Considérant que c’est en violation de ce traité et contrairement à ce principe que l’URSS occupe actuellement la Géorgie ;

Considérant que ce maintien de la Paix, but essentiel de la Société des Nations, n’est possible que dans le respect des traités et de la justice internationale ;

Rappelant ses résolutions antérieures, demande instamment à la Société des Nations de prendre des mesures propres à mettre fin à cette situation contraire aux droits des gens, en invitant l’URSS à rendre à la Géorgie son indépendance et les droits qu’elle tient en sa qualité d’Etat souverain. »

5 décembre : dissolution de la Fédération transcaucasienne. Entrée de la RSS de Géorgie dans l’Union en tant que « République ». La capitale reprend son nom géorgien de Tbilissi.

1937

Vague d’arrestations en Géorgie.

Les derniers dirigeants connus de l’ancienne République sont traînés devant les  tribunaux et condamnés à mort.

Idem pour les dirigeants communistes géorgiens de la première heure : C. Eliava, Lado Guéguétchkori, les secrétaires de Béria et de Makharadzé…

18 février 1937 : suicide d’Ordjonikidzé à Moscou

9 juillet 1937 : procès à huit clos de Budu Mdivani, ancien chef du gouvernement soviétique de Géorgie, et de ses camarades. Condamnés à mort, ils sont exécutés le lendemain.

Août : le XXXIIème Congrès Universel de la Paix Universelle, qui s’est tenu à Paris, réaffirme sa résolution concernant la Géorgie.

1er-3 septembre : paroxysme d’arrestations dans une atmosphère de terreur. L’intelligentsia géorgienne est décimée.

4 décembre : célébration du 750ème anniversaire de Chota Roustavéli organisé à Genève par le Comité International pour la Géorgie. Dans son discours d’ouverture le Président du Comité, Conseiller d’Etat, Albert Malche évoquait la Géorgie, celle qui « nous apparaît comme une Suisse du Caucase, millénaire, fière, éprise d’indépendance, montagnarde ».Iil rappelait avoir été reçu dans le hameau de Leuville (France) où les exilés géorgien « continuent vaillamment à vivre ». Il saluait leur courage et soulignait « Eh ! Oui, ainsi va le destin. Sur la colline, au cimetière, dorment ceux qui n’ont pas désespéré. Tous ces proscrits, les femmes comme les hommes ont approfondi le sens du sacrifice. Ils vivent courageusement avec leur blessure, non pour eux mais pour l’avenir dont ils sont dépositaires ; leur foi est inentamée ». Il terminait ainsi : « Le poète et sa nation se confondent aujourd’hui. Ecoutez-le. C’est la voix millénaire de la Géorgie que rien n’a jamais fait taire ».

Initialement prévue à Paris, cette manifestation avait été annulée en raison de l’exigence de l’URSS de voir « son ambassadeur M. Souritza siéger à la tribune de la Sorbonne à côté du Président du Gouvernement National en exil, Noé Jordania, ce que ce dernier n’a pas admis. Encore dans l’atmosphère du Front Populaire, le Gouvernement français dû revenir sur sa décision. » « Chota Roustavéli à l’Université de Genève » . Ed. Perret-Gentil. Suisse. 1963

1939

Août : Pacte Germano-soviétique

L’URSS est expulsée de la Société des Nations

29 août : ultimatum de l’Allemagne à la Pologne

1er septembre : sans déclaration de guerre, l’Allemagne franchit la frontière germano-polonaise

3 septembre : la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne.

La mobilisation générale décrétée en France entraîna la mobilisation d’un grand nombre de jeunes géorgiens au sein de l’armée française, sans compter les militaires de carrière géorgiens appartenant à la Légion Etrangère. Parmi eux, la figure emblématique du lieutenant-colonel, Prince Dimitri Amilakhvari, Compagnon de la Libération, tombé à El Alamein en 1942, a marqué l’histoire de la 2ème guerre mondiale.

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2ème Guerre Mondiale

Et la question géorgienne dans le nouvel ordre du monde

1940-1954

1940

 4 février : déclaration de Noé Jordania qui prend position pour le bloc franco-Anglais. Déclaration suivie de l’adoption d’une résolution  des membres de la Constituante, résidant en France, en faveur des Alliés. Le compte-rendu de la séance fut transmis au Gouvernement français et à la presse. La résolution fut reprise dans différents journaux.

30 avril : dans le droit fil, le N°1 du Courrier Géorgien, organe officiel du Conseil National Géorgien (regroupant tous les partis géorgiens en exil), publie :

« Nous sommes convaincus que les démocraties française et britannique rempliront leur devoir et rétabliront la justice et le droit dans notre monde troublé, apportant leur aide précieuse à la lutte de libération des peuples sous le joug de l’Allemagne hitlérienne, mais aussi de la Russie Stalinienne…Nous nous joignons au Président Noé Jordania en appelant tous nos compatriotes en exil à rallier les alliés, souhaitant leur victoire et travaillant de toutes leurs forces à la libération du peuple géorgien. » Constantin Kandelaki «The Georgian Question before the Free World» Paris. 1953

22 juin : signature de l’armistice franco-allemande. La France est divisée en deux par la ligne de démarcation. La zone nord avec Paris est occupée par l’Allemagne nazie.

La position adoptée par les représentants géorgiens en exil leur vaudra des représailles des Allemands. L’Office pour les Réfugiés Géorgiens est fouillé, des documents saisis. L’Office, dépendant du Gouvernement français, sera fermé par les autorités occupantes en 1941 et remplacé par une section géorgienne au sein d’un organisme regroupant les pays caucasiens et  dépendant, cette fois, de ces dernières autorités. Le Directeur de l’Office pour les Réfugiés Géorgiens, Sossipatre Assathiany, membre du parti social-démocrate géorgien, sera arrêté et emprisonné au fort de Romainville en février 1943.

Néanmoins, aux dires de Constantin Kandelaki, Ministre des Finances du Gouvernement social-démocrate de la 1ère République, l’unité demeura au sein des émigrés politiques géorgiens, quelque fusse leur appartenance, au sens où « Ils ont continué à agir dans l’intérêt du peuple géorgien (…), pour la cause de la Géorgie. (…) même les responsables géorgiens, nommés par la puissance occupante pour surveiller les émigrés géorgiens, ont généralement agi en défenseurs de leurs compatriotes et de leurs droits devant l’occupant. Cette opinion géorgienne unanime a permis, notamment, de sauver tous les Juifs géorgiens émigrés dans les pays occupés par les Allemands (dossier Yat Vashem). Leur défense fut conforme à l’histoire de la Géorgie, connue pour sa tolérance à l’égard de toutes les races et religions… » Constantin Kandelaki. « The Georgian Question before the Free World”. Paris. 1953

1941

22 juin : attaque allemande contre l’URSS. La Russie d’Europe est occupée.

Suite à la rupture du pacte-germano soviétique, l’URSS rejoint les Alliés et procède à la mobilisation générale : plus de 600.000 Géorgiens seront engagés sur les différents fronts du conflit (1941-1945).

A ce moment-là, des Géorgiens émigrés font le choix de rejoindre la Wehrmacht, au sein de la « légion géorgienne » pour se battre sur le front du Caucase contre les Soviétiques occupant leur pays depuis 1921.

1943

2 février : capitulation allemande à Stalingrad

1944

Août : libération de Paris

Octobre : lettre du Grand Rabbin de Paris, Jacob Kaplan, adressée à Noé Jordania

1945

Février : conférence de Yalta

2 mai : chute de Berlin

8 mai : Fin de la guerre en Europe avec la capitulation sans condition de l’Allemagne.

Près de 300 000 Géorgiens sont tombés au champ d’honneur.

La guerre se termine, la démocratie est victorieuse mais les petits pays opprimés par l’URSS restent asservis.

Retour avec la garantie du Général de Gaulle du Trésor de Géorgie à Tbilissi. Ekvtimé Takaïchvili, Vice-président de l’Assemblée Constituante de la Géorgie libre, chargé de la surveillance des Biens des Musées de Géorgie abrités en France, ancien Professeur d’Archéologie à l’Université de Tbilissi, s’acquitta de la mission d’escorter le Trésor jusqu’à sa destination finale dont l’avait chargé le Gouvernement National en exil.

1948

Akaki Tchenkeli, Ministre plénipotentiaire de la Géorgie libre en France, et Grigol (Gricha) Ouratadzé – membre de l’Assemblée Constituante et signataire du traité Russo-géorgien de 1920 – présentent un mémorandum au Secrétaire général de l’ONU, à l’occasion de sa IIIème Assemblée à Paris.

Novembre : Noé Jordania, Président du Gouvernement National de la Géorgie, adresse aux membres de l’’ONU un document sur « Le Problème Géorgien ».

1951

26 Mai : inauguration de la section géorgienne de la radio « Voice of America « . A cette occasion, Dan Acheson, Secrétaire d’Etat américain, adresse à la Géorgie un message dénonçant l’agression communiste et assurant que cette radio délivrerait en langue géorgienne la « vérité dont les communistes ont peur et qu’ils tentent de cacher » (dépêche de l’AAP).

Novembre : le Président Noé Jordania adresse aux membres de la VIème Assemblée de l’ONU un Mémorandum rappelant la situation de la Géorgie.

1952

25-31 juillet : Intervention d’Evgueni Guéguétchkori, Ministre des Affaires Etrangères du Gouvernement National de Géorgie en exil, au Congrès International des Juristes (Berlin Ouest), dont l’objet est la défense des droits de l’homme. Dans son intervention, il soulignait derechef :

« Il ressort des témoignages des ressortissants de plusieurs pays satellites et de ceux de certains pays envahis par la République soviétique (Hongrie, Roumanie, Slovaquie, Albanie, Lettonie, Lituanie, Géorgie) que la situation dans ces pays est identique à celle qui existe aujourd’hui dans la République démocratique d’Allemagne de l’est. Il y règne le même mépris pour les droits de l’homme… » Constantin Kandelaki. « The Georgian Question before the Free World. » Paris. 1953

1953

11 Janvier : décès de Noé Jordania à son domicile (Vanves – France)

5 mars : mort de Staline (Moscou – URSS)

Publication à Paris du livre « The Georgian Question before the Free World » par Constantin Kandelaki, Ministre des Finances du Gouvernement social-démocrate de la 1ère République.

En Géorgie : de 1921 à 1953, les organisations clandestines du parti social-démocrate ont fonctionné et soutenu tous les mouvements populaires anti-soviétiques.

Hors de Géorgie : jusqu’au décès de N. Jordania et au péril de leur vie, de nombreux militants socialistes passèrent clandestinement la frontière turco-géorgienne pour garder le contact avec les organisations clandestines du parti social-démocrate en Géorgie.

1954

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Juin : décès d’Evguéni Guéguétchkori, Ministre des Affaires Etrangères du Gouvernement National de Géorgie.

En dépit de la disparition inéluctable et progressive des grands leaders politiques (Constantin Kandelaki mourra en 1958, Akaki Tchenkeli et Irakli Tseretéli en 1959, Guiorgui Eradzé en 1971…) qui incarnaient la Cause de la Géorgie libre, celle-ci continua à être défendue sur la scène internationale jusqu’à la déclaration de son indépendance en 1991.

 

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