Mémorandum sur la situation de la Géorgie 1951

La Géorgie proclama son indépendance politique et se détacha de la Russie le 26 mai 1918.

La décision du peuple géorgien fut confirmée par l’Assemblée Constituante de Géorgie élue par tous les citoyens géorgiens sans distinction de leur origine nationale, situation sociale, religion, sexe ou conviction politique : elle s’énonça dans la forme d’une République démocratique.

Toutefois, les Géorgiens ne commencèrent pas par cet acte une nouvelle vie nationale, mais rétablirent leur existence politique indépendante de plus de deux mille ans de durée et interrompue au commencement du XIXème siècle par la Russie impériale. Celle-ci annula unilatéralement le traité d’alliance conclu avec la Géorgie en 1783 et l’annexa purement et simplement, ce qui suscitait un grand mécontentement et plusieurs insurrections du peuple géorgien.

Le Gouvernement soviétique de Moscou reconnut la Géorgie comme Etat indépendant et souverain presque en même temps qu’il reconnut l’indépendance de la pologne, de la Finlande et des Républiques Baltes, Estonie, Lettonie et Lituanie.

Le traité spécial du 7 mai 1920 garantissait, de la part de la Russie, l’indépendance de la Géorgie et l’inviolabilité de ses frontières.

En même temps, la Géorgie était reconnue comme Etat indépendant par l’Angleterre, la Belgique, la France, l’Italie, le Japon (Conseil Suprême des Alliés), l’Allemagne, la Turquie, l’Argentine, etc…La plupart de ces Etats y compris la Russie Soviétique, étant dûment accrédités auprès du Gouvernement géorgien et réciproquement, se trouvaient dans des relations normales.

Dans cette période d’après-guerre et de reconstruction nationale, la Géorgie avait beaucoup d’obstacles à surmonter ce qu’elle réussit remarquablement.

La République démocratique géorgienne avait sa Constitution écrite, adoptée par l’Assemblée Constituante. Cette Constitution garantissait pleinement la liberté politique, tous les droits de l’homme et du citoyen déclarés auparavant par les grandes révolutions et confirmés dans notre temps par la Charte des Nations Unies.

L’Administration locale jouissait d’une autonomie large dans les affaires locales ; la constitution accordait l’égalité de droit aux minorités nationales dans tous les domaines de la vie politique, créait les conditions du développement social de toute la population et envisageait la plus vaste législation sociale.

Néanmoins, en 1921, sans aucun préliminaire diplomatique et sans déclaration de guerre, la Russie envahit la Géorgie avec ses troupes et, après une lutte acharnée d’environ six semaines, l’occupa. C’était la deuxième fois dans un siècle.

Le Gouvernement légal de Géorgie quitta le pays, conformément à la décision de l’Assemblée Constituante, pour continuer à défendre la cause géorgienne devant le monde civilisé.

Ainsi le cas de la Géorgie est le premier exemple retentissant qui fut suivi, dans le temps plus proche de nous, par le sort de la Pologne, de la Finlande, des Etats Baltes et de l’Europe Centrale.

La lutte pour la liberté nationale recommençait. Le peuple géorgien ne se soumit jamais au pouvoir d’occupation : il protestait d’abord dans les réunions publiques, par les démonstrations dans les rues, par les grèves et tous les autres moyens de résistance, et, ensuite, par les soulèvements armés dont le plus important fut celui de 1924, suivis par la terreur acharnée, le versement de sang et les déportations de dizaines de milliers de la population géorgienne.

A présent la Géorgie subit la russification subtile et dans de telles mesures qui n’étaient pas connues pendant le régime tsariste, même dans les périodes de la plus intense colonisation du pays.

L’acte de violation flagrante de la petite Géorgie fut condamné par l’opinion publique du monde civilisé : dans les réunions publiques, dans les congrès internationaux, dans les délibérations parlementaires, dans la presse libre, etc…

Parmi les innombrables résolutions adoptées pour la cause géorgienne nous indiquons ici quelques-unes des plus caractéristiques :

1°/ Du Congrès Universel de la Paix :

« Le XXXIème Congrès Universel de la Paix,

Considérant que l’URSS a été admise dans la Société des Nations dans les conditions envisagées par le Congrès de Locarno ;

Considérant que la Société des Nations est fondée notamment sur le principe du droit des peuples de disposer d’eux-mêmes ;

Que ce principe est à la base même de la constitution de l’URSS, laquelle par le traité conclu avec la Géorgie,  en date du 7 mai 1920, reconnut sans réserve l’indépendance et la souveraineté de l’Etat géorgien ;

Considérant que c’est en violation de ce traité et contrairement à ce principe que URSS occupe actuellement la Géorgie ;

Considérant que ce maintien de la Paix, but essentiel de la Société des Nations, n’est possible que dans le respect des traités et de la justice internationale ;

Rappelant ses résolutions antérieures, demande instamment à la Société des Nations de prendre des mesures propres à mettre fin à cette situation contraire aux droits des gens, en invitant l’URSS à rendre à la Géorgie son indépendance et Les droits qu’elle tient en sa qualité d’Etat souverain. »

Juin 1936, Cardiff (Angleterre)

2°/ de l’Internationale Socialiste :

Dans un manifeste publié en 1924, la Vème Internationale Ouvrière Socialiste disait :

« Il y a soixante ans, le symbole du droit des peuples de disposer d’eux-mêmes était la revendication d’indépendance de la Pologne. Cette indépendance est établie. Aujourd’hui, nous nous conformons à ce principe de l’Internationale en réclamant le droit de libre disposition pour la Géorgie, symbole de tous les peuples soumis au régime de la force. »

3°/ de la Société des Nations :

En 1922, la IIIème Assemblée de la Société des Nations adopta, à l’unanimité, la résolution suivante :

« L’Assemblée de la Société des Nations, ayant considéré la situation de la Géorgie, invite le Conseil à suivre avec attention les évènements dans cette partie du monde de manière à saisir les occasions qui pourraient se présenter d’aider, par les moyens pacifiques et conformes aux règles du droit international, au retour de ce pays à une situation normale. »

La Vème Assemblée de la Société des Nations, en 1924, confirma cette résolution, aussi à l’unanimité.

Le peuple géorgien se trouve toujours dans la même situation pénible ; cependant, il continue la lutte pour la liberté nationale et pour ses institutions démocratiques – pour le rétablissement de la République Démocratique Géorgienne, libre et indépendante.

Au nom de ce Peuple qui, à travers le temps plusieurs fois millénaire, a su sauvegarder sa civilisation et sa propre identité nationale et qui lutte avec acharnement pour le même but à présent, nous nous permettons d’attirer l’attention des peuples libres et leur Organisation mondiale sur sa situation actuelle.

La Nation géorgienne est convaincue que l’Organisation des Nations Unies qui guide les efforts de l’humanité pour la paix mondiale, pour les « droits fondamentaux » de l’homme et des nations grandes et petites, pour maintenir « de la justice et du respect » des obligations nées des « traités et autres sources du droit international », saisira comme recommandait autrefois la Société des Nations à son Conseil, toutes les occasions d’aider à rétablir en Géorgie ses droits inébranlables : son indépendance politique et sa souveraineté nationale.

Paris, novembre 1951

Le Gouvernement National de Géorgie en exil

Le Président : Noé Jordania

11, rue Solférino – Vanves (Seine)

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