Déclaration du 4 février 1940

Extrait de la revue mensuelle « Prométhée » du 25/4/1940

Déclaration de Noé Jordania

Président du Gouvernement National de Géorgie

Faite devant les anciens membres de l’Assemblée Constituante Géorgienne résidant en France

Le 4 février 1940

Au nom du Gouvernement National de Géorgie, j’ai l’honneur de déclarer ce qui suit :

Dans le conflit armé international d’aujourd’hui, nous avons, dès le début, choisi notre place : nous sommes du côté du bloc franco-anglais. Notre choix repose sur des bases politiques et nationales.

Nous sommes les enfants d’un peuple opprimé. La force étrangère nous a arraché la liberté politique ainsi que la liberté nationale, nous sommes sous le joug en tant que peuple et nation.  Qui comprendra mieux notre souffrance que celle qui croit en ces deux libertés et qui a inscrit sur son drapeau le droit de l’homme et le droit des peuples, qui a proclamé ce droit pour tout le monde, pour toute l’humanité ? C’est la France qui était et reste toujours le défenseur des opprimés. La France a su réunir en elle-même l’esprit français et universel, l’esprit national et humanitaire.

Nous ne croyons pas, et nous n’avons jamais cru que ceux qui imposent les despotismes à leur propre peuple pourraient apporter aux autres la liberté, et que les conquérants des peuples libres puissent affranchir les nations opprimées. Le banditisme international détruit tous les droits, sous toutes leurs formes. Deux drapeaux opposés flottent aujourd’hui sur le monde : celui de la liberté et celui de l’esclavage ; la place du drapeau géorgien se trouve dans le camp de la liberté.

Tel est le mobile de notre orientation politique et dans la même direction vont nos pensées nationales.

Le peuple géorgien souffre sous la domination de la Russie Soviétique ; il n’a jamais admis cet état de choses, et combat sans cesse contre son oppresseur, le Pouvoir Moscovite, et contre tous ceux qui l’aident, contre tous ses alliés, quels qu’ils soient. Nous n’étions jamais, nous ne sommes et ne seront en aucun temps du côté de Staline et de ses défenseurs, ni au point de vue idéologique, ni politique, ni national. Il y a longtemps que les ponts sont rompus entre nous et que la lutte entre nous est déclarée. Maintenant les Alliés se sont placés dans la même position que nous.

La dénonciation du bolchevisme par nous comme l’ennemi non seulement de la Géorgie mais aussi de toute l’humanité, comme résurrection de l’ancienne barbarie russe-asiatique, est devenue évidente aujourd’hui et est partagée par le monde civilisé.

Notre protestation de 1934 auprès de la Société des Nations, contre l’admission de l’URSS parmi ses membres est approuvée à présent par la Société des Nations elle-même, par le fait de l’expulsion de l’URSS du sein de cette institution internationale.

Ainsi l’on voit que nous n’avons pas changé de position, et notre ligne de conduite reste la même qu’elle était auparavant, sans aucune variation. L’histoire a justifié notre position, la position du peuple géorgien, et aujourd’hui nos points de vue sont partagés par la démocratie mondiale.

Si jusqu’à maintenant nous étions animés par l’espoir, aujourd’hui notre espérance est fondée sur une base réelle.

Le Gouvernement National de Géorgie, qui a quitté la patrie après décision de l’Assemblée Constituante et avec mandat spécial de cette dernière « de continuer la lutte contre les envahisseurs moscovites jusqu’à la victoire finale », invite tous les émigrés géorgiens à se ranger avec lui du côté des Alliés, à leur souhaiter la victoire et à s’unir pour travailler de toutes leurs forces pour la liberté du peuple géorgien.

Résolution

Paris, le 4 février 1940

Au moment extrêmement grave, où se décide la destinée de tous les peuples, grands et petits, non seulement de l’Europe mais, peut-être aussi des autres continents, les membres de la Constituante Géorgienne, résidant en France, après avoir entendu la déclaration de M. Noé Jordania, Président du Gouvernement National de Géorgie et Chef de l’Etat, estiment de leur devoir de porter à la connaissance des Gouvernements et de l’opinion publique ce qui suit :

1/ Dans la guerre actuelle entre les pays de démocratie, de liberté nationale et individuelle d’un côté, et la dictature barbare, subjuguant différents peuples et menaçant du même sort d’autres peuples encore libres, le peuple géorgien qui s’est constitué en république démocratique avec une constitution des plus modernes se range, cela va de soi-même, du côté des premiers.

2/ Nous nous félicitons de ce que le monde civilisé discerne enfin le vrai visage du dictateur de l’URSS et son rôle néfaste dans le conflit européen. Quant au nouveau crime contre l’héroïque Finlande, on se souvient du cas de la Géorgie envahie, en 1921, par les troupes rouges, sans déclaration de guerre et en violation flagrante du traité d’amitié signé avec eux moins d’un an auparavant. C’est alors que Staline introduisit pour la première fois cette tactique de créer derrière les troupes de choc russes, un gouvernement fantôme, dit gouvernement de Choulaveri (village à la frontière de la Géorgie) qui avait pour mission de « libérer la Géorgie du joug des Alliés » ! Le peuple géorgien, sans la moindre aide du dehors résista aux envahisseurs perfides pendant 5 semaines ; et depuis, il mène, au prix de sacrifices inouïs une lutte opiniâtre pour le rétablissement de son indépendance.

3/ Malgré ce malheur national qui dure depuis 19 ans, le peuple géorgien n’oublie pas la date, historique pour lui, du 27 janvier 1921, où le Conseil Suprême des Alliés (France, Grande-Bretagne, Italie, Japon, Belgique), reconnut de jure, ici à Paris, l’indépendance de la Géorgie. Dans sa lettre de reconnaissance, Aristide Briand, Président du Conseil Suprême, disait entre autres :

« La Conférence du Conseil Suprême a été unanime de reconnaître de jure le Gouvernement Géorgien. Les Puissances alliées sont heureuses de pouvoir témoigner ainsi à nouveau de la sympathie avec laquelle elles ont suivi les efforts du peuple géorgien vers l’indépendance et de l’admiration que leur inspire l’œuvre qu’il a déjà accomplie. »

4/ Nous sommes sûrs que les autres peuples du Caucase (Arménie, Azerbaïdjan, Caucase du nord, Géorgie), étroitement liés entre eux au point de vue géographique, économique et politique, ne manqueront pas de coordonner leurs efforts communs pour le rétablissement, dans leurs frontières actuelles, de leurs républiques ainsi que pour la réunion de ces frontières en une Confédération Caucasienne qui sera appelée à devenir la véritable garante de la paix dans cette partie du monde.

5/ Nous profitons de cette occasion pour exprimer, une fois de plus, notre profonde gratitude à la noble France pour l’hospitalité généreuse dont nous et nos compatriotes jouissent sur son sol, ainsi que notre ardent désir de la victoire de ses glorieuses armées.

Sources : Archives personnelles

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