Le maintien de la Légation géorgienne

La reconnaissance juridique de la République des Soviets par la France (28 octobre 1924 par le gouvernement Herriot) n’annula pas celle de la république indépendante de Géorgie.Et la Légation de Géorgie à Paris fut maintenue jusqu’en 1933.

Dans sa thèse de doctorat « Le triangle impossible – les relations franco-soviétiques et le facteur polonais dans les questions de sécurité en Europe (1924-1935 », Frédéric Dessberg explique le maintien de ce statu quo par l’influence exercée par les socialistes français, sans l’appui desquels Edouard Herriot n’aurait pu rester au pouvoir.  Le député Pierre Renaudel, qui avait visité la Géorgie en 1920 au sein de la délégation de la IIème International Socialiste, était un membre éminent du groupe socialiste et s’était taillé, par ses prises de paroles éloquentes à la Chambre des députés, la réputation de défenseur de la Géorgie indépendante. Lorsque Herriot quitta le gouvernement, le gouvernement géorgien en exil par la voix d’Akaki Tchenkeli le remercia pour son soutien. Ce soutien  se retrouva ensuite chez Aristide Briand, le nouveau ministre des Affaires étrangères dans les cabinets Painlevé (1925), Poincaré (1926), etc.

« 2- La question du maintien de la Légation géorgienne

La reconnaissance juridique du gouvernement soviétique par la France n’ayant pas annulé celle de la République indépendante de la Géorgie, sa représentation diplomatique, dirigée par Akaki Tchenkeli, continuait son activité. Le problème diplomatique que posait la présence d’une représentation géorgienne à Paris eut des répercussions politiques et devint, avec la restitution de la flotte Wrangel, un nouveau sujet de contentieux lié aux négociations franco-soviétiques.

(…)

(Herriot) tint à placer le cas de la Légation géorgienne en dehors des autres en spécifiant que la Géorgie avait été formellement reconnue par le gouvernement français. La Légation de Géorgie ne devint un point de contentieux important qu’à partir du moment où l’Union soviétique considéra que l’attitude française pouvait avoir des répercussions sur sa position internationale. Tchitchérine s’exprima pour une protestation officielle et le Bureau politique trancha dans le sens d’une action diplomatique, initiant de nouvelles démarches de Krassine.

Le maintien du statu quo tenait principalement à l’action que les socialistes français exerçaient sur lui. Formant un groupe influent sans le soutien duquel Herriot ne pouvait compter rester au pouvoir, les socialistes s’exprimaient souvent en faveur des représentants de la Géorgie menchevique par la voix du député Pierre Renaudel. Ce dernier soutenait la cause de la Géorgie depuis 1920, au sein de la IIème Internationale et en compagnie de chefs socialistes tels que le belge Emile Vandervelde ou le britannique Ramsey Mac Donald. Le député socialiste avait porté la défense d’une Géorgie indépendante devant la chambre des députés ce qui lui valut de la part de Moscou l’accusation d’être un ennemi de l’Union soviétique, coupable d’avoir influencé le texte de la formule de reconnaissance. Tenu d’aligner sa position sur celle des socialistes français, Herriot expliqua à Krassine que, son maintien au pouvoir dépendant de leur appui, Moscou devait s’en tenir à un modus vivendi entre les diplomates soviétiques et les représentants géorgiens qui seraient appelés à se rencontrer lors de cérémonies officielles.

Lorsque Herriot quitta le gouvernement, Tchenkeli le remercia pour son soutien et sa résistance aux reproches que lui adressaient les autorités soviétiques.[1] Il trouva un soutien similaire de la part du nouveau ministre des affaires étrangères, Aristide Briand. Les efforts diplomatiques de Krassine en vue de modifier l’attitude française cessèrent à ce moment. Ils ne reprirent qu’à la fin de l’année 1925 avec l’action énergique du nouvel ambassadeur soviétique Christian Rakovski. Le problème de la légation géorgienne à Paris ne fut cependant pas résolu avant 1932. »

Frédéric Dessberg, agrégé d’histoire, maître de conférences à l’Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne, détaché aux écoles de St-Cyr Coëtquidan. « Le triangle impossible – Les relations franco soviétiques et le facteur polonais dans les questions de sécurité en Europe (1924-1935) ». Ed. Peter Lang. Bruxelles 2009


[1] BDIC, ARIG, Mfm 881, boîte 48, rouleau 138, – Lettre de Tchenkeli à Herriot  du 17 avril 1925


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