Chronologie 1921 – 1954

 

  • Avril 1921-1923 – Résister à l’envahisseur inique – Faire résonner la voix de la Géorgie libre
  • 1924 – 1925 – Insurrection Nationale –Bataille d’influence dans les sphères internationales pour que le droit de la Géorgie indépendante soit préservé lors de la reconnaissance de la Russie soviétique 
  • 1926 – 1933 – Guerre de position : tribunes politiques, publications, assassinats – Affrontements au sein du PC géorgien
  • 1934 -1939 – L’affaire de l’admission et de l’expulsion de la Russie de la SDN
  • 1940 – 1954 – 2ème Guerre Mondiale – Et la question géorgienne dans le nouvel ordre du monde

Résister à l’envahisseur inique – Faire résonner la voix de la Géorgie libre

Avril 1921 -1923

Avril-décembre 1921

Au début du mois d’avril 1921, le Gouvernement National légitime de la Géorgie, présidé par Noé Jordania, arrive en exil à Paris, et s’y installe. Entouré par les représentants des différents partis politiques géorgiens, le Gouvernement national sera le centre de défense des droits de la Géorgie, à l’étranger.

La première tâche du Gouvernement fut d’informer les pays étrangers et l’opinion publique des événements qui étaient intervenus en Géorgie

10 avril : le Comité central du parti social-démocrate de Géorgie organise une réunion publique, autorisée par les troupes d’occupation. 3000 personnes y prennent part. Publication d’une motion par le parti social-démocrate où est affirmé :

  1. Notre ligne politique, dans son ensemble, reste dans les conditions nouvelles, la même que précédemment : Vers le Socialisme par la Démocratie
  2. Pour le parti social-démocrate, l’indépendance de la Géorgie demeure toujours l’un des fondements de son action, et celle-ci tendra, comme auparavant, à l’affermir
  3. Vu les conditions anormales et difficiles dans lesquelles se trouve la Géorgie, nous souhaitons que l’Internationale Ouvrière intervienne amicalement dans les rapports intérieurs au sein de la classe ouvrière de Géorgie. Nous voudrions que les deux courants du mouvement ouvrier de l’Europe – socialiste et communiste – forment une commission mixte sous le contrôle de laquelle aurait lieu, en Géorgie, un vote libre qui traduirait la volonté des travailleurs du pays.

11 avril : arrivée à Marseille (France) du bateau hôpital le Bien-Hoa transportant le « Trésor de l’Etat géorgien ». Ce transport, décidé par le Gouvernement National pour préserver le Trésor National de tous pillages et exactions, s’était effectué initialement à Batoumi sur l’Ernest Renan. Les caisses contenant le Trésor ont, ensuite, été transférées sur le Bien-Hoa à Constantinople.

« Le 11 avril 1921, la Banque de France à Marseille a reçu du Commandant du « Bien-Hoa », deux cent trente-six caisses que ce dernier lui a déclaré contenir le Trésor Géorgien.

La plupart des cachets apposés sur ces caisses sont brisés.

Elles ont été reconnues numériquement en présence de :

MM. Ekutime Takaïchvili, Vice-président de l’Assemblée Constituante de la République Démocratique de Géorgie,

Joseph Eligoulachvili, Sous-secrétaire d’Etat au Ministère des Finances, du Commerce et de l’Industrie de la République Démocratique de Géorgie,

Zourab Avalichvili et André Decanosi, Délégués de la Géorgie,

Fait en double à Marseille, le 11 avril 1921

Le Directeur » – (Sources : Banque de France)

Le 21 avril, un courrier du Ministère des Finances envoyait au Gouverneur de la Banque de France copie de la lettre adressée par Aristide Briand, Président du Conseil, à Akaki Tchenkeli, Ministre plénipotentiaire de la Géorgie en France. Cette lettre à A. Tchenkeli indiquait notamment : « J’ai l’honneur de vous faire savoir que le Gouvernement français ne juge pas utile de participer à cet inventaire. Il estime qu’il s’agit d’un dépôt fait par le Gouvernement géorgien auquel il sera rendu, dès qu’il le demandera, sous la forme et dans l’état où il a été effectué. En votre qualité de représentant dûment accrédité de la Géorgie à Paris, vous pourrez le retirer quand il vous conviendra et je fais donner des instructions en ce sens à la Banque de France ». Sources : Banque de France

14 avril : lettre de Lénine aux camarades d’Arménie, d’Azerbaïdjan et de Géorgie.

20 avril : unification forcée des chemins de fer transcaucasiens. Opposition des dirigeants géorgiens.

21 avril : décret portant sur la création d’un Conseil des commissaires du peuple.

Avril-mai : extrême tension politique. Succédant à une période initiale de tolérance, début de la répression contre les opposants. En mai, les troupes d’occupation arrêtent plus de 2000 militants du parti social-démocrate.

12 mai : au nom du Gouvernement National légitime de Géorgie, la Légation géorgienne en France, qui s’était ouverte le 25 février 1921 à Paris, adresse à Eric Drummond, Secrétaire général de la Société des Nations (SDN), les documents relatifs à l’invasion de la Géorgie et lui demande que la question de l’invasion et de l’occupation de la Géorgie par la Russie soviétique soit mise à l’ordre du jour de la prochaine session.

21 mai : instauration de la République Soviétique d’Abkhazie dont la création retire 1/8 de son territoire à la Géorgie.

10 juin : les représentants des quatre gouvernements caucasiens en exil, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan, Nord Caucase, créent le « Comité paritaire pour l’Indépendance ».

7-11 juin : tenue à Genève du Vème Congrès International des Associations de la SDN. L’Association Géorgienne de la Société des Nations y présente son Rapport (Genève, Juin 1921). Dans sa conclusion figure cet appel : « L’Association Géorgienne de la Société des Nations, qui travaille à renforcer les liens entre le peuple géorgien et ceux de l’Europe occidentale, a l’honneur de solliciter cet appui de la part de ce Congrès.  Nous voudrions que la haute Assemblée élève la voix pour stigmatiser le crime d’impérialisme de Moscou qui a détruit la liberté et l’indépendance de notre peuple. (…) »

13 juin : au nom du Gouvernement National légitime, la Légation de Géorgie à Paris formule un recours auprès du Conseil de la Société des Nations (SDN), lui rappelant les documents précédemment remis.

Juin : les forces d’occupation organisent une réunion publique à Koutaïssi. Pour corser l’intérêt, les organisateurs donnent à cette réunion le caractère d’une séance de tribunal. Après les réquisitoires des orateurs communistes, véritables procureurs accusant de tous les crimes le Président du Gouvernement de la République démocratique de Géorgie, Noé Jordania, le public fut invité à rendre son verdict. Celui-ci rendit, à l’unanimité, la sentence suivante : « Confiance à Jordania, peine capitale pour Lénine ». (« La Géorgie sous la domination des armées bolchévistes ». Edition de la Présidence de l’Assemblée Constituante de la République Géorgienne. Octobre 1921). Les arrestations commencèrent à l’issue de la réunion, inaugurant une nouvelle vague de répressions.

5 Juillet : Staline, l’un des Commissaires du peuple, est insulté par la foule à Tbilissi : suite à leur convocation, plus de 5000 ouvriers assistèrent à la réunion. Les  premiers mots de Staline, félicitant les ouvriers pour avoir secoué le joug menchevique, déchaînèrent l’indignation de l’assistance « Mensonge l Le joug mencheviste n’existait pas chez nous ! Il n’y avait pas de révolution communiste en Géorgie ! Vos troupes ont supprimé notre liberté ! ». Au contraire, « des ovations accompagnèrent les discours d’Alexandre Dguebouadzé et Isidore Ramichvili montés à la tribune. (…) Cet échec amena Staline à imposer le changement du chef de gouvernement : P. Makharadzé, qui occupait le poste de président du Conseil des commissaires du peuple, fut remplacé par Boudou Mdivani. C’est alors que la terreur bolcheviste redoubla ».  («La Géorgie sous la domination des armées bolchévistes». Edition de la Présidence de l’Assemblée Constituante de la République Géorgienne. Octobre 1921).

De juillet à décembre, le PC de Géorgie est divisé. Le gouvernement s’oppose  à la politique centralisatrice d’Ordjonikidzé, dirigeant du Kavbjuro (Bureau caucasien).

7 août : 3449 ouvriers de Tbilissi signent un appel aux organisations ouvrières européennes. Après avoir décrit toutes les horreurs dont ils sont victimes, sous la domination étrangère, ils écrivent :

« Nous vous communiquons tout cela, chers camarades, dans la conviction que vous élèverez la voix pour la défense d’un peuple-frère contre les violences de la barbarie/ Accourez à notre aide. Rendez-vous compte sur place de la vie des ouvriers opprimés de Géorgie/ Envoyez, dans ce but, des délégués que ce soit même des communistes européens, au nom desquels ont déjà été accomplies contre nous des horreurs sans nombre/ Nous attendons votre parole fraternelle, votre équitable verdict.  » («La Géorgie sous la domination des armées bolchévistes». Edition de la Présidence de l’Assemblée Constituante de la République Géorgienne. Octobre 1921).

12 août : Aristide Briand, Président français du Conseil suprême des Alliés, reçoit Akaki Tchenkeli et Avétis Aharonian venus plaider la cause de l’indépendance de leurs pays respectifs.

Août : Tedo Glonti, ancien responsable du parti social-fédéraliste rallié au nouveau pouvoir, précise les règles des élections devant se dérouler en décembre : « Le parti social-démocrate et les autres partis anti-bolcheviques ne pourront se présenter aux élections ».

29 août : un nouveau mémorandum, cette fois signé d’Evgueni Guéguétchkori, Ministre des Affaires Etrangères du Gouvernement National de Géorgie, réitère la demande du mois de mai à la SDN.

2 septembre : appel adressé à tous les peuples de l’Occident par le Président du Gouvernement de la République de Géorgie  (Noé Jordania) et le Président de l’Assemblée Constituante (Karlo Tchéidzé) sur

1/l’urgence d’expédier en Géorgie denrées et médicaments,

2/ le devoir des peuples libres d’élever la voix pour aider le peuple géorgien à se débarrasser des envahisseurs. (voir texte in  » la Géorgie sous la domination des armées bolchevistes« .

Septembre : l’Assemblée générale de la SDN émet un vote de protestation et de réprobation à l’encontre de l’invasion et de l’occupation de la Géorgie par les troupes de l’armée Rouge soviétique, et rappelle que le Gouvernement National de Géorgie réclame l’assistance des organismes créés par la SDN en vue de combattre la faim et les épidémies dans le monde. Malheureusement, aucune décision ni résolution ne furent adoptées.

Sept-octobre : premières élections en Géorgie dans les coopératives. Les candidats communistes obtiennent 3% des voix, les candidats sociaux-démocrates 95%. Les élections sont annulées. Les communistes nomment tous leurs délégués.

Octobre-novembre : pétitions et manifestations réclamant le départ de l’Armée rouge de la Géorgie.

8-17 octobre : les organisations syndicales géorgiennes décident d’adresser une pétition au « Comité Révolutionnaire » et de la présenter aux partis politiques nationaux.

24 octobre : une délégation, composée de 9 personnes, se présente au palais gouvernemental, siège du Comité révolutionnaire. Après plusieurs heures d’attente, tous ses membres sont arrêtés, interrogés par la tchéka et emprisonnés dans la forteresse de Métekhi.

28 octobre : diffusion d’un tract informant les habitants de Tbilissi de l’arrestation de la délégation.

29 octobre : déclaration de Boudou Mdivani, publiée dans « Le communiste » et «la Pravda géorgienne » (Pravda Grousi), appelant à châtier les « contre-révolutionnaires, nationalistes, sociaux-démocrates, ouvriers ».

Octobre : Publication à Paris de « La Géorgie sous la domination des armées bolchévistes » – Edition de la Présidence de l’Assemblée Constituante de la République Géorgienne. Ce dossier fait le bilan très documenté de l’immédiate période post-occupation de la Géorgie – .

Parmi les nombreuses informations y figurant, au chapitre de la « Suppression de la liberté  » est rappelé que 600 membres du parti social-démocrate géorgien sont emprisonnés et, parmi eux, les hommes les plus estimés du pays : Silvestre Djibladzé, l’un des fondateurs du parti ; Alexandre Lomtatidzé, Vice-président de l’Assemblée Constituante ; Grégoire Lordkipanidzé, vice-président du Conseil dans le cabinet de N. Jordania ; Isidore Ramichvili, membre de la première Douma ; Guérassim Makharadzé, membre de la 2ème Douma, condamné aux travaux forcés, libéré par la Révolution de 1917 puis envoyé de la République de Géorgie auprès du gouvernement russe ; Guizo Andjaparidzé, Président du Conseil (soviet) de Batoum, puis maire de la ville pendant l’indépendance ;  David Oniachvili, Ministre de l’Agriculture dans le cabinet Jordania ; Noé Tsintsadzé, sous-secrétaire d’état au Ministère de l’Instruction Publique ; Vlassa Mguéladzé, l’un des plus anciens militants socialistes du pays qu’il représenta plusieurs fois dans des Congrès internationaux ; Grigol Ouratadzé, membre de la Constituante, signataire au nom de la Géorgie du traité de paix du 7 mai 1920 avec la Russie ; Alexandre Dguebouadzé, organisateur de la Garde Populaire et orateur favori des ouvriers de Tbilissi ; Zakharie Gourouli, chef des mineurs de Tchiatouri.

1er novembre : Grève de protestation et meetings, organisés par les syndicats et le parti social-démocrate, dans tous les centres industriels, les chemins de fer, les manufactures.

25 novembre : la Commission présente son rapport pour la création d’une République de Transcaucasie. Le P.C de Géorgie est divisé. Mdivani, Kavtaradzé, Svanidzé et Tsintsadzé sont contre ; Eliava et Ordjonikidzé pour. Grigol, dit « Sergo », Ordjonikidzé se prononce en faveur d’une politique centralisatrice.

Fin novembre : le parti social-démocrate diffuse un journal bihebdomadaire, « Sakartvelos hma » (La voix de la Géorgie).

Décembre : le pouvoir d’occupation décide de maintenir les élections. Le parti social-démocrate diffuse un appel au boycott des élections. Appel repris par tous les partis non-communistes.

3 décembre : début des élections. Elles dureront jusqu’au 8 décembre à Tbilissi, Koutaïssi et Batoumi. Elles sont boycottées à plus de 70%.

22 décembre : en Géorgie, publication de deux décrets réglant les élections rurales et conférant le droit de vote à tout individu se trouvant sur le territoire géorgien ainsi qu’aux membres de l’Armée rouge.

1922

7 janvier : début des élections. Boycott quasi général. Les soldats russes, les agents de la Tcheka et les résidents non géorgiens parcourent les campagnes et votent à la place de la population. Perquisitions et arrestations suivies d’exil dans tout le district de Tbilissi.

Les listes de candidatures autorisées furent exclusivement communistes. Face au mécontentement général, des personnes « sans parti » furent ajoutées ; faveur étendue au groupe Tedo Glonti. Résultats : 351 élus dont 305 communistes, 36 sans étiquette et 10 du groupe Tedo Glonti.

Janvier : la Conférence de Cannes refuse la présence de la Géorgie à la Conférences de Gênes.

23 janvier-1 février: 1er Congrès du P.C de Géorgie. Elus : Ordjonikidzé, Orakhelachvili (secrétaire), Makharadzé, Todia, Sabachvili, Mdivani.

5 février : le gouvernement de Moscou ayant rejeté la proposition du Comité Exécutif de la IIème Internationale Socialiste d’envoyer une Commission mixte en Géorgie, le Comité central du parti social-démocrate décide de convoquer une Conférence clandestine de tout le parti. La Conférence assigne comme but prioritaire le rétablissement de l’indépendance et, à cette fin, l’action coordonnée de tous les partis opposés aux bolcheviques. C’est ainsi que fut créé le « Comité de l’indépendance » dit paritaire car réunissant tous les partis alliés. Ce Comité devait travailler sur la base de la coopération avec le Gouvernement légal présidé par Noé Jordania « en vue du rétablissement de l’indépendance nationale suivant les lois fondamentales empreintes de l’esprit démocratique que vota la Constituante de Géorgie ».

11 février : 60 000 jeunes, sous la direction des Jeunesses Socialistes, manifestent dans tout le pays pour protester contre l’invasion de la Géorgie par l’Armée rouge un an auparavant.

Le parti social-démocrate publie et diffuse un hebdomadaire « Tchveni Ertoba » (Notre Union).

17 février : décès de Silva (Sylvestre) Djibladzé qui, très malade, venait d’être relâché par la Tcheka.

19 février : Une publication de la Conférence de Gênes indique que le Ministère des Affaires Etrangères de Géorgie, « en un mémorandum, daté du 19 février, requiert de la Conférence (de Gênes) qu’elle demande au Gouvernement de Moscou de retirer ses troupes de Géorgie et, dans l’éventualité où ce gouvernement serait juridiquement reconnu comme Gouvernement de la Russie, que la Géorgie ne soit pas incluse dans le territoire russe ».

25 février-3 mars : 1er congrès des Soviets de Géorgie. Adoption de la Constitution de la R.S.S de Géorgie.

12 mars : fondation de l’Union fédérative des Républiques soviétiques de Transcaucasie dont Tbilissi devient la capitale sous le nom de Tiflis. Le Kavbjuro se transforme en Zakkrajkom (direction régionale du parti).

15 mars : les démarches entreprises par le Gouvernement National de Géorgie furent soutenues par la décision des partis politiques – parti social-démocrate, parti démocrate (classes moyennes et bloc rural) et parti socialiste fédéraliste, auxquels 93% des membres de l’Assemblée Constituante appartenaient. Résolution du 15 mars 1922.

Avril : création à Paris du « Comité de l’indépendance » de la Géorgie composé de représentants de partis politiques géorgiens et particulièrement des partis social-démocrate, national démocrate et socialiste-fédéraliste et socialiste révolutionnaire. Son but : l’organisation d’un soulèvement national.

1er avril : le refus par la Conférence de Cannes de l’admission de la Géorgie à la Conférence de Gênes, fournit l’occasion d’évoquer le cas de la Géorgie au Parlement français.

A la Chambre des Députés, Raymond Poincaré, Président du Conseil,après avoir rappelé qu’à Cannes ni la Turquie, ni les Etats du Caucase ne seraient invités (une question sérieuse qu’il ne souhaitait pas discuter ici),  déclare : « nous avons reconnu l’Etat de Géorgie et demandons qu’il soit, pour le moins, représenté à la Conférence de Gênes (Aristide Briand : « C’est juste »). (…) Il va sans dire que si la Géorgie juridiquement reconnue n’était pas admise à la Conférence de Genève, la Russie ne serait pas autorisée à représenter les états qu’elle a envahi et qu’elle occupe par la force ». A la fin de la séance, Edouard Herriot demanda que le Président du Conseil confirme que son gouvernement restait attaché à la cause de l’indépendance de la Géorgie. Demande acceptée par R. Poincaré qui ajoute que le Gouvernement de la France a exprimé à plusieurs reprises son soutien  à l’Etat de Géorgie. « Le Gouvernement de la Géorgie a un représentant à Paris, et ce représentant a accès au Ministre des affaires étrangères ». Journal officiel 2 avril 1922.

2 avril : le Ministre des Affaires Etrangères de Géorgie adresse à la Conférence de Gênes une note qui transmet l’appel du Patriarche de Géorgie, Ambroise. Dans cette lettre datée du 7 février, le Patriarche Ambroise adresse à la Conférence de Gênes une lettre exprimant le rejet des forces d’occupation et demandant leur retrait. « S’il est vrai que les forces d’occupation essaient de convaincre tout un chacun, à l’étranger, qu’elles ont libéré et rendu heureux les Géorgiens, moi le chef spirituel de la Géorgie, et aujourd’hui son seul véritable pasteur, dans les mains desquels reposent les fibres les plus intimes du cœur de la nation, et qui reçoit le premier ses lamentations et ses larmes, sait bien combien elle est heureuse (…) En un mot, la Nation est dans la misère et dans le deuil mais n’a pas la possibilité matérielle d’élever la voix (…) Nous  sommes confiants que l’honorable Conférence (…) délivrera la Géorgie de la servitude humiliante et du régime de violence dont elle est victime! ». Il paiera de plusieurs années de prison cet appel courageux. Publication de la Conférence de Gênes.

3 avril : Staline, secrétaire général du P.C. russe.

Printemps-été : forte tension entre le PC de Géorgie et Staline.

10 avril : ouverture de la Conférence Internationale de Gênes qui se terminera le 19 mai. Elle a pour but de normaliser les relations entre états européens. La délégation russe réclame de représenter également la Géorgie. Les démarches diplomatiques entreprises par le Gouvernement National pour défendre les droits de la Géorgie continuent. Elles trouvent un nouveau soutien dans la pétition signée de tous les partis politiques clandestins existant en Géorgie. Vlassa Mguéladzé apporte de la Géorgie occupée une pétition signée par les ouvriers géorgiens dénonçant le scandale des élections en Géorgie et réclamant le retrait des troupes russes d’occupation. La Conférence refuse à la délégation de la Russie le droit de représenter la Géorgie.

25 mai : première attaque cérébrale de Lénine

24-25-26 mai : le parti social-démocrate organise dans les villes et villages de Géorgie des manifestations pour commémorer l’anniversaire de l’indépendance. Des dizaines de milliers de manifestants y participent. A Kvirila, Samtredia, Tchokhataouri et autres localités, les troupes russes tirent sur la foule. Nombreuses victimes.

Début de la répression contre les autres partis géorgiens.

28 mai-23 juin : au nom de l’Alliance Coopérative Internationale, Victor Serwy, directeur de l’Office coopératif belge, réalise une enquête en Géorgie sur la situation du secteur coopératif. Sa mission d’observateur le conduit à noter qu’il « règne une haine sourde contre la tyrannie russe » et d’ajouter : « Il ne serait point étonnant qu’un jour la Géorgie, dont l’esprit est profondément démocratique, se lève pour chasser l’oppresseur ». « La Géorgie coopérative sous le régime bolcheviste ». Publié en juillet 1922. Bruxelles.

1 juin : Raymond Poincaré, Président du Conseil et Ministre des affaires étrangères de la France, réitère à la Chambre des députés l’affirmation de la reconnaissance de jure du dernier Gouvernement géorgien par le Gouvernement français, et rappelle le refus opposé par la Conférence de Gênes au Gouvernement russe qui réclamait d’être accompagné par les délégués des gouvernements constitués de facto de la Géorgie et de l’Azerbaïdjan. Journal Officiel  2 juin 1922.

Juin : Le Gouvernement National en exil décide l’acquisition du domaine du Château de Leuville, proche de Paris.

Juin à juillet : campagne d’épuration des partis communistes du Caucase.

18 juillet : La question géorgienne est soulevée devant la Chambre des Communes britannique : « M. Snowdon a demandé au Sous-secrétaire d’État aux affaires étrangères, s’il était conscient des exécutions et des persécutions du peuple géorgien effectuées par le gouvernement bolchévique qui a envahi la Géorgie et renversé le Gouvernement démocratique de ce pays (…) ». Constantin Kandelaki «The Georgian Question before the Free World» Paris. 1953

26 août : le Gouvernement National adresse derechef un appel à la Société des Nations sous la signature d’Akaki Tchenkeli, Ministre plénipotentiaire de la Géorgie en France qui présente un mémorandum à soumettre au Conseil de la SDN.

Automne : sous la direction de K. Tcholokhachvili, soulèvement de partisans en Svanétie.

Dans toute la Géorgie, et dans les grandes villes, le parti social-démocrate se réorganise et développe une presse et des actions clandestines.

15 sept. : le comité central du P.C de Géorgie refuse le projet de Staline sur l’autonomisation des Républiques.

20 septembre : Proposition de  Louis de Brouckère, délégué pour la Belgique. Il défend à la tribune de la Société des Nations l’appel du Gouvernement géorgien et propose, devant le Conseil des six puis, devant la IIIème Assemblée (22 septembre)  , une résolution sur la situation en Géorgie, adoptée à l’unanimité : « L’Assemblée de la Société des Nations, ayant considéré la situation de la Géorgie, invite le Conseil à suivre avec attention les événements dans cette partie du monde, de manière à saisir les occasions qui pourraient se présenter d’aider par des moyens pacifiques et conformes aux règles du droit international, au retour de ce pays à une situation normale. » Les mots en italiques « émue de la situation malheureuse » et « souffrances » en avaient été retranchés. Procès-verbal de la 6ème Commission, huitième séance, et IIIème Assemblée de la Société des Nations, quatorzième séance plénière. « Documents relatifs à la question de la Géorgie devant la Société des Nations ». Edition de la Légation de Géorgie en France. Paris 1925

22 octobre : Désavoué par Lénine, le comité central du P.C de Géorgie démissionne. Nouveau comité central désigné par le Zakkrajkom.

9 novembre : un rapport secret de l’Armée rouge rapporte qu’en Géorgie comme en Azerbaïdjan, les montagnards attaquent les détachements militaires, et que les listes communistes aux élections des Soviets n’ont obtenues en réalité  que moins de 30% des voix.

20 novembre : inauguration de la Conférence de Lausanne. Akaki Tchenkeli, chef de la Délégation du Gouvernement National de Géorgie et Ministre Plénipotentiaire de Géorgie en France, obtient la publication d’une note dans laquelle il s’oppose, au nom du Gouvernement National de Géorgie, à la déclaration de la délégation soviétique dirigée par Tchitchérine qui prétend s’exprimer au nom de la Géorgie. Il dénonce les principes hérités de la diplomatie tsariste dont le but est de transformer la mer Noire en lac russe, garantie de l’hégémonie russe sur tous les états côtiers. Il souligne que ce projet a pour objectif de priver le peuple géorgien de tout moyen de communication avec les puissances occidentales.

25 novembre : Félix Dzerjinski, chef de la Tcheka, est envoyé par Lénine en Géorgie pour examiner le différend opposant les membres du Comité Central à Ordjonikidzé.

10 novembre : 1er Congrès des Soviets de Transcaucasie à Bakou.

23-26 décembre : publication par Lénine de sa « Lettre au Congrès », testament très critique à l’égard de Staline.

30 décembre : Création de l’URSS, Union des Républiques de Russie, Ukraine, Biélorussie et Transcaucasie.

30-31 décembre : alarmé par l’affaire géorgienne, Lénine dicte ses « Notes sur la question nationale » contre le « chauvinisme grand-russien » et pour une plus grande autonomie des Républiques.

1923

« La lutte irréductible que menaient toutes les classes sociales contre les pouvoirs d’occupation conduisit Moscou à une répression implacable qui prit un tour particulièrement féroce à partir de 1923. » D. Charachidzé. « H. Barbusse, les soviets et la Géorgie ». Editions Pascal. Paris

1er janvier : Réforme monétaire. Suppression des monnaies nationales. Instauration d’un rouble transcaucasien sur la base d’une parité avec le rouble géorgien.

Hiver-printemps : réforme agraire bolchevique. La réforme agraire, instaurée par la République indépendante de Géorgie, est abolie. Toutes les terres qui avaient été redistribuées aux paysans doivent être confisquées et nationalisées. Le parti social-démocrate organise la riposte contre ce décret.

D. Charachidzé indique : « Comme il n’existait plus (en Géorgie), après la réforme socialiste, une seule grosse propriété terrienne, ce furent exclusivement les petits propriétaires qui furent dépossédés de leurs terres. Cette méthode empruntée aux conditions agraires du régime de l’ « obchtchina », de la « commune » agricole de la Grande Russie, habituée à la redistribution périodique des terres entre ses membres, constitue un non-sens économique pour un pays de petite propriété, comme la Géorgie. Aussi cette mesure s’y heurta-t-elle à des difficultés infranchissables, en instaurant le désordre à la campagne et en entravant les forces productives agricoles. » Au printemps 1929, le Commissaire du peuple à l’Agriculture « déclarait au Congrès des Soviets géorgiens : Nous nous proposons de terminer la distribution des terres en 5-6 ans ( Communiste, N° 82 ). Délai nécessaire « pour sortir du chaos où leur propre politique a plongé le pays. » D. Charachidzé. « H. Barbusse, les soviets et la Géorgie ». Editions Pascal. Paris

De janvier à février, déportation hors de Géorgie de dizaines de dirigeants du parti social-démocrate.

17 janvier : conférence clandestine du parti social-démocrate de Géorgie. Elle entérine la création du Comité de l’indépendance de la Géorgie et le rôle du gouvernement en exil. 26000 adhérents sont enregistrés et 5000 aux Jeunesses Socialistes.

25 janvier : à réception du rapport de Djerzinski, le Politburo du Comité central du P.C de l’URSS approuve l’attitude d’Ordjonikidzé et décide d’éloigner les opposants : Mdivani, Makharadzé, Tsintsadzé, Kavtaradzé.

De janvier à juin : « En janvier, puis en mars, avril, mai et juin, la Commission Extraordinaire (Tcheka) procéda à des arrestations massives ayant pour but de s’emparer des militants illégaux du parti menchevik (dénomination métaphorique utilisée, depuis la scission du Congrès de Londres, pour « social-démocrate »). La dernière opération d’arrestation en masse eut lieu au mois de juin. » D. Charachidzé. « H. Barbusse, les soviets et la Géorgie ». Editions Pascal. Paris

Février : le tchékiste Oboladzé est envoyé en Gourie (Géorgie occidentale) pour réprimer les révoltes. Il fait exécuter et emprisonner des paysans, piller et brûler des villages. En dépit de sa garde rapprochée de 15 hommes, il est abattu près d’Ozourghéti.

13 février : en représailles, 92 prisonniers, composés majoritairement de militants socialistes, seront fusillés à Tiflis.

6 mars : Lénine, « dégoûté par la grossièreté d’Ordjonikidzé et les connivences de Staline », prend le parti des « nationaux déviationnistes » (oppositionnels communistes géorgiens).

14 mars : 2ème congrès du P.C géorgien. Les oppositionnels sont écartés de la direction. Vano Lominadzé est élu président.

19 mars : tenue du 2ème Congrès des organisations bolcheviques de Transcaucasie.

17-25 avril : XIIème congrès du P.C.R. Lénine, victime d’une nouvelle attaque, ne peut y assister : les  « nationaux déviationnistes géorgiens »  se retrouvent isolés face à Staline.

Mai : 80 dirigeants et militants du parti social-démocrate de Géorgie sont déportés hors de Géorgie.

20 mai : exécution du général Abkhazi et de 14 officiers supérieurs de la République, membres du Centre militaire du Comité de l’indépendance.

Juin : Mdivani est démis de toutes ses fonctions.

Juillet : démantèlement systématique des partis politiques d’opposition.

6 juillet: adoption de la Constitution de l’URSS.

24 juillet : signature du traité de Lausanne qui annule et remplace le traité de Versailles et règle la question des frontières turques. L’article 23 des dispositions spéciales stipule : « le principe de la liberté de passage et de navigation par mer et dans les airs, en temps de paix comme en temps de guerre, dans le détroit des Dardanelles, la Mer de Marmara et le Bosphore, ainsi qu’il est prévu dans la Convention spéciale conclue à la date de ce jour, relativement au régime des Détroits. » Traité de paix signé à Lausanne le 24 juillet 1923. SDN. Recueil des traités.

Juillet-octobre  pour faire face à la répression qui s’abat sur tout le pays, mise en place des conditions d’un soulèvement par :

  • le Comité Paritaire pour l’indépendance de la Géorgie, siégeant à Paris :
  • les partis politiques d’opposition, les organisations clandestines, les syndicalistes, les patriotes, en Géorgie.

10 septembre : par l’intermédiaire de Khariton Chavichvili, délégué du Gouvernement National de Géorgie, un appel solennel sur la situation de la Géorgie est transmis au Secrétaire Général de la Société des Nations. L’appel signé du Comité de l’indépendance de la Géorgie est adressé de Tiflis (Tbilissi) et daté du 25 mai 1923.

Novembre : arrestation de Noé Khomeriki, ancien Ministre de l’agriculture du Gouvernement, revenu clandestinement de France pour organiser l’insurrection nationale.

Hiver-printemps : inflation galopante : près de 1000% de janvier à juin (78% sur l’ensemble de l’année 1922). Crise des « ciseaux », selon le mot de Trotski qualifiant l’écart grandissant entre l’abaissement des prix des produits agricoles et l’augmentation des prix des objets manufacturés. En octobre, on compte 29 000 chômeurs secourus pour 100 000 salariés.

Automne-hiver : les opposants bolcheviques se rapprochent de Trotski.

Les sociaux-démocrates, Irakli Tsereteli et Constantin Gvardjaladzé, deviennent membres de l’Exécutif de l’Internationale Socialiste. Ils le demeureront jusqu’en 1939.

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Insurrection Nationale

Bataille d’influence dans les sphères internationales pour que le droit de la Géorgie indépendante soit préservé lors de la reconnaissance de la Russie soviétique

1924 -1925

1924

21 janvier : mort de Lénine

En février, la Grande-Bretagne (Ramsay MacDonald, 1er ministre) et l’Italie reconnaissent l’URSS avec une réserve concernant la Géorgie pays reconnu juridiquement par eux et dont les droits sont maintenus et préservés.

9 Février : départ de Marseille de Benia Tchkhikvichvili, ancien  député et maire de Tbilissi, et de Valiko Djougheli, commandant de la Garde Nationale, pour préparer l’insurrection nationale en Géorgie décidée par le Comité de l’indépendance.

6-11 mai : IIIème congrès du P.C de Géorgie.

3 juillet : le groupe socialiste au Parlement français adresse à Edouard Herriot, Président du Conseil, une lettre « sur la  Reconnaissance des Soviets et l’indépendance de la Géorgie ». dans laquelle il rappelle notamment que : «En février 1921, sans déclaration de guerre, la Géorgie a été envahie par les armées russes. Son peuple n’a, depuis ce temps, cessé de protester contre la violence dont il était ainsi l’objet, sans doute parce qu’il était un petit état sans défense.  (…) (Le groupe socialiste) pense donc que la République française ne saurait, sans dommage moral pour elle-même, abandonner l’attitude prise à l’égard d’un petit peuple dont l’indépendance a été universellement reconnue. Le Gouvernement français doit la conserver, même si le développement des négociations ne permettait pas d’obtenir l’assentiment de la Russie. Le Parti socialiste suggère donc que le gouvernement de la République déclare qu’il reconnaît pleinement « de jure », l’Union des Républiques soviétiques « sous réserve des actes internationaux par lesquels fut reconnue « de jure » l’indépendance des différents états issus de l’empire russe, et ayant leurs représentants accrédités auprès du gouvernement français. Il tombe sous le sens que si une telle formule, à défaut d’une autre plus explicite, n’était pas adoptée, l’abandon de la cause géorgienne risquerait de devenir une menace pour d’autres petits pays, puisqu’il sanctionnerait tacitement une entreprise de la force et en rendrait pour d’autres cas la tentation toujours possible (…) ». Edition l’Emancipatrice. Paris 1925

Juillet : arrestation de Bénia Tchkhikvichvili.

5 août : Le Comité de l’Indépendance de la Géorgie rédige à Tiflis (Tbilissi) un Mémorandum faisant appel à la Société des Nations qui doit se réunir en septembre à Genève.

Dans les premiers jours d’août, Valiko Djougheli, commandant de la Garde Nationale, est arrêté et torturé par la Tcheka. Il sera mis à mort le 31, dès le début de l’insurrection

28 août dans la nuit : déclenchement de l’insurrection dans la ville minière de Tchiatouri  (Géorgie occidentale).

29 août : l’insurrection se propage en un mouvement essentiellement rural à toute la Géorgie occidentale (Gourie, Mingrélie, Imérétie, Svanétie) et touche le tiers de la population totale du pays, soit env. 800 000 habitants. Les paysans de Gourie y jouent un rôle déterminant.

Alors que l’ordre est donné à toutes les Tchékas locales de massacrer les prisonniers sans défense, détenus de longue date, partout à la campagne, le peuple avait renversé les autorités soviétiques sans faire de victimes. Cela leur fut ensuite reproché avec un parfait cynisme par les bolcheviks : « Les sociaux-démocrates se sont montrés sans caractère et faibles, des « invertébrés » qui firent un soulèvement démocratique suivant les règles démocratiques, et qui ne surent mettre à mort aucun de nos camarades, bien que nous les ayons fusillés par centaines et que nous ayons même exécuté des membres de leur Comité central. » Rapport officiel sur l’insurrection par M. Kakhiani, publié le 11 septembre dans la « Rabotchaia Pravda », journal russe de Tiflis.

Bénia Tchkhikvichvili et Noé Khomeriki déportés en Russie et incarcérés à la prison de Souzdal, où ils se retrouvent, seront conduits à la Guépéou de Moscou dès le début de l’insurrection, et envoyés à Rostov pour y être tués. Et cela afin « de semer la terreur parmi la population géorgienne, de décourager et démoraliser l‘insurrection en marche. L’assassinat des innocents est par excellence la méthode soviétique de répression du mouvement populaire. (…) Mais l’assassinat de centaines de prisonniers ne suffisait pas. Pour mieux impressionner la population, il fallait encore des noms d’hommes politiques connus, aimés, respectés par toute la Géorgie. Khomeriki, Djougheli, et Tchkhikvichvili en étaient (…) ». D. Charachidzé, « Barbusse, les Soviets et la Géorgie ». Paris. Editions Pascal.

Le colonel Kakoutsa Tcholokachvili avec une importante force rebelle attaque la base de l’Armée rouge au sud-ouest de Tbilissi. Les partisans combattent désespérément mais, isolés, doivent se replier en Kakhétie.

La Tcheka transcaucasienne laisse le mouvement aller à son terme en province. Arrestations massives à Tbilissi.

En effet, la population des grandes villes tenues par l’Armée rouge ne peut réagir. Les représailles, là-aussi, débutent dès le début de l’insurrection. Les troupes d’occupation fusillent les otages pris dans les villes ou les villages comme à Koutaïssi le métropolite Nasari et 10 prêtres. Elles arrêtent les membres des familles des personnages connus de la République qui servent d’otages ou sont fusillés pour l’exemple.

Septembre : l’opposition antibolchevique est décimée. Des milliers de militants sont déportés en Sibérie. La population subit un traumatisme considérable :

2 septembre : condamnation à mort de 24 responsables de l’opposition. Exécutions en masse dans tout le pays.

4 septembre : le nouvel état-major de l’insurrection, Comité insurrectionnel du Comité d’indépendance de la Géorgie, est arrêté à son tour à Chio-Mghvimi.

5 septembre : transmission du Mémorandum du Comité de l’Indépendance de la Géorgie, accompagné d’une lettre adressée par les délégués du Gouvernement National de Géorgie à la Vème Assemblée de la Société des Nations qui se réunit à Genève.

5 septembre : Les membres arrêtés de l’état-major de l’insurrection  (Koté Andronikachvili, président du Comité, Jason Djavakhichvili, Gogui Djinoria, Mikhael Botchorichvili, Mikhail Ichkneli, D. Oniachvili, tous des dirigeants sociaux-démocrates), informés des exécutions en masse, acceptent de signer un appel à l’arrêt du soulèvement pour interrompre l’hécatombe. Ce texte rédigé sous la pression sera immédiatement diffusé dans le pays, et épargnera des centaines d’otages destinés au peloton d’exécution. Jugés un an plus tard par un tribunal spécial dans un simulacre de procès public, ces membres du comité sont condamnés à la déportation en Sibérie (8 à 10 ans).

6 septembre : Noé Jordania, Président du Gouvernement National de Géorgie adresse de Paris un télégramme au Président de la Vème Assemblée Générale de la SDN, le Suisse Giuseppe Motta. Un télégramme identique est  adressé en même temps au Président du Conseil  français, Edouard Herriot, et au Premier ministre Britannique Ramsay MacDonald, alors à Genève. Dans ces télégrammes Noé Jordania demande que la SDN, organisme fondé pour pacifier les relations internationales, intervienne pour exiger de Moscou d’arrêter toute action militaire en Géorgie et de soumettre  le conflit à l’arbitrage international.

Il adresse le même jour un télégramme au Président du Conseil des Commissaires du Peuple, au Kremlin, Moscou : « En 1921, vos troupes, au mépris du traité conclu entre nous occupèrent, après cinq semaines de combat, la Géorgie déjà reconnue indépendante par vous-mêmes. Depuis, le peuple géorgien supporte des persécutions inouïes et inconnues dans son histoire. Maintenant réduit au désespoir, il lutte contre votre pouvoir. La Géorgie lutte, non pour rétablissement de tel ou tel régime intérieur, mais pour son droit à sa détermination nationale et pour rétablissement son indépendance. Vous savez vous-mêmes que Géorgie ne se soumettra jamais à domination étrangère. Au nom peuple géorgien, je vous propose arrêter actions militaires et résoudre conflit russo-géorgien pacifiquement en nous basant sur traités conclus entre nous 7 mai 1920. Je déclare en même temps que nous sommes prêts conclure traité complémentaire garantissant vos intérêts économiques et commerciaux en Géorgie. Le Président du Gouvernement National de Géorgie Noé Jordania – Paris, le 6 septembre 1924. » Le télégramme restera sans réponse. Annexe 10 in Documents relatifs à la question de la Géorgie devant la Société des Nations. Edition de la Légation de Géorgie en France. Paris 1925

9 et 10 septembre : Noé Jordania dans ses deux courriers adressés au Président de l’Assemblée générale de la SDN réitère sa demande et expose les représailles perpétrées par les autorités soviétiques (assassinant 43 prisonniers politiques détenus par la Tcheka). Il formule l’espoir que les délégués dénonceront les actions barbares du Gouvernement bolchevique de Moscou en Géorgie.

11 septembre : lors de la Vème Assemblée de la SDN, les délégations de France, Grande-Bretagne et Belgique présentent un projet de résolution à inscrire à l’ordre du jour. Cette résolution renouvelait celle votée le 22 septembre 1922.

Paul Boncour, délégué de la France, accueilli à la tribune de l’Assemblée par des applaudissements, souligna que cette proposition avait été établie après accord entre R. MacDonald et E. Herriot, respectivement Premier Ministre de Grande-Bretagne et Président du Conseil français.

La proposition de résolution renvoyée à la Commission de l’ordre du jour sera discutée au sein de la sixième Commission les 20 et 22 septembre (examen) . Cela aboutira à un rapport et à la nomination du délégué du Canada, Edward Mortimer MacDonald,  comme rapporteur à l’Assemblée de la SDN.

25 septembre : le rapport de la sixième Commission sur la situation en Géorgie est présenté à la Vème Assemblée de la Société des Nations par Edward Mortimer MacDonald, délégué du Canada.

Le professeur Gilbert Murray, délégué de Grande-Bretagne, déclarait à cette occasion : «Le 27 janvier 1921, la Grande-Bretagne a reconnu de jure la Géorgie comme Etat indépendant et, cette année le Gouvernement britannique a reconnu le Gouvernement des Soviets ; mais comme M. E. M. MacDonald vous l’a indiqué, les termes de cette connaissance ont été choisis très soigneusement et, à mon sens, très correctement.

Je me permets d’émettre l’avis que c’eût été un manque de tact de la part du Gouvernement de Sa Majesté d’intervenir dans la question brûlante qui se posait entre le Gouvernement des Soviets et celui de la Géorgie. En tout cas, la reconnaissance a été formulée en termes très étudiés et très corrects ; Le Gouvernement de Sa Majesté a reconnu l’Union des Républiques socialistes soviétiques comme le Gouvernement de jure des territoires de l’ancien Empire russe qui avaient reconnu l’autorité de l’Union soviétique. Nous n’avons rien fait de plus». Extrait du compte-rendu de la Vème Assemblée. Genève 1924. « Documents relatifs à la question de la Géorgie devant la Société des Nations ». Edition de la Légation de Géorgie en France. Paris 1925

26 septembre : La Délégation du Gouvernement National de Géorgie adresse une lettre au Conseil de la Société des Nations rappelant la demande d’intervention du Président du Gouvernement National, Noé Jordania, et soulignant « qu’il s’agit bien d’une guerre entre deux Etats, dont l’un, grand et puissant, cherche à écraser l’autre, petit et faible, et que le statut international de la Géorgie ne saurait être modifié du fait de l’occupation militaire étrangère ». Extrait de la Lettre de la délégation, Genève  26 septembre 1924. « Documents relatifs à la question de la Géorgie devant la Société des Nations ». Edition de la Légation de Géorgie en France. Paris 1925

L’intervention espérée des puissances européennes ne viendra pas.

On évalue entre 3000 et 5000 morts le nombre de victimes. Les prisonniers et déportés en Sibérie se comptent par centaines. La répression de l’insurrection durera plusieurs mois. Des villages entiers sont pillés et détruits. De nombreux militants, et notamment des jeunes, prendront le chemin de l’exil.

Ayant pu rejoindre la France, K. Tcholokachvili sera déclaré « héros national » par le Gouvernement National avec l’accord de tous les partis politiques. Sa sépulture sera transférée en 2005 du cimetière de Leuville au Panthéon de Mtatsminda (Tbilissi).

La seule victoire remportée au terme de ce combat inégal le sera sur le terrain juridique et sur celui de l’opinion publique. L’insurrection nationale et ses martyres jouèrent un rôle majeur en apportant la preuve éclatante que ce « territoire de l’ancien Empire russe » et « ses habitants » ne reconnaissaient aucunement l’autorité de Moscou et qu’il s’agissait bien d’une occupation par la force d’un territoire indépendant, d’un Etat.

28 octobre : La France d’Edouard Herriot reconnaissait l’URSS quasiment dans les mêmes termes que la Grande-Bretagne. Le texte de la reconnaissance de jure de l’URSS adressé par Edouard Herriot, Président du Conseil de la France, mentionne  que cette reconnaissance ne saurait porter atteinte aux engagements pris dans les traités signés par la France. Une réserve spéciale était faite concernant la Roumanie, la Bessarabie et la Géorgie.

La France acceptera la présence de la Légation géorgiennedu gouvernement national géorgien en exil jusqu’en 1933. (photo)

Novembre et décembre : une délégation des Trade-Unions britanniques se rend en Russie et au Caucase à l’invitation de Moscou. Elle conclut que la Géorgie jouit d’une situation de prospérité « telle qu’elle n’en a jamais connu sous la domination menchevique ». Ce rapport provoque l’indignation générale dans le monde socialiste.

Les Editions du Bureau à l’Etranger du Parti social-démocrate de Géorgie répliquent par un démenti immédiat sous la plume des membres du Présidium : Noé Jordania, Nicolas (Carlo) Tchéidzé, Noé Ramichvili.

Friedrich Adler, secrétaire de l’Internationale Ouvrière Socialiste, fera paraître une réponse cinglante en 1925.

1925

De nombreux communistes oppositionnels sont éloignés de Géorgie.

Friedrich Adler publie « L’enquête des Trade-Unions en Russie », dans laquelle il dénonce les thèses impérialistes du rapport des Trade-Unions britanniques : « Ce chapitre sur la Transcaucasie et la Géorgie est d’une valeur inestimable pour la politique impérialiste de la Grande-Bretagne et de tous les autres états capitalistes. (…) jusqu’à l’entier abandon du droit de libre disposition des peuples, on peut trouver dans ce chapitre tout ce dont le gouvernement impérialiste pût jamais avoir besoin comme arguments pour sa politique de conquêtes ». Traduction française. Edition du Parti Socialiste (SFIO). Paris

Après la répression du soulèvement de 1924, le Comité International pour la Géorgie présidé par les Suisses, Jean Martin et Albert Malche, est créé à Genève avec la collaboration du représentant du Gouvernement National géorgien en exil, Khariton Chavichvili, afin de relayer et soutenir les justes revendications de la Géorgie indépendante.

29 janvier : Discours mémorable prononcé à la Chambre des Députés dans la discussion du Budget des Affaires Etrangères par le député Pierre Renaudel sous l’intitulé « L’indépendance de la Géorgie et la politique internationale du Bolchevisme ».

Dans son allocution, P. Renaudel rappelle que l’invasion de la Géorgie par les troupes russes était préméditée. Il en donne pour preuve le rapport, daté du 18 décembre 1920, du commandant de la 11ème armée, Hecker, au président du Conseil révolutionnaire militaire de la 11ème armée. « Dans ce rapport, M. Hecker envisage les conditions dans lesquelles une invasion de la Géorgie peut se produire avec des chances de succès. »

Dans ce discours fleuve, l’origine nationale et patriote de l’insurrection est largement soulignée :

« J’en arrive à l’Insurrection d’août – septembre 1924, à propos de laquelle nous avons aussi à donner quelques explications.

Ses causes naturelles d’abord :

J’ai entre les mains, pour la période de 1921 à 1924, un dossier considérable de terreur, arrestations, emprisonnements, fusillades.

Les preuves sont nombreuses, mais je n’insiste pas sur cela, sauf pour dire que c’est la politique de répression, appliquée à la Géorgie par les bolcheviks de Russie et de Géorgie qui ont pris le gouvernement, c’est cette politique qui a, comme toujours, provoqué l’insurrection d’août – septembre.

Il y avait un homme qui l’avait prévue. Un homme dont on ne contestera certainement pas l’autorité, Lénine, qui, dans une lettre célèbre, a indiqué au gouvernement bolcheviste de Russie qu’il faudrait essayer de détendre la situation. C’est ainsi que, dans un des documents que je vous ai lus tout à l’heure, il indiquait:

« II est d’une extrême importance de chercher une entente acceptable pour la formation d’un bloc avec Jordania, ou d’autres mencheviks géorgiens tels que lui …  »

Cela ne s’est pas produit. Il y a eu insurrection. »

Extraits de « L’indépendance de la Géorgie et la politique internationale du Bolchevisme ». Journal officiel du 30 janvier 1925 et Edition L’Emancipatrice. Paris, 1925

17 Juillet : discours prononcé devant la Chambre des représentants belge par Emile Vandervelde, Ministre des Affaires étrangères, dans lequel il se déclare favorable à la reconnaissance de la Russie soviétique mais à la condition expresse qu’une réserve soit faite pour les droits des gouvernements comme ceux de l’Arménie et de la Géorgie qui furent reconnus juridiquement par la Belgique. « L’Information politique ». 19 septembre 1925, article de Jean Georges.

Août : tenue clandestine en Géorgie de la IIIème Conférence nationale du Parti social-démocrate qui renouvelle sa confiance dans le Gouvernement national en exil.

29 août : commémoration en France de l’insurrection nationale et éditorial de Noé Jordania dans « Brdzola » (Combat. )

Septembre : Rapport d’Ordjonikidzé à une conférence bolchévique à Tbilissi sur les résultats d’une inspection de la Transcaucasie : « A cet égard (concernant le règlement de la question agraire), toutes les Républiques se trouvent dans une situation désespérée. Le rapporteur de Karabakh constate que les paysans, vu l’incertitude où ils se trouvent sur le point de savoir si on laissera à leur disposition également pour l’année prochaine les terres qu’ils détiennent, n’apportent pas à leur culture le soin nécessaire ». Il importe que « les paysans sachent que telle parcelle de terre restera à leur disposition au moins pendant deux ans » (Communiste, 27-29 septembre 1925)

25 novembre : le Comité International pour la Géorgie saisit l’occasion de la préparation de l’admission de l’Union des Républiques Soviétiques Socialistes à la Société des Nations (SDN) pour rappeler à la Russie le cas de la Géorgie. Le Professeur Edgard Milhaud, vice-président du Comité, qui avait étudié la question géorgienne du point de vue juridique et politique, fait un rapport magistral. « La question géorgienne et l’entrée de la Russie dans la Société des Nations ».

30 novembre : après avoir entendu le rapport et délibéré, le Comité International pour la Géorgie adopta une résolution dans laquelle il déclarait que les membres de la SDN avaient le devoir impératif de rappeler à la Russie, au moment où elle demanderait son admission, d’honorer sa propre signature, car elle ne pouvait être admise qu’aux côtés d’une Géorgie souveraine et indépendante. Cette résolution fut communiquée aux membres du Conseil de la SDN et aux Gouvernements de tous les états membres.

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Guerre de position : tribunes politiques, publications, assassinats

Affrontements au sein du PC géorgien

1926-1933

1926

1 et 2 avril : L’esprit rebelle du peuple géorgien, et le combat persévérant mené par le Gouvernement National pour l’indépendance de la Géorgie finit par attirer l’attention des pays qui n’avaient pas reconnu l’indépendance du pays avant son occupation. Ce fut le cas des Etats-Unis. Le Comité des affaires étrangères de la Chambre des Représentants délibéra sur la question géorgienne et sur la nomination éventuelle d’une représentation diplomatique de la République nationale de Géorgie.

6-9 avril : en URSS formation de l’opposition unifiée (Zinoviev, Kamenev et Trotski).

Développement rapide de l’opposition de gauche au sein du PC géorgien : ralliement de la majorité des « nationaux-déviationnistes ».

11 juin : suicide de Carlo Tchéidzé, président de l’Assemblée Constituante de Géorgie, à Leuville s/Orge où il habite.

Novembre : exclusion d’un groupe de « trotskistes » par le comité central du PCG.

Décembre : recensement pansoviétique : la RSS de Géorgie compte 2 677 200 habitants (77,8 % de ruraux) dont 66,8 % de Géorgiens (11,7 % d’Arméniens et 8,7 % de Russes).

1927

Janvier : Arrestation de Constantin Gamsakhourdia, romancier et personnage public hostile à l’occupation soviétique. Exclu de l’Université d’état de Tbilissi après la répression de l’insurrection de 1924, il est déporté dans les îles Solovki où il passera plusieurs années.

Mai : rupture des relations diplomatiques entre l’URSS et la Grande-Bretagne.

Printemps-été : l’opposition de gauche, la seule encore tolérée en Géorgie, a le vent en poupe en Géorgie. Influence importante au sein du Komsomol.

Novembre : violents affrontements au sein du PC en Géorgie : l’opposition de gauche accuse Ordjonikidzé « d’avoir préparé le terrain à l’insurrection de 1924 ».

Trotski, Kamenev et Zinoviev exclus du Parti (le 15).

2-19 décembre : XVème Congrès du PC de l’URSS. Exclusion des membres de l’opposition. Vague d’exclusions en Géorgie.

1928

De 1928 à 1930, collectivisation forcée des terres. Elle conduit à des famines dans certaines régions et à des déportations massives en Sibérie des paysans qui se sont soulevés.

Mai 1928 : publication du livre d’Henri Barbusse « Voici ce qu’on a fait de la Géorgie », apologie de la Géorgie soviétique.

 

1929

Janvier : Expulsion de Trotski d’URSS. Arrestation de tous les trotskystes, y compris en Géorgie.

Décembre : réponse au livre d’H. Barbusse par Dathico Charachidzé, député de l’Assemblée Constituante de la Géorgie indépendante, figure du parti social-démocrate de Géorgie, journaliste, qui publie à Paris son livre rédigé en français « Henri Barbusse, les Soviets et la Géorgie ». Ouvrage préfacé par Karl Kautsky. Editions Pascal. Paris. 1929

1930

Janvier-février : En Géorgie, la collectivisation continue de se heurter à une forte résistance.

L’article de Staline, « le vertige du succès » freine la collectivisation. En Kakhétie, le taux de collectivisation tombe de 86 % à 10,5 %.

Décembre : assassinat à Paris de Noé Ramichvili, Ministre éminent du Gouvernement National de Géorgie, par un agent de Moscou.

1931

Chasse à l’homme contre les militants socialistes en Géorgie.

Mars : procès de l’organisation « contre-révolutionnaire » des mencheviks

1932

Janvier : reprise de la collectivisation dans toute l’Union.

Les paysans désertent la terre et se réfugient dans les bois et montagnes. Les militants clandestins du parti social-démocrate géorgien organisent la lutte. Les autorités sont contraintes à un compromis : taux faible de 36,4 % de collectivisation en Géorgie, taux de 62 % en Russie. Fait unique en URSS, 20% des terres restent en propriété privée aux paysans.

Beria devient le patron du parti pour toute la Transcaucasie. Il le dirigera jusqu’en 1938.

Juillet-août : Louis Le Fur, juriste français, Professeur de Droit international à  l’Université de Paris, publie un article de référence sur « La Géorgie et le Droit des Gens » dans la revue Générale de Droit International Public de juillet-août 1932. Dans ce document, il produit un texte très argumenté dans lequel il épingle  : la prétendue « force normative du fait » , « une situation de pur fait » ne pouvant « porter atteinte au droit de la Géorgie » – et il conclut : « Pour toutes ces raisons, il faut décider que la situation actuelle de l’Etat envahisseur à l’égard de la Géorgie constitue une situation de pur fait, d’une façon plus précise encore, un pur fait de force, condamné par le droit international contemporain. L’indépendance de la Géorgie continue à être l’état de droit ; elle est appelée à revivre dès la cessation de l’obstacle de fait apporté pour le moment à son libre exercice. »  (Louis Le Fur –საქართველო და საერთაშორისო უფლება.პარიზი.1933)

Eté-hiver : disette dans de nombreuses régions d’URSS ; famine en Ukraine.

1933

30 janvier : Hitler chancelier du Reich

18 mai : discours du député socialiste français Marius Moutet à la Chambre des députés lors du débat sur le pacte de non-agression franco-soviétique et suite, notamment, à l’intervention du député communiste Henry Torrès. Cet ami de la Géorgie et des socialistes géorgien rappelle « nous ne cesserons de protester contre le traitement subi par la Géorgie ». Il souligne au sujet de la Légation géorgienne en France que le droit d’asile doit être respecté et donc – examinant les conséquences que l’article 5 de ce pacte pourra avoir sur les réfugiés géorgiens – demande que ceux-ci continuent à bénéficier d’une organisation collective représentative qui « bien que n’ayant pas le caractère officiel d’un gouvernement, puisse encore leur permettre de sentir qu’ils ne sont pas simplement sous surveillance policière en France ». Journal officiel 19 mai 1933

Juin : Noé Jordania publie les « Difficultés socialistes ».

Juillet : La Légation de Géorgie en France doit fermer. En dépit de la reconnaissance du Gouvernement soviétique par la France en 1924, elle avait pu continuer à fonctionner grâce à la bienveillance du Gouvernement français. A la place, ce dernier autorise le Gouvernement en exil à ouvrir l’Office pour les Réfugiés Géorgiens.

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L’affaire de l’admission et de l’expulsion de la Russie de la SDN

1934-1939

1934

Février : Béria élu au Comité central du PC de l’URSS.

La campagne en vue de l’admission de la Russie à la SDN s’intensifiant, le moment de la décision était proche. L’opinion publique était divisée.

L’Association  Géorgienne pour la SDN publie, sous la signature du national-démocrate, Georges (Guiorgui) Gvazava, un rapport intitulé « La Phase actuelle du problème géorgien ».

En Suisse, le Journal de Genève était en sa faveur à condition que la Russie souscrive aux  engagements du Pacte de la SDN et qu’elle respecte les engagements qu’elle avait solennellement contractés avec les autres états. D’innombrables articles furent publiés sur le sujet sous la signature, notamment, du Rédacteur en chef, Jean Martin, également co-président du Comité International pour la Géorgie.

Le Journal de Genève et la presse suisse n’étaient pas les seuls à s’opposer à l’admission inconditionnelle de l’URSS dans la Société des Nations. Ils étaient soutenus pas l’opinion publique, particulièrement en ce qui concerne la Géorgie.

19-24 mai : L’Union Internationale des Associations pour la Société des Nations réunie à Folkstone (Angleterre) adoptait une résolution en faveur de la Géorgie qui se terminait par ces termes : « L’Assemblée souhaite rappeler le cas de la Géorgie à la Haute Assemblée de Genève, afin que dans l’hypothèse où la Russie soviétique demande son admission à la Société des Nations, celle-ci saisisse l’occasion d’aider, par des moyens pacifiques et conformément aux règles du droit international, à la restauration de la souveraineté universellement reconnue de la Géorgie qui fut supprimée par l’agression soviétique, et contribue ainsi au triomphe des principes essentiels, qui sont le fondement de la Société des Nations. »

Septembre : article de Noé Jordania « la Société des Nations et les Soviets« .

17 septembre : L’URSS est admise à la Société des Nations.

Protestation commune adressée, « au nom des peuples du Caucase, du Turkestan et de l’Ukraine », par les représentants de l’Azerbaïdjan (Mir Jacoub), Nord Caucase (I. Tchoulik), Géorgie (A. Tchenkeli), Turkestan (M. Tchokaï), Ukraine (A. Choulguine), à Rickard Sandler, Président de la XVème Assemblée de la SDN.

Protestation du Gouvernement National géorgien. Noé Jordania rappellera cette position dans sa déclaration du 4 février 1940 : « Notre protestation de 1934, auprès de la Société des Nations, contre l’admission de l’URSS parmi ses membres est approuvée à présent par la Société des Nations elle-même, par le fait de l’expulsion de l’URSS du sein de cette institution internationale. »

1936

La SDN avait derechef laissé passer l’opportunité d’une intervention en faveur de la Géorgie, mais l’opinion publique continuait à s’intéresser à la question géorgienne.

13-19 Juin : Le XXXIème Congrès Universel de la Paix à Cardiff (Angleterre) adopte à l’unanimité la résolution suivante:

« Le XXXIème Congrès Universel de la Paix,

Considérant que l’URSS a été admise dans la Société des Nations dans les conditions envisagées par le Congrès de Locarno ;

Considérant que la Société des Nations est fondée notamment sur le principe du droit des peuples de disposer d’eux-mêmes ;

Que ce principe est à la base même de la constitution de l’URSS, laquelle par le traité conclu avec la Géorgie,  en date du 7 mai 1920, reconnut sans réserve l’indépendance et la souveraineté de l’Etat géorgien ;

Considérant que c’est en violation de ce traité et contrairement à ce principe que l’URSS occupe actuellement la Géorgie ;

Considérant que ce maintien de la Paix, but essentiel de la Société des Nations, n’est possible que dans le respect des traités et de la justice internationale ;

Rappelant ses résolutions antérieures, demande instamment à la Société des Nations de prendre des mesures propres à mettre fin à cette situation contraire aux droits des gens, en invitant l’URSS à rendre à la Géorgie son indépendance et les droits qu’elle tient en sa qualité d’Etat souverain. »

5 décembre : dissolution de la Fédération transcaucasienne. Entrée de la RSS de Géorgie dans l’Union en tant que « République ». La capitale reprend son nom géorgien de Tbilissi.

1937

Vague d’arrestations en Géorgie.

Les derniers dirigeants connus de l’ancienne République sont traînés devant les  tribunaux et condamnés à mort.

Idem pour les dirigeants communistes géorgiens de la première heure : C. Eliava, Lado Guéguétchkori, les secrétaires de Béria et de Makharadzé…

18 février 1937 : suicide d’Ordjonikidzé à Moscou

9 juillet 1937 : procès à huit clos de Budu Mdivani, ancien chef du gouvernement soviétique de Géorgie, et de ses camarades. Condamnés à mort, ils sont exécutés le lendemain.

Août : le XXXIIème Congrès Universel de la Paix Universelle, qui s’est tenu à Paris, réaffirme sa résolution concernant la Géorgie.

1er-3 septembre : paroxysme d’arrestations dans une atmosphère de terreur. L’intelligentsia géorgienne est décimée.

4 décembre : célébration du 750ème anniversaire de Chota Roustavéli organisé à Genève par le Comité International pour la Géorgie. Dans son discours d’ouverture le Président du Comité, Conseiller d’Etat, Albert Malche évoquait la Géorgie, celle qui « nous apparaît comme une Suisse du Caucase, millénaire, fière, éprise d’indépendance, montagnarde ».Iil rappelait avoir été reçu dans le hameau de Leuville (France) où les exilés géorgien « continuent vaillamment à vivre ». Il saluait leur courage et soulignait « Eh ! Oui, ainsi va le destin. Sur la colline, au cimetière, dorment ceux qui n’ont pas désespéré. Tous ces proscrits, les femmes comme les hommes ont approfondi le sens du sacrifice. Ils vivent courageusement avec leur blessure, non pour eux mais pour l’avenir dont ils sont dépositaires ; leur foi est inentamée ». Il terminait ainsi : « Le poète et sa nation se confondent aujourd’hui. Ecoutez-le. C’est la voix millénaire de la Géorgie que rien n’a jamais fait taire ».

Initialement prévue à Paris, cette manifestation avait été annulée en raison de l’exigence de l’URSS de voir « son ambassadeur M. Souritza siéger à la tribune de la Sorbonne à côté du Président du Gouvernement National en exil, Noé Jordania, ce que ce dernier n’a pas admis. Encore dans l’atmosphère du Front Populaire, le Gouvernement français dû revenir sur sa décision. » « Chota Roustavéli à l’Université de Genève » . Ed. Perret-Gentil. Suisse. 1963

1939

Août : Pacte Germano-soviétique

L’URSS est expulsée de la Société des Nations

29 août : ultimatum de l’Allemagne à la Pologne

1er septembre : sans déclaration de guerre, l’Allemagne franchit la frontière germano-polonaise

3 septembre : la Grande-Bretagne et la France déclarent la guerre à l’Allemagne.

La mobilisation générale décrétée en France entraîna la mobilisation d’un grand nombre de jeunes géorgiens au sein de l’armée française, sans compter les militaires de carrière géorgiens appartenant à la Légion Etrangère. Parmi eux, la figure emblématique du lieutenant-colonel, Prince Dimitri Amilakhvari, Compagnon de la Libération, tombé à El Alamein en 1942, a marqué l’histoire de la 2ème guerre mondiale.

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2ème Guerre Mondiale

Et la question géorgienne dans le nouvel ordre du monde

1940-1954

1940

 4 février : déclaration de Noé Jordania qui prend position pour le bloc franco-Anglais. Déclaration suivie de l’adoption d’une résolution  des membres de la Constituante, résidant en France, en faveur des Alliés. Le compte-rendu de la séance fut transmis au Gouvernement français et à la presse. La résolution fut reprise dans différents journaux.

30 avril : dans le droit fil, le N°1 du Courrier Géorgien, organe officiel du Conseil National Géorgien (regroupant tous les partis géorgiens en exil), publie :

« Nous sommes convaincus que les démocraties française et britannique rempliront leur devoir et rétabliront la justice et le droit dans notre monde troublé, apportant leur aide précieuse à la lutte de libération des peuples sous le joug de l’Allemagne hitlérienne, mais aussi de la Russie Stalinienne…Nous nous joignons au Président Noé Jordania en appelant tous nos compatriotes en exil à rallier les alliés, souhaitant leur victoire et travaillant de toutes leurs forces à la libération du peuple géorgien. » Constantin Kandelaki «The Georgian Question before the Free World» Paris. 1953

22 juin : signature de l’armistice franco-allemande. La France est divisée en deux par la ligne de démarcation. La zone nord avec Paris est occupée par l’Allemagne nazie.

La position adoptée par les représentants géorgiens en exil leur vaudra des représailles des Allemands. L’Office pour les Réfugiés Géorgiens est fouillé, des documents saisis. L’Office, dépendant du Gouvernement français, sera fermé par les autorités occupantes en 1941 et remplacé par une section géorgienne au sein d’un organisme regroupant les pays caucasiens et  dépendant, cette fois, de ces dernières autorités. Le Directeur de l’Office pour les Réfugiés Géorgiens, Sossipatre Assathiany, membre du parti social-démocrate géorgien, sera arrêté et emprisonné au fort de Romainville en février 1943.

Néanmoins, aux dires de Constantin Kandelaki, Ministre des Finances du Gouvernement social-démocrate de la 1ère République, l’unité demeura au sein des émigrés politiques géorgiens, quelque fusse leur appartenance, au sens où « Ils ont continué à agir dans l’intérêt du peuple géorgien (…), pour la cause de la Géorgie. (…) même les responsables géorgiens, nommés par la puissance occupante pour surveiller les émigrés géorgiens, ont généralement agi en défenseurs de leurs compatriotes et de leurs droits devant l’occupant. Cette opinion géorgienne unanime a permis, notamment, de sauver tous les Juifs géorgiens émigrés dans les pays occupés par les Allemands (dossier Yat Vashem). Leur défense fut conforme à l’histoire de la Géorgie, connue pour sa tolérance à l’égard de toutes les races et religions… » Constantin Kandelaki. « The Georgian Question before the Free World”. Paris. 1953

1941

22 juin : attaque allemande contre l’URSS. La Russie d’Europe est occupée.

Suite à la rupture du pacte-germano soviétique, l’URSS rejoint les Alliés et procède à la mobilisation générale : plus de 600.000 Géorgiens seront engagés sur les différents fronts du conflit (1941-1945).

A ce moment-là, des Géorgiens émigrés font le choix de rejoindre la Wehrmacht, au sein de la « légion géorgienne » pour se battre sur le front du Caucase contre les Soviétiques occupant leur pays depuis 1921.

1943

2 février : capitulation allemande à Stalingrad

1944

Août : libération de Paris

Octobre : lettre du Grand Rabbin de Paris, Jacob Kaplan, adressée à Noé Jordania

1945

Février : conférence de Yalta

2 mai : chute de Berlin

8 mai : Fin de la guerre en Europe avec la capitulation sans condition de l’Allemagne.

Près de 300 000 Géorgiens sont tombés au champ d’honneur.

La guerre se termine, la démocratie est victorieuse mais les petits pays opprimés par l’URSS restent asservis.

Retour avec la garantie du Général de Gaulle du Trésor de Géorgie à Tbilissi. Ekvtimé Takaïchvili, Vice-président de l’Assemblée Constituante de la Géorgie libre, chargé de la surveillance des Biens des Musées de Géorgie abrités en France, ancien Professeur d’Archéologie à l’Université de Tbilissi, s’acquitta de la mission d’escorter le Trésor jusqu’à sa destination finale dont l’avait chargé le Gouvernement National en exil.

1948

Akaki Tchenkeli, Ministre plénipotentiaire de la Géorgie libre en France, et Grigol (Gricha) Ouratadzé – membre de l’Assemblée Constituante et signataire du traité Russo-géorgien de 1920 – présentent un mémorandum au Secrétaire général de l’ONU, à l’occasion de sa IIIème Assemblée à Paris.

Novembre : Noé Jordania, Président du Gouvernement National de la Géorgie, adresse aux membres de l’’ONU un document sur « Le Problème Géorgien ».

1951

26 Mai : inauguration de la section géorgienne de la radio « Voice of America « . A cette occasion, Dan Acheson, Secrétaire d’Etat américain, adresse à la Géorgie un message dénonçant l’agression communiste et assurant que cette radio délivrerait en langue géorgienne la « vérité dont les communistes ont peur et qu’ils tentent de cacher » (dépêche de l’AAP).

Novembre : le Président Noé Jordania adresse aux membres de la VIème Assemblée de l’ONU un Mémorandum rappelant la situation de la Géorgie.

1952

25-31 juillet : Intervention d’Evgueni Guéguétchkori, Ministre des Affaires Etrangères du Gouvernement National de Géorgie en exil, au Congrès International des Juristes (Berlin Ouest), dont l’objet est la défense des droits de l’homme. Dans son intervention, il soulignait derechef :

« Il ressort des témoignages des ressortissants de plusieurs pays satellites et de ceux de certains pays envahis par la République soviétique (Hongrie, Roumanie, Slovaquie, Albanie, Lettonie, Lituanie, Géorgie) que la situation dans ces pays est identique à celle qui existe aujourd’hui dans la République démocratique d’Allemagne de l’est. Il y règne le même mépris pour les droits de l’homme… » Constantin Kandelaki. « The Georgian Question before the Free World. » Paris. 1953

1953

11 Janvier : décès de Noé Jordania à son domicile (Vanves – France)

5 mars : mort de Staline (Moscou – URSS)

Publication à Paris du livre « The Georgian Question before the Free World » par Constantin Kandelaki, Ministre des Finances du Gouvernement social-démocrate de la 1ère République.

En Géorgie : de 1921 à 1953, les organisations clandestines du parti social-démocrate ont fonctionné et soutenu tous les mouvements populaires anti-soviétiques.

Hors de Géorgie : jusqu’au décès de N. Jordania et au péril de leur vie, de nombreux militants socialistes passèrent clandestinement la frontière turco-géorgienne pour garder le contact avec les organisations clandestines du parti social-démocrate en Géorgie.

1954

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Juin : décès d’Evguéni Guéguétchkori, Ministre des Affaires Etrangères du Gouvernement National de Géorgie.

En dépit de la disparition inéluctable et progressive des grands leaders politiques (Constantin Kandelaki mourra en 1958, Akaki Tchenkeli et Irakli Tseretéli en 1959, Guiorgui Eradzé en 1971…) qui incarnaient la Cause de la Géorgie libre, celle-ci continua à être défendue sur la scène internationale jusqu’à la déclaration de son indépendance en 1991.

 


Chronologie 1783 – 1921

Vous trouverez, ci-dessous une chronologie résumée. Si vous souhaitez plus de détails sur certaines périodes, cliquez sur les dates figurant en tête de section.

1783-1860

Du traité d’amitié de 1783 entreIRAKLI II, roi de Kartli et Kakhétie et CATHERINE II de Russie, à l’annexion par la Russie en 1801. Conséquences jusqu’en 1860.

1860-1885

Résurrection de l’idée nationale et espoir de restauration de l’indépendance de la Géorgie.

Ilia TCHAVTCHAVADZE et Pirveli Dasi, Guiorgui TSERETELI et Meore Dasi. Edition du journal « Iveria ». Publication du manuel « Déda éna ».

Reprise par la Russie à la Turquie des territoires d’Ardahan, Artvin et Kars et rattachement des terres géorgiennes, en particulier Batoumi et sa région.

La Géorgie, 1er producteur mondial de manganèse. Achèvement de la transversale ferroviaire Bakou-Tiflis-Batoumi. Le pétrole de Bakou : élément fondamental de la vie économique et sociale de la Transcaucasie.

1885-1896

Tournant du mouvement politique dont les revendications débordent la sphère de reconnaissance culturelle.

Formation des premiers groupes marxistes en Géorgie avec, à leur tête, Noé JORDANIA, Sylvestre DJIBLADZE, Egnaté NINOCHVILI et Nicolas TCHEÏDZE. Jonction entre les cercles marxistes et les travailleurs avec la 1ère grève, celle du dépôt de chemin de fer de Tiflis.

1893, tenue duCongrès fondateur du Parti social-démocrate de Géorgie marquant l’irruption du socialisme marxiste traditionnel en Géorgie. Proclamation du droit à l’indépendance des nations donc du droit à l’indépendance de la Géorgie, ainsi que du droit à la démocratie et au socialisme.

Noé JORDANIA en voyage en Europe. Rencontre avec les socialistes européens. Envois de 1893 à 1897 d’articles  publiés en Géorgie.

1896. Début d’une brutale politique de russification sous l’égide du nouveau Gouverneur Général du Caucase, le Prince GGOLITSYNE.

1897-1904

Début du réveil de la classe ouvrière et de sa mobilisation politique. Effervescence des idées.

Au retour en Géorgie de Noé JORDANIA, décision de donner au mouvement ouvrier un caractère plus large où s’ajoutent à l’aspect économique les aspects social et politique. L’action illégale complète l’action légale.

En 1898, le Parti socialiste se dote d’un journal, « Kvali » (Le Sillon), dont Noé JORDANIA prend la direction. Les campagnes entreprises par « Kvali » joueront un rôle considérable dans l’évolution sociale et politique de la Géorgie.

Sylvestre DJIBLADZE est envoyé en Russie pour prendre contact avec le POSDR, Parti Ouvrier Social-démocrate de Russie, récemment créé (mars 1898)  à Minsk. Une délégation de socialistes russes est à son tour invitée en Géorgie.

1901. Manifestation du 1er Mai  à Tiflis. Les cosaques chargent les manifestants. Nombreux tués et blessés. Les prisons se remplissent des militants sociaux-démocrates, parmi eux Noé JORDANIA, Vlassa MGELADZE, Sylvestre DJIBLADZE….

1902. La situation devenant extrêmement tendue, ses leaders en prison, la Social-démocratie géorgienne décide d’adhérer au POSDR.

Les « vieux » chefs sont rejoints par une génération de militants plus jeunes, Noé RAMICHVILI,Noé KHOMERIKI, Artchil DJAPARIDZE, Irakly TSERETELI

Le parti socialiste dirige les grèves et couvre les campagnes de comités paysans. L’alliance des ouvriers et paysans se réalise et la paysannerie (80 % de la population) devient la force principale de la Social-démocratie géorgienne, comme en témoigne le puissant mouvement paysan de Gourie.

Dans la perspective de l’élection du Comité d’Union de la Transcaucasie (Comité central) tenue de la conférence du parti pour la Transcaucasie à Tiflis, sous la présidence de N. JORDANIA. Celui-ci  est chargé de rédiger le programme du parti à l’échelle du Caucase et de la Russie.

Tenue du 2ème congrès du POSDR (Bruxelles-Londres, 30 juillet-23 août 1903). A ce congrès deux tendances s’affrontent : les Bolcheviks et les Mencheviks. Noé JORDANIA s’oppose à LENINE, leader des bolcheviks.  La scission entre bolcheviks et mencheviks a peu d’impact en Géorgie.

Formation à Genève du Parti des socialistes fédéralistes géorgiens « Sakartvelo ». Fondateurs : Artchil DJORDJADZE et Guiorgui LASKHICHVILI.

Blessé à la suite d’un attentat, G. GOLITSYNE est rappeléen Russie.

1905-1913

Révolution de 1905 : dimanche rouge à Saint-Pétersbourg.

En Géorgie, organisation par le parti social-démocrate de manifestations de solidarité. Situation quasi insurrectionnelle en Gourie. Interdiction de « Kvali ». Edition de « Mogzaouri », de « Tsnobis pourtseli ».

En mars, le Comité d’Union lance un large débat sur les thèses du Congrès de Londres. Lors d’une conférence de trois jours à Batoumi, STALINE, partisan des thèses de LENINE, est mis en minorité par Noé RAMICHVILI, partisan des thèses de JORDANIA. Dans toute la Géorgie les thèses bolcheviques restent minoritaires.

Le socialisme géorgien liant l’ouvrier et le paysan affirme son caractère original.

Arrivée à Tiflis du nouveau vice-roi, le comte VORONTSOV-DACHKOV, un aristocrate libéral.

Acceptation par NICOLAS II du principe d’une Douma (août).

Une milice de défense, « les cents rouges »,  est créée par le parti social-démocrate, à la suite d’une attaque des cosaques. Tous les cantonnements des cosaques à Tiflis sont attaqués et bombardés.

Octobre. NICOLAS II est contraint de signer le Manifeste impérial octroyant au pays les libertés d’opinion et d’association et un parlement élu, la Douma. De WITTE, premier ministre.

Fin 1905, la Géorgie se trouve en pleine insurrection. Proclamation de la « République de Gourie », écrasée dans le sang 6 mois après.

1906. Arrestations, déportations. Le gouvernement tsariste tente de briser les forces de la démocratie en Transcaucasie, en attisant les discordes nationales et les conflits religieux.

Publication par le Parti social-démocrate d’un quotidien légal, « Skhivi » (Rayon).

Elections de la 1ère Douma de l’empire russe. Les trois représentants de la Géorgie sont tous sociaux-démocrates : le chef du Parti – Noé JORDANIA, Isidore RAMICHVILI et Nicolas TCHEIDZE.

IVe Congrès d’unification du POSDR à Stockholm. La Social-démocratie géorgienne s’oppose aux thèses des « bolcheviks », conjointement aux « mencheviks » russes. Lénine mis en minorité. PLEKHANOV déclare au nom du Congrès : « L’autodétermination signifie le droit de la nation de créer son propre état ».

Les bolcheviks pratiquement éliminés du paysage politique géorgien.

Mai, réunion de la 1ère Douma. Dissolution. « Manifeste de Viborg » rédigé par Noé JORDANIA et Pavel MILIOUKOV.

1907. Les sept candidats de la Social-démocratie géorgienne sont élus à la 2ème Douma. Irakly TSERETELI prend la tête du groupe social-démocrate de la Douma.

Congrès de Londres (Ve congrès du POSDR). La Géorgie est représentée par 29 délégués. Les bolcheviks reprennent la majorité ; introduction du centralisme démocratique. Noé JORDANIA est néanmoins élu membre du comité central.

Ultimatum à la Douma : retirer l’immunité parlementaire des députés sociaux-démocrates pour permettre de les arrêter et les juger. Refus. Dissolution de la Douma. Arrestation et déportation des députés sociaux-démocrates.

Signature de la Triple Entente.

Assassinat d’Ilia TCHAVTCHAVADZE.

La social-démocratie géorgienne parvient à faire élire ses candidats à la troisième Douma, dite « Douma des seigneurs ».

1908. Réunion plénière du Comité central du POSDR à Paris. N. JORDANIA, membre du comité central, y participe. Le POSDR, divisé entre bolcheviks «expropriateurs» et mencheviks «liquidateurs», au bord de la décomposition.

La social-démocratie géorgienne poursuit son chemin original.

1911. Rupture entre PLEKHANOV et LENINE.

1912. Conférence de Prague. Les bolcheviks excluent les mencheviks, inaugurant ainsi officiellement une existence autonome ; entrée de STALINE (Joseph Djougachvili) au comité central.

Le député social-démocrate géorgien Akaki TCHENKELI réclame la « création d’institutions pour le libre développement de chaque nationalité ».

4ème DOUMA. Lois nouvelles et répressions provoquent la diminution du nombre total de députés sociaux-démocrates. Les ouvriers russes portent massivement leurs suffrages sur les candidats bolcheviques, contrairement à ce qui se produit en Géorgie où les candidats sociaux-démocrates sont élus.

1913. Tricentenaire du règne des ROMANOV.

1914-1917

28 juin 1914, assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie. Juillet-août, déclarations de guerre.

Novembre, la Russie déclare la guerre à la Turquie, alliée de l’Allemagne. Le Caucase devient un enjeu important.

1916. Lors du IIIème Congrès de l’Union des Nationalités à Lausanne, Irakly TSERETELI présente un rapport sur les « droits du peuple géorgien ».

1917. Janvier. Situation alimentaire catastrophique en Géorgie. Tenue à Lantchkhouti d’une conférence du parti social-démocrate réunissant les seules organisations géorgiennes. Accord sur un point de stratégie essentiel : la déclaration de l’indépendance de la Géorgie si des circonstances favorables se créent.

Révolution de février. Grèves, manifestations, mutineries. Mise en place d’un double pouvoir : le comité provisoire de la Douma, le soviet des députés ouvriers de Petrograd présidé par un géorgien, d’abord Nicolas TCHEIDZE puis Irakly TSERETELI.

Mars. Tiflis apprend la chute du régime. Le Conseil (Soviet) révolutionnaire des ouvriers et des soldats de Tiflis élit Noé JORDANIA comme président.

Noé Jordania et le conseil (soviet) de Tbilissi 1917

Création de l’Ozakom, Comité Spécial de Transcaucasie.

« Journées de juillet » à Petrograd. Violentes manifestations d’ouvriers, de soldats et des marins de Kronstadt contre le gouvernement et le soviet. Formation du troisième Gouvernement provisoire dirigé par KERENSKI.

21 août, le Bureau d’information inter-partis, créé par les principaux partis géorgiens, rebaptisé « Comité National Inter-partis ».

Septembre. Proclamation de la République de Russie.

Révolution d’octobre.

Novembre. Le 11, Dissolution du Comité Spécial de Transcaucasie à l’initiative des conseils révolutionnaires transcaucasiens qui ne reconnaissent pas le coup d’Etat bolchevique. Création du Commissariat de Transcaucasie, présidé par Evgueni GUEGUETCHKORI. Outre ce pouvoir central, création de Conseils Nationaux par les Géorgiens, Arméniens et Azerbaïdjanais.

Le 22. Convocation du Congrès National de Géorgie (329 délégués).

Dans son adresse au Congrès, N. JORDANIA réclame un Conseil National géorgien capable de faire ses propres lois, une armée géorgienne et une milice, une administration nationale, ainsi que la nationalisation des systèmes judiciaire et éducatif.

N. JORDANIA devient Président du Conseil National.

Le Conseil National Géorgien s’occupa d’abord de la création d’une force armée nationale, mais ne put opposer d’emblée sa propre force de défense aux forces ennemies. D’où l’appel au peuple pour défendre la patrie et la prise de l’arsenal de Tiflis (12 décembre) par les ouvriers sociaux-démocrates pour s’armer. D’autres unités sont organisées dans toute la Géorgie. Ces colonnes armées sont baptisées « Garde Populaire ».

Anarchie et guerre civile dévastent la Russie. Création de la Tcheka.

Elections de l’Assemblée Constituante Panrusse où la Social-démocratie géorgienne remporte 72 % des voix.

Armistice de Brest-Litovsk (15 décembre).

1918 (janvier – mai)

 Rappel : Le 1er mai 1918 (18 avril selon le calendrier Julien), le calendrier grégorien est introduit en Transcaucasie.   En 1918, Tiflis devient Tbilissi, dénomination utilisée jusque-là  que par les Géorgiens.

Janvier. Réunion et dissolution le même jour de l’Assemblée constituante de Russie, élue deux mois auparavant. Décision immédiate des députés Géorgiens, Arméniens, Azerbaïdjanais de constituer une Assemblée dotée de fonctions législatives : la Diète de Transcaucasie, présidée par Nicolas TCHEIDZE.

Fondation de l’université de Tbilissi.

Reflux du front caucasien des troupes russes : dans le but d’éviter pillages et exactions, la Garde Populaire, dirigée par le Parti Social-démocrate de Géorgie, assure l’ordre lors de la traversée de la Géorgie vers la Russie des 500 000 soldats.

Mars. Signature du traité de Brest-Litovsk. La Russie soviétique perd la Pologne, la Finlande, l’Ukraine, les pays baltes, et cède Kars, Ardahan et Batoumi à l’Empire ottoman. Protestation de la Transcaucasie.

(12) inauguration de  la première Conférence de la Paix entre la Transcaucasie et la Turquie à Trébizonde.

Allégeance à Moscou du Commissariat soviétique de Bakou.

Les Turcs occupent Ardahan et se retrouvent aux portes de Batoum et de Kars.

Avril. La Diète de Transcaucasie proclame l’état de siège. Les jeunes troupes du Caucase s’avèrent trop faibles pour résister aux envahisseurs. L’armée turque s’empare de la forteresse de Batoumi.

La Turquie exige de négocier avec un  état.

(22) Proclamation de la République Démocratique Fédérative de Transcaucasie.

Reconnaissance par la Turquie du nouveau gouvernement présidé par Akaki TCHENKELI ; reprise des pourparlers. Réactions hostiles en Russie des KD, des réactionnaires, des bolcheviks  et, en Transcaucasie, du corps des fonctionnaires et officiers « russifiés ».

Mai. Ouverture de la 2ème Conférence de la Paix à Batoumi, en présence de la délégation Allemande. Les revendications turques dépassent les concessions territoriales du traité de Brest-Litovsk, remises en cause par la Transcaucasie. La Turquie réclame notamment la cession des provinces géorgiennes de Meskhétie et Djavakhétie, le tiers du territoire arménien et le contrôle de la politique intérieure de la Transcaucasie.

L’armée ottomane s’empare du chemin de fer d’Alexandropol à Djoulfa (12), et adresse un ultimatum réclamant la reddition d’Alexandropol (15).

Le 19, le général VON LOSSOV propose à la délégation transcaucasienne « ses bons offices pour faciliter l’entente entre la République transcaucasienne et la Turquie ». Proposition acceptée par la délégation, et refusée par la Turquie.

Divisions au sein de la République Fédérative de Transcaucasie :

  • les députés azerbaïdjanais jouent la carte des Turcs
  • les députés arméniens  celle des bolcheviks russes.

26 mai. Devant l’ultimatum turc, la Diète « constate l’effondrement de la Transcaucasie  et se démet de ses fonctions ». Réunion immédiate du Conseil National de Géorgie dans la salle des séances de la Diète. Présenté par le président du Conseil National, Noé JORDANIA, l’Acte d’Indépendance de la Géorgie  est adopté à l’unanimité. Deux jours plus tard, l’Arménie et l’Azerbaïdjan agiront de même.

1918 – 1921

La Géorgie Indépendante

1918

L’acte d’indépendance du 26 mai consacre la République démocratique de Géorgie qui garantit les droits civils et politiques à tous les citoyens habitant son territoire, sans distinction de sexe, de nationalité, de religion ni de rang social.

Jusqu’à la convocation de l’Assemblée Constituante, le pouvoir reste au Conseil National complété par les représentants des minorités nationales, et au Gouvernement Provisoire responsable devant ce Conseil.

C’est ainsi que le Conseil National géorgien devint le premier Parlement de la République. La social-démocratie y détenait la majorité absolue. La tâche principale du Parlement fut de préparer la convocation de l’Assemblée Constituante, mais aussi des réformes et de la défense de l’Etat.

Noé RAMICHVILI fut chargé par le Parti social-démocrate (majoritaire) de constituer le premier gouvernement de la Géorgie indépendante ; gouvernement de coalition, à l’exclusion des communistes.

La proclamation de son indépendance ouvrait à la Géorgie la voie pour arrêter l’invasion turque.

L’ultimatum turc, qui exigeait la cession immédiate de tous les chemins de fer de Transcaucasie, arrivant à expiration le 29 mai, le gouvernement géorgien signe dès le 28 avec le général VON LOSSOV la Convention de Poti (jamais ratifiée par le Parlement de Géorgie) accordant aux Allemands le droit de surveillance des chemins de fer de Géorgie, sans toutefois pouvoir s’immiscer dans les affaires intérieures du pays.

4 juin, signature du Traité de Batoumi avec la Turquie.

L’Allemagne tint ses engagements et n’abusa pas de sa position vis-à-vis de la jeune république. Les soldats allemands et géorgiens prirent possession des chemins de fer dans certaines régions sensibles et s’opposèrent à l’avancée des Turcs qui arrêtent leurs opérations militaires contre la Géorgie.

Fin juin, mettant fin à la bicéphalie de fait du pouvoir exécutif, Noé JORDANIA est appelé à la présidence du gouvernement. Noé RAMICHVILI prend en charge les ministères de l’Intérieur, de la Guerre et de l’Education Nationale.

Au cours de l’été, les jeunes forces armées (armée et Garde Populaire) géorgiennes se battent sur plusieurs fronts : contre les Turcs, les insurgés ossètes pro-bolchéviques, les troupes blanches, les troupes bolchéviques.

Juillet. Exécution du tsar.

Octobre. Signature par la Turquie de l’armistice de Moudros.

Novembre. Début de la débâcle de l’armée allemande. Le 11, victoire des alliés.

Décembre. Les troupes allemandes quittent la Géorgie et sont remplacées par les troupes britanniques.

Conflit frontalier avec l’Arménie.

1919

25 janvier, Session plénière de la Conférence de la Paix à Paris.

28 janvier, Adoption par l’Assemblée de Géorgie de la Réforme Agraire.

Février. Elections à l’Assemblée Constituante de Géorgie par les citoyens et citoyennes de la République ayant vingt ans révolus, sans distinction de nationalité ni de confession, et sans restrictions censitaires.

Répartition des sièges

Social-démocrates…………………….109

National-démocrates…………………   8

Socialistes-fédéralistes……………….  8

Socialistes-révolutionnaires………      5

Mars. L’Assemblée Constituante de Géorgie présidée par Nicolas (Carlo) TCHEÏDZE, membre du Parti Social-démocrate, ratifie la déclaration d’indépendance du 26 mai 1918.

Elle confie à une commission l’élaboration du projet de Constitution pour fixer la forme juridique du système existant de fait dans les institutions et la pratique constitutionnelle. La souveraineté appartient à la nation entière. L’organe représentatif de la République Géorgienne est le Parlement de Géorgie. Le chef de l’Etat, représentant suprême de la République, est le Président du Gouvernement.

Formation d’un gouvernement social-démocrate. Président du gouvernement : Noé JORDANIA.

L’Etat occupe une place prépondérante dans l’industrie et les transports. Le secteur coopératif joue un rôle important en milieu urbain.

Les troupes géorgiennes repoussent les troupes blanches de DENIKINE, les troupes turques prennent Ardahan,

Ouverture à Tbilissi de la Conférence des Républiques Transcaucasiennes.

Manœuvres du gouvernement anglais en faveur des troupes de DENIKINE.

Juin. Accord de défense mutuelle entre les républiques de Géorgie et d’Azerbaïdjan.

Signature de la Paix à Versailles. Le pacte de la Société des Nations (S.D.N.) est incorporé au texte du Traité, sous forme de préambule.

Envoi par la Géorgie d’une délégation spéciale présidée par Nicolas (Carlo) TCHEÏDZE, avec pour mission d’obtenir la reconnaissance juridique du nouvel Etat.

Juillet. L’Assemblée des représentants de la Géorgie musulmane demande le rattachement du district de Batoumi à « la Mère Patrie », la Géorgie.

Septembre. Mise en place, sous contrôle des troupes anglaises, d’une gestion commune arméno-géorgienne de la zone de Bortchalo.

Octobre-novembre. Les bolcheviques organisent troubles, manifestations et démonstrations armées. Noé RAMICHVILI intervient rapidement avec l’armée et la Garde Nationale.

1920 

Entrée en application de la S.D.N. Le 11 janvier, la Géorgie est reconnue de facto par la France, la Grande-Bretagne et l’Italie.

Décision du Conseil Suprême de l’Entente de transformer Batoumi en port franc. Meetings, réunions publiques, articles de presse autour de la question du retour, à la Géorgie, de Batoumi (occupée par les troupes anglaises).

Mars. Le président de l’assemblée de la Géorgie musulmane, M. M. ABACHIDZE remet un mémorandum, souhaitant le retour de Batoumi et sa région à la République de Géorgie, à M. Oliver WARDROP, haut-commissaire de Grande Bretagne.

Tenue d’une conférence des républiques Transcaucasiennes.

Avril. Le Comte de MARTEL, haut-commissaire de la France arrive en Géorgie. Une délégation militaire géorgienne est reçue en France.

Création d’un Bureau caucasien du P.C.R (kavbjuro).

L’Azerbaïdjan est soviétisé.

Mai.  Dans la nuit du 3 au 4, tentative déjouée de l’invasion de la Géorgie par les cavaliers de l’Armée rouge au Pont Rouge situé à la frontière entre la Géorgie et l’Azerbaïdjan.

Le 7. La République Démocratique de Géorgie et la République Socialiste Fédérative Soviétique Russe  concluent un traité  où la Russie reconnaît l’indépendance et la souveraineté de l’Etat géorgien et s’engage à renoncer à toute intervention dans ses affaires intérieures.

Juillet. Retour à la Géorgie du district de Batoumi. Départ des troupes anglaises de Géorgie.

Août.

Semaine de l’aviation, destinée à recueillir des fonds pour la création d’une aviation militaire. Mise en service des appareils télégraphiques et téléphoniques fabriqués par l’administration des postes de Géorgie.

Septembre. Visite de la délégation de l‘Internationale Socialiste en Géorgie.

Novembre. La Géorgie réitère sa demande d’admission à la  SDN. Campagnes de presse dans les pays européens, appuyées notamment par les membres de L’internationale socialiste.

L’armée rouge au secours de l’Arménie (attaquée par les troupes turques), pour prix de sa soviétisation.

Décembre. A la SDN,  Géorgie ne recueille pas le nombre de voix nécessaires à son admission.

1921

Le 27 janvier, l’indépendance de la Géorgie est reconnue de jure par le Conseil Suprême de l’Entente (Angleterre, France, Italie, Japon, Belgique), par l’Allemagne, la Turquie et l’Argentine, puis par la Pologne, la Roumanie, l’Autriche, le Mexique, etc. Lettre d’Aristide Briand à Evguéni Gueguétchkori.

Une légation est ouverte à Paris.

Dans la nuit du 11 février, sans aucun préliminaire diplomatique, ni avertissement, ni déclaration de guerre, des détachements de la XIème armée soviétique se trouvant en Arménie (déjà occupée par les soviétiques), envahissent la Géorgie. D’autres fronts s’ouvrent deux jours après. C’est ainsi qu’en violation du traité de 1920, la Russie soviétique se jeta contre la Géorgie avec trois armées, et l’attaqua de cinq côtés différents à la fois.

21 février. Vote par l’Assemblée Constituante du texte définitif de la Constitution.

23 février. La Turquie, à qui la Russie soviétique a promis les deux provinces géorgiennes d’Artvin et Ardahan, déclare aussi la guerre à la Géorgie.

25 février. Tbilissi tombe. Le gouvernement, l’armée et la Garde nationale se replient vers Batoumi.

Le même jour, le Ministre plénipotentiaire A. Tchenkeli est reçu en audience solennelle par le président français Millerand et  la Légation de Géorgie est ouverte à Paris. Elle sera en fonction jusqu’en juillet 1933.

16 mars. Signature d’un traité commercial soviéto-britannique incluant une clause de non intervention.

17 mars. L’Assemblée, réunie à Batoumi sous les bombardements, demande au gouvernement de s’exiler pour continuer le combat.

Le gouvernement géorgien, refusant la capitulation, accepte la proposition d’asile politique de la France.

18 mars, le Gouvernement National, investi de la pleine confiance de l’Assemblée Constituante, quitte la Géorgie  pour défendre sa cause dans le monde civilisé.

19 mars, les troupes géorgiennes sous le commandement du Général MAZNIACHVILI écrasent les troupes turques qui attaquent Batoumi. Cet exploit ultime des troupes de la 1ère République permet la conservation de Batoumi et sa région au sein de la Géorgie.

Les combats auront duré 6 semaines.

Les années d’exil et de combat

1921 – 1954

Rappel :

Le gouvernement national présidé par N. JORDANIA continuera son combat pour l’indépendance de la Géorgie tant sur le territoire national qu’à l’étranger.

  • Sur le territoire national : ainsi, en Géorgie la résistance politique s’organise très rapidement sur tous les terrains (manif, grèves, pétitions….) sous la direction du parti social-démocrate géorgien qui continue à encadrer des dizaines de milliers de militants et à les assister dans leurs luttes.

Le 10 avril 1921 : Avec l’autorisation des troupes d’occupation, le Comité Central du parti Social-démocrate de Géorgie organise une réunion publique : 3.000 personnes y participent. Le parti social-démocrate publie une motion où il déclare :

1 – Notre ligne politique, dans son ensemble, reste dans les conditions nouvelles, la même que précédemment : Vers le Socialisme par la Démocratie,

2 – Pour le parti social‑démocrate, l’indépendance de la Géorgie demeure toujours l’une des bases de son action, et celle-ci tendra, comme avant, à l’affermissement de cette indépendance,

3 – Vu les conditions anormales et compliquées dans lesquelles se trouve la Géorgie nous souhaitons que l’Internationale Ouvrière intervienne amicalement dans les rapports intérieurs au sein de la classe ouvrière de Géorgie. Nous voudrions que les deux courants du mouvement ouvrier de l’Europe ‑ socialiste et communiste ‑ forment une commission mixte sous le contrôle de laquelle aurait lieu, en Géorgie, un vote libre qui traduirait la volonté des travailleurs du pays.

Mais en mai 1921, les troupes d’occupation arrêtaient plus de 2.000 militants du parti Social-démocrate, cela marquait début des arrestations et de la répression destinée à abolir le souvenir même de la 1ère République, emblématique de la Géorgie indépendante et démocratique.

  • Hors de Géorgie, l’action du Gouvernement National en exil fera entendre la voix de la Géorgie libre dénonçant inlassablement son annexion par la Russie soviétique, au mépris du droit international. Ce travail permanent auprès des gouvernements du monde libre, des instances internationales, des partis socialistes européens, des syndicats, les nombreux ouvrages et articles consacrés à la question géorgienne permettront à la voix de la Géorgie libre de s’incarner et d’opposer à la propagande mensongère de Moscou une  version conforme à la vérité historique.

Pour plus d’informations consultez la Chronologie de 1921 – 1954


1918 – 1921 La Géorgie Indépendante

L’acte du 26 mai consacre la République démocratique de Géorgie qui garantit les droits civils et politiques à tous les citoyens habitant son territoire, sans distinction de sexe, de nationalité, de religion et de rang social.

Jusqu’à la convocation de l’Assemblée Constituante, le pouvoir resta au Conseil National complété par les représentants des minorités nationales, et au Gouvernement Provisoire responsable devant ce Conseil.

C’est ainsi que le Conseil National géorgien devint le premier Parlement de la République. Ne comprenant au début que des représentants des partis géorgiens, il s’adjoignit bientôt des représentants des minorités nationales (10 Arméniens, 4 Tatars, 3 Abkhazes, 2 Russes, 2 Ossètes…).

Dans ce premier parlement de Géorgie, la social-démocratie détenait la majorité absolue. Sa tâche principale fut de préparer la convocation de l’Assemblée Constituante, mais aussi de s’occuper de la réforme agraire, des réformes financières, de l’organisation de la défense de l’Etat.

Noé RAMICHVILI fut chargé de constituer le premier gouvernement de la de la Géorgie indépendante. Ce fut un gouvernement de coalition, à l’exception des communistes :

  • Noé RAMICHVILI (Social-démocrate), Président du gouvernement et ministre de l’Intérieur
  • Akaki TCHENKELI (Social-démocrate), Ministre des Affaires Etrangères
  • Grigol GUIORGADZE (Social-démocrate), Ministre de la Guerre
  • Guiorgui JOUROULI (National démocrate), Ministre des Finances, du Commerce et de l’Industrie
  • Guiorgui LASKHICHVILI (Socialiste fédéraliste), Ministre de l’Education Nationale
  • Noé KHOMERIKI  (Social-démocrate), Ministre du Travail et de l’Agriculture,
  • Chalva MESKHICHVILI (Socialiste fédéraliste), Ministre de la Justice
  • Ivané LORDKIPANIDZE (National démocrate), Ministre des Communications et des Chemins de Fer

La proclamation de son indépendance ouvrait à la Géorgie un chemin pour arrêter l’invasion turque. Au cours des négociations de Batoumi, le représentant de l’Allemagne avait déclaré à la délégation géorgienne que l’Allemagne serait prête à garantir la Géorgie contre l’agression turque, à la condition qu’elle consentit à laisser pénétrer sur son territoire les troupes allemandes.

L’ultimatum turque, qui exigeait la cession immédiate de tous les chemins de fer de Transcaucasie, arrivant à expiration le 29 mai, le gouvernement géorgien signa dès le 28 avec le général VON LOSSOV, représentant de l’Allemagne, la Convention de Poti (jamais ratifiée par le Parlement de Géorgie) accordant aux Allemands le droit de surveillance des chemins de fer de Géorgie, sans toutefois pouvoir s’immiscer dans les affaires intérieures du pays.

Le 4 juin, intervint la signature du Traité de Batoumi avec la Turquie.

Les premiers pas de la République de Géorgie se trouvaient entravés par ces deux obligations dont le côté avantageux pour la Géorgie était qu’elles se contredisaient et s’excluaient mutuellement.

L’Allemagne tint ses engagements et n’abusa pas de sa position vis-à-vis de la jeune république. Celle-ci, résolue à défendre son indépendance et sa neutralité, déclina la proposition d’alliance avec l’empire germanique formulée par la suite. Les soldats allemands et géorgiens prirent possession des chemins de fer dans certaines régions sensibles et s’opposèrent à l’avancée des Turcs qui arrêtèrent leurs opérations militaires contre la Géorgie. L’armée allemande séjourna en Géorgie six mois environ (juin-décembre).

Fin juin, Noé JORDANIA fut appelé à la présidence du gouvernement, et Noé RAMICHVILI prit en charge les ministères de l’Intérieur, de la Guerre et de l’Education Nationale.

Jusqu’alors la Garde Populaire, organisation politico-militaire intervenant sur le champ de bataille, n’était pas soumise au Ministère de la Guerre et ne reconnaissait d’autre pouvoir que celui du Président de l’Etat Major principal de la Garde tout comme du Conseil ouvrier, en la personne de N. JORDANIA. Elle ne reconnut le pouvoir du chef de gouvernement que lorsque ce pouvoir fut confié à N. JORDANIA.

Les forces armées géorgiennes se composaient désormais de l’armée recrutée par voie de service obligatoire et de la Garde Populaire, formée de volontaires, ouvriers et paysans. Au cours de l’été, ces jeunes forces armées furent obligées de se battre sur plusieurs fronts :

  • contre les Turcs dans les districts de Bortchalo, de Borjomi, d’Alkhaltsikhé et d’Alkhalkalaki,
  • contre les insurgés pro-bolcheviques ossètes,
  • contre les troupes russes blanches de Denikine qui n’acceptent pas l’indépendance de la Géorgie,
  • contre les troupes bolcheviques au col de Darial et sur le littoral de la Mer Noire en Abkhazie.

Juillet. Exécution du tsar.

Octobre. Blocus de la Russie par les pays de l’Entente qui envoient des troupes combattre l’Armée rouge aux côtés des armées blanches contre-révolutionnaires ; guerre civile en Russie. Le 30, la Turquie signe l’armistice à Moudros avec les alliés.

Novembre. Début de la débâcle de l’armée allemande. Le 3, L’Autriche-Hongrie signe l’armistice à Villa-Giusti. Le 8, le pouvoir bolchevique dénonce le traité de Brest-Litovsk. Le  9, abdication de Guillaume II.

Le 11 Novembre, victoire des alliés.

Mémoire soumit par le Prince Soumbatoff, représentant diplomatique en Suisse de la République de Géorgie, aux représentants des Puissances Alliées à Berne. Ce Mémoire a pour objet  la reconnaissance de l’indépendance de la Géorgie par l’Entente.

Décembre. Les troupes allemandes quittent la Géorgie. Elles sont remplacées par les troupes britanniques.

Conflit frontalier avec l’Arménie dans la région de Lori.

1919

18 janvier : la Conférence de la Paix de Paris  s’ouvre à Versailles.

25 janvier,  dans sa session plénière, la Conférence de la Paix réunit l’ensemble des puissances victorieuses.

La République de Géorgie y envoya  une délégation spéciale placée  sous la présidence de Nicolas (Carlo) Tchéidzé, dont Irakli Tsérétéli fait partie. Sa mission ? Obtenir la reconnaissance juridique du nouvel Etat. La délégation travailla pendant deux ans dans les différents centres de l’Europe et, surtout, à la Conférence de Paris.

28 janvier, l’Assemblée de Géorgie adopte la Réforme Agraire présentée au nom du parti Social-démocrate de Géorgie par Noé KHOMERIKI, ministre de l’Agriculture. Cette réforme permet une redistribution équitable à la paysannerie géorgienne.

« Notre socialisme revêtit un caractère spécifiquement géorgien sur la question agraire. Les paysans reçurent au titre de propriété privée les terres labourables confisquées, ce à quoi la doctrine socialiste s’opposait. C’était notre position depuis le début, depuis la création du parti, comme expliqué ci-dessus. A nos arguments économiques antérieurs s’ajoutaient maintenant des arguments à caractère national. Notre idée directrice était que la grande majorité de la population géorgienne, c’est à dire les paysans, devait prendre conscience que la Géorgie indépendante leur apportait la terre, leur donnait de nouveaux moyens d’existence. Ainsi chez nous, la réforme agraire devint sans conteste la réforme nationale. » Noé JORDANIA « Mon Passé »

Les travailleurs agricoles et les paysans propriétaires représentaient 80% de la population géorgienne. Le reste des classes sociales, artisans et ouvriers, 20%. La bourgeoisie était quasi inexistante. Les chemins de fer employaient 15.000 ouvriers, les mines de charbon de Tkivibouli et de Tkartcheli, 4.000 mineurs, les mines de manganèse de Tchiatoura, 2.000 mineurs.

Pierre RENAUDEL, proche de Jean JAURES, dirigeant national de la SFIO, député, dirigeant de l’Humanité pendant la première guerre mondiale, signa la préface  de la Réforme Agraire, édition française.

Février. Elections à l’Assemblée Constituante de Géorgie.

15 listes de candidats se trouvant en présence, on pouvait craindre l’émiettement des voix. Il n’en fut rien, l’immense majorité des électeurs accorda ses voix aux candidats sociaux-démocrates qui obtiennent109 des 130 sièges.

Les électeurs sont tous les citoyens et citoyennes de la République ayant vingt ans révolus, sans distinction de nationalité ni de confession, et sans restrictions censitaires. Les scrutins ont lieu au scrutin de liste, un jour férié, dans des conditions assurant à l’électeur le secret de vote le plus absolu. Les résultats du scrutin sont calculés en considérant tout le pays comme une seule circonscription, el les 130 sièges de l’Assemblée Constituante sont répartis entre les groupes ayant présenté des listes de candidats, proportionnellement au nombre de voix recueillies par chaque liste.

Répartition des sièges à l’Assemblée Constituante :

Social-démocrates…………………….109

National-démocrates…………………   8

Socialistes-fédéralistes……………….   8

Socialistes-révolutionnaires………    5

Les résultats globaux donnèrent les résultats suivants : Social-démocrates : 408.541 voix ; Socialistes-fédéralistes : 33.630 ; National-démocrates : 30.128 ; Socialistes-révolutionnaires : 21.453 ; Radicaux : 3.107 ; Dachnakstakans : 2.353. Le s autres listes obtinrent chacune moins de 2.000 voix.

A noter, l’élection de Arzakan EMOUKHVARI (1880-1939), enterré en exil au Cimetière de Leuville sous la mention : « Membre de la Constituante de Géorgie, Président du gouvernement autonome d’Abkhasie ».

L’Assemblée Constituante de Géorgie se réunit le 12 mars. Nicolas (Carlo) TCHEÏDZE, membre du Parti Social-démocrate, fut élu à la Présidence de l’Assemblée. L’Assemblée ratifia la déclaration d’indépendance du 26 mai 1918.

La Géorgie s’est dotée des structures d’une démocratie de type occidentale. En effet « A la même séance, l’Assemblée nationale a confiée à une commission le soin d’élaborer le projet de la Constitution de la République, donnant une forme juridique à l’organisation politique qui existait déjà, de fait, dans les institutions et la pratique constitutionnelle suivie en Géorgie. » Publication, Paris février 1922

D’après la Constitution élaborée par l’Assemblée « La souveraineté appartient à la nation entière. Le Parlement exerce cette souveraineté dans les limites fixées par la Constitution. » Article 52, et « L’organe représentatif de la République Géorgienne est le Parlement de Géorgie, composé des députés élus au suffrage universel, égal, direct, secret et proportionnel. » Article 46

Le chef de l’Etat est le Président du Gouvernement. « Le Président du Gouvernement élu par le Parlement est le représentant suprême de la République. Il nomme les ministres et représentants de la Géorgie auprès des Puissances étrangères et c’est auprès de lui que sont accrédités les représentants de ces Puissances. En l’absence d’une décision du Gouvernement, qui se trouverait empêché, le Président peut, à titre exceptionnel, recourir à la force armée de la République, mais il en informe immédiatement le Parlement. Les ordonnances d’exécution des lois et les règlements y relatifs émanent du Président du Gouvernement, lequel n’a toutefois pas le droit d’arrêter l’action de la loi ou d’en entraver l’exécution. » Article 70

Un gouvernement de coalition fut proposé par la majorité sociale-démocrate aux autres partis. Devant leur refus, un gouvernement homogène, composé exclusivement de membres du Parti Social-démocrate, est formé.

  • Noé JORDANIA, Président du gouvernement
  • Noé RAMICHVILI, Ministre de l’Intérieur, de l’Instruction Publique et de la Guerre
  • Evguéni GUEGUETCHKORI, Ministre des Affaires Etrangères et de la Justice
  • Noé KHOMERIKI,  Ministre de la Réforme agraire, du Travail et des Voies de communication
  • Constantin KANDELAKI, Ministre des Finances, du Commerce et de l’Industrie
  • Irakli TSERETELI, Représentant plénipotentiaire du gouvernement
  • Akaki TCHENKELI, Représentant plénipotentiaire du gouvernement en Europe

Noé JORDANIA s’entourera de conseillers personnels : Niko NIKOLADZE (National-démocrate), Ivané ZOURABICHVILI (National-démocrate), Guiorgui LASKHICHVILI (Social-fédéraliste), Guiorgui GVAZAVA (National-démocrate), Guiorgui JOUROULI (National-démocrate)

Avril. 1er congrès des syndicats.

L’Etat occupe une place prépondérante dans l’industrie et les transports. Le secteur coopératif joue un rôle important en milieu urbain.

17. Les troupes géorgiennes avancent jusqu’à la rivière Mekhadyr (Abkhazie), après avoir repoussé l’attaque des troupes blanches de DENIKINE, qui cherchent à envahir la Géorgie.

18. Les troupes géorgiennes repoussent l’avance des troupes turques. 20. Elles s’emparent de la ville d’Ardahan, occupée par les Turcs.

27. A Tbilissi, ouverture de la Conférence des Républiques Transcaucasiennes. E. GUEGUETCHKORI représente la Géorgie, TIGRANIAN, l’Arménie, KHAN-KHOÏSKY, l’Azerbaïdjan. La délégation de la République des Montagnards n’est pas présente à la première conférence.

Mai. Le gouvernement anglais, soutenant les troupes de DENIKINE, cherche à faire pression sur le gouvernement géorgien pour qu’il appuie les troupes des russes blancs.

16. Arrivée à Tbilissi d’une Mission Militaire italienne.

26. Défilés et manifestations commémorant la Fête Nationale.

Juin. Le 16. Un accord de défense mutuelle est signé entre les républiques de Géorgie et d’Azerbaïdjan. La délégation géorgienne est composée du Ministre des Affaires Etrangères, E. GUEGUETCHKORI, du Ministre de la Guerre, N. RAMICHVILI, de son aide de camp, le Général GUEDEVANOF et d’un membre du Conseil Supérieur de la Guerre, le Général ODICHELIDZE.

Mi juin : les troupes de DENIKINE occupent les grandes villes de la République des Montagnards du Caucase. Les Montagnards organisent la résistance dans les montagnes et la campagne.

22. Le bimensuel « La Géorgie indépendante », édité en français, devient hebdomadaire.

28. Signature de la Paix à Versailles entre l’Allemagne et les puissances alliées. Le pacte de la Société des Nations (S.D.N.) est incorporé au texte du Traité de paix sous forme de préambule. Le traité avait été préparé par la Conférence de la Paix (Paris, 18 janvier 1919 – 10 août 1920) qui élabora aussi les quatre traités secondaires : avec l’Autriche (Traité de Saint-Germain-en-Laye), la Hongrie (Traité du Trianon), la Bulgarie (Traité de Neuilly) et la Turquie (Traité de Sèvres). Ces traités modifient profondément la carte de l’Europe. Par ailleurs, la Turquie est limitée à Constantinople et à l’Asie Mineure.

Fin juin. Une compagnie italienne exploite les richesses forestières de la Géorgie. Une banque anglaise s’installe en Géorgie.

Les sociétés coopératives géorgiennes organisent leur Banque Coopérative.

Août. (Début), Le gouvernement français accuse le gouvernement géorgien de ralentir l’aide apportée à l’Arménie. Le gouvernement géorgien répond à cette attaque infondée.

Le 31. L’Assemblée des représentants de la Géorgie musulmane à Batoumi élit Mamed-Beg ABACHIDZE comme président et demande le rattachement du district de Batoumi à « la Mère Patrie » la Géorgie.

Septembre, une gestion commune arméno-géorgienne de la zone de Bortchalo, est mise en place sous le contrôle des troupes anglaises. Le 13, attentats bolcheviques contre des généraux géorgiens.

2 octobre, le général HARBORD, chef d’état-major des Etats-Unis est en visite en Géorgie.

Octobre et novembre, les bolcheviques organisent troubles, manifestations et démonstrations armées. Noé RAMICHVILI intervient rapidement avec l’armée et la Garde Nationale.

1920

Le 10 janvier, la S.D.N. entre en application, après la ratification du traité de Versailles par l’Allemagne et trois des principaux associés. Le 11, la Géorgie est reconnue de facto par la France, la Grande-Bretagne et l’Italie.

16 janvier. C’est à Paris qu’a lieu,  sur convocation du président Wilson, la première réunion du Conseil de la Société des Nations.

Dès février, après la décision du Conseil Suprême de l’Entente de transformer Batoumi en port franc, meetings, réunions publiques, articles de presse relancent le débat du retour à la République de Géorgie de la ville de Batoumi, occupée par les troupes anglaises.

Mars. Multiples provocations de l’armée des volontaires (troupes des russes blancs de Denikine) stationnée à Batoumi, qui exprime son opposition au retour de cette région à la République de Géorgie.

Le président de l’assemblée de la Géorgie musulmane,  M. ABACHIDZE remet un mémorandum, souhaitant le retour de Batoumi et sa région à la République de Géorgie, à  Oliver WARDROP, Haut-Commissaire de Grande Bretagne.

Tenue d’une conférence des républiques Transcaucasiennes. Le gouvernement géorgien essaie d’atténuer les divergences entre les délégations arménienne et azérie pendant que, sur le terrain, les combats entre les forces armées de ces deux républiques s’intensifient.

8. Première séance de Tribunal avec jury populaire, en Géorgie. Sur la liste des jurés, on compte 14 femmes et 19 hommes. Les nationalités sont représentées : 25 Géorgiens, 5 Arméniens et 3 Russes.

30. Une mission diplomatique de la république de Pologne arrive à Tbilissi. Elle représente les intérêts de la Pologne auprès des trois républiques caucasiennes.

Avril. Le 4, le Comte de MARTEL, Haut-Commissaire de la France arrive en Géorgie. Une délégation militaire géorgienne – conduite par le général ODICHELIDZE (sous-secrétaire d’Etat du Ministère de la Guerre) et le colonel ERISTAVI – est reçue en France.

Après un accord entre les turcophiles azéris et les bolcheviques, le pouvoir soviétique est proclamé à Bakou.

Création d’un Bureau caucasien du P.C.R (kavbjuro).

27. L’Azerbaïdjan est soviétisé.

Mai. Dans la nuit du 2 au 3, échec d’un coup de force d’agents russes qui  tentent de s’emparer de l’école militaire de Géorgie et de soulever les élèves sous-officiers contre le gouvernement.

Dans la nuit du 3 au 4, tentative déjouée de l’invasion de la Géorgie par les cavaliers de l’armée Rouge au Pont Rouge situé à la frontière entre la Géorgie et l’Azerbaïdjan (occupée par les troupes de l’armée rouge soviétique). Réaction immédiate de l’armée géorgienne et de la Garde nationale.

Le 7. La République Démocratique de Géorgie et la République Socialiste Fédérative Soviétique Russe, concluent un traité dont les deux premiers articles déterminent le statut de la Géorgie vis à vis de la Russie Soviétique :

– Article 1 : Se basant sur le droit de tous les peuples, proclamé par la RSFR, de disposer librement d’eux-mêmes jusque et y compris la séparation totale de l’état dont il fait partie, la Russie reconnaît sans réserve l’indépendance et la souveraineté de l’Etat géorgien et renonce de plein gré à tous les droits souverains qui appartenaient à la Russie à l’égard du peuple et du territoire géorgiens.

– Article 2 : Se basant sur les principes proclamés dans l’article premier précédent, du présent traité, la Russie s’engage à renoncer à toute intervention dans les affaires intérieures de la Géorgie.

Situation économique précaire : grave déficit budgétaire, forte inflation.

Le P.C. est légalisé.

26. Le jour anniversaire de l’Indépendance est largement fêté dans toutes les villes et villages de Géorgie.

Juin. Le 1er, Signature d’un traité économique entre la République démocratique de Géorgie et la République Soviétique d’Azerbaïdjan.

Le 27, la Russie soviétique ouvre son Consulat à Tbilissi.

Juillet. Le 1er, le district de Batoumi retourne à la Géorgie. Le 6, les troupes des russes blancs évacuent la ville et partent en Crimée. Le 7, devant les délégations militaires des alliés, les troupes anglaises quittent la Géorgie et abandonnent le district de Batoumi. L’armée géorgienne dirigée par les généraux KVINITADZE et ZAKARIADZE, entre dans la ville.

Conspiration bolchevique démasquée à Soukhoumi.

Second Congrès du Parti Social-démocrate de Géorgie.

Août.

2. Début de la semaine de l’aviation, destinée à recueillir des fonds pour la création d’une aviation militaire.

10. Traité de Sèvres (jamais ratifié par la Turquie) qui conduira à l’attaque turque contre l’Arménie.

26. mise en service des appareils télégraphiques et téléphoniques fabriqués par l’administration des postes de Géorgie.

 

Septembre

Du 14 au 30, visite d’une délégation de l‘Internationale Socialiste en Géorgie composée de :

De septembre à novembre 1920, Karl et Louise KAUSTSKY visitent la Géorgie et continuent l’enquête sur la République géorgienne. De retour en Allemagne, Karl KAUTSKY écrit son livre « La Géorgie une République socialiste paysanne ».

En novembre, la Géorgie demande son admission à la  SDN (Société des Nations).

Les partis membres de la Seconde Internationale appuient cette demande par des campagnes de presse dans les pays européens.

L’armée rouge se porte au secours de l’Arménie, attaquée par les troupes turques, pour prix de sa soviétisation.

Les troupes géorgiennes sont mobilisées et envoyées principalement aux frontières de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie.

En décembre, l’Assemblée de la SDN a à traiter de l’admission de la Géorgie au sein de cette organisation. Au scrutin qui s’en suit, bien qu’elle obtint le double de voix des autres Etats qui avaient posé leur candidature en même temps, elle ne recueille pas le minimum nécessaire à son admission.

1921

Le 27 janvier, l’indépendance de la Géorgie est reconnue de jure par le Conseil Suprême de l’Entente (Angleterre, France, Italie, Japon, Belgique). Elle est proclamée par l’Allemagne, la Turquie et l’Argentine. La reconnaissance de facto de l’Etat Géorgien datait de janvier 1920. L’exemple du Conseil Suprême fut suivi par la Pologne, la Roumanie, l’Autriche, le Mexique, etc.

Dans la nuit du 11 février, sans aucun préliminaire diplomatique, ni avertissement, ni déclaration de guerre, des détachements de la XIème armée soviétique qui se trouvait en Arménie (déjà occupée par les soviétiques), franchissent la frontière géorgienne en divers points et se dirigent vers Tbilissi. C’est ainsi que, brutalement, les Soviets violent le traité signé le 7 mai 1920 avec la Géorgie, traité par lequel ils reconnaissaient solennellement l’indépendance de la Géorgie et garantissait ses frontières.

Deux jours après cette invasion du côté de l’Arménie, les troupes de cette même XIème armée rouge, cantonnées en Azebaïdjan soviétique, sont lancées sur la Géorgie et  menacent aussi Tbilissi. Puis, les IVème et Vème armées rouges, parties du Caucase du Nord, marchent sur la Géorgie, en direction de Tbilissi et Koutaïs; enfin par le littoral de la mer Noire, elles se dirigent vers Soukhoum. C’est ainsi que la Russie soviétique se jeta contre la Géorgie avec trois armées, et l’attaqua de cinq côtés différents à la fois. Voir « Faux semblants de l’invasion par l’Armée rouge ».

22 février. Vote par l’Assemblée Constituante du texte définitif de la Constitution.

23 février. La Turquie, à qui la Russie soviétique promet de céder les deux provinces géorgiennes convoitées d’Artvin et Ardahan, déclare la guerre à la Géorgie. L’armée géorgienne se bat maintenant à la fois contre les troupes russes et turques.

25 février. Tbilissi tombe. Le gouvernement, l’armée et la Garde nationale se replient vers Batoumi.

Le même jour, le Ministre plénipotentiaire A. Tchenkeli est reçu en audience solennelle par le président français Millerand. Il remet ses lettres de créances au Président à l’Elysée.  la Légation de Géorgie est ouverte à Paris. Elle sera en fonction jusqu’en juillet 1933.(photo)

16 mars. Signature d’un traité commercial soviéto-britannique incluant une clause de non intervention. « Le fait a été rendu public pour la première fois par Tchitchérine, Commissaire des affaires étrangères dans son discours prononcé à Tiflis en avril 1925 : Après l’évacuation de Batoum (juillet 1920) par les Anglais, Lloyd-George a fait part au camarade Krassine que l’Angleterre ne s’immiscerait pas dans les relations entre la Russie et la Transcaucasie et qu’elle considérait le Caucase comme sphère d’influence de la République Soviétique. (Le Communiste, Tiflis, 5 avril 1925). » D. Charachidzé. H. Barbusse, les Soviets et la Géorgie. Ed. Pascal. Paris.

Le 17 mars, l’Assemblée, réunie à Batoumi sous les bombardements, demande au gouvernement de s’exiler pour continuer le combat. Le gouvernement géorgien, qui a refusé la capitulation, accepte la proposition d’asile politique de la France.

Le 18 mars, le Gouvernement National, investi de la pleine confiance de l’Assemblée Constituante, quitte la Géorgie  pour défendre sa cause dans le monde civilisé.

Le 19 mars, les troupes géorgiennes sous le commandement du Général MAZNIACHVILI écrasent les troupes turques qui attaquent Batoumi. Cet exploit ultime des troupes de la 1ère République permet de conserver Batoumi et sa région au sein de la Géorgie.

Les combats auront duré 6 semaines.


1918 (janvier – mai)

Note 1 : à partir de janvier 1918, la nouvelle Russie soviétique adopte le calendrier grégorien  (dit calendrier nouveau style) et abandonne le calendrier julien de la tradition orthodoxe.

Le 1er mai 1918 (18 avril selon le calendrier Julien), le calendrier grégorien est introduit en Transcaucasie.

Note 2 : En 1918, Tiflis, nom persan utilisé par la Russie tsariste, devient Tbilissi (« eaux chaudes » en géorgien), dénomination utilisée jusque là  que par les Géorgiens.

 Janvier. Le 5, réunion et dissolution immédiate de l’Assemblée constituante de Russie, élue deux mois plus tôt.

Suite à cette dissolution par les bolcheviks, les députés Géorgiens, Arméniens, Azerbaïdjanais de cette Assemblée décident de constituer une Assemblée dotée de fonctions législatives : la Diète de Transcaucasie, présidée par Nicolas TCHEIDZE.

Fondation de l’université de Tbilissi. La révolution de février avait permis aux savants géorgiens, dispersés sur le territoire russe ou exilés à l’étranger, de regagner la Géorgie. Grâce à leur initiative et à celle du professeur DJAVAKHICHVILI, naquit en janvier à Tbilissi la première université géorgienne, avec cinq facultés et 3.000 étudiants dès son inauguration.

Négociations de Brest-Litovsk. La Transcaucasie déclina l’offre de participer à ces négociations.

Les troupes russes abandonnant le front turc refluent sur la Géorgie pour rentrer en Russie. Pour prévenir le risque de pillages et d’exactions, la Garde Populaire, dirigée par le Parti Social-démocrate de Géorgie, assure l’ordre et le retour dans leur pays des 500 000 soldats. Ce qui évite au Caucase de tomber dans l’anarchie.

10 février, mise hors la loi des organisations bolcheviques après plusieurs tentatives de prise de pouvoir par la force.

Mars. Le 3  la Russie soviétique signe le traité de Brest-Litovsk, paix séparée avec l’Allemagne et ses alliés. Par ce traité léonin, elle perd la Pologne, la Finlande, l’Ukraine, les pays baltes, et céde Kars, Ardahan et Batoumi à l’Empire ottoman. Protestation de la Transcaucasie.

Le 12, la première conférence de paix entre la Transcaucasie et la Turquie est inaugurée à Trébizonde. La délégation turque est conduite par le ministre de la marine, REUF-BEY, la délégation transcaucasienne par le ministre des affaires étrangères, A. TCHENKELI.

Au cours de ces pourparlers, le Commissariat soviétique de Bakou, dirigé par CHAOUMIAN, proclame son allégeance à Moscou. En outre, malgré les travaux de la conférence, les Turcs continuent leur offensive militaire pour concrétiser leurs droits acquis à Brest-Litovsk. Ils occupent Ardahan et se retrouvent aux portes de Batoum et de Kars.

Avril. Dans la nuit du 13 au 14, la Diète de Transcaucasie décide de rappeler sa délégation et proclame l’état de siège. Les jeunes troupes du Caucase, constituées à la hâte et aux forces insuffisantes, s’avèrent trop faibles pour résister aux envahisseurs. Menacés à l’est par les armées bolchevistes, ils ne peuvent résister à l’armée turque au sud qui s’empare de la forteresse de Batoumi. La Turquie exige de négocier avec un  état.

Le 22, la République Démocratique Fédérative de Transcaucasie est proclamée. Le nouveau gouvernement présidé par Akaki TCHENKELI est reconnu par la Turquie.

Reprise des pourparlers avec la Turquie. En revanche, cette séparation formelle de la Transcaucasie (déjà indépendante du pouvoir central bolcheviste elle ne constituait pour autant pas un Etat) suscite – en Russie, la réaction hostile des KD, des réactionnaires, des bolcheviks et – en Transcaucasie, la réaction hostile du corps des fonctionnaires et officiers « russifiés ».

Mai. Ouverture de la 2ème conférence de paix à Batoumi (le 11), cette fois en présence de la délégation de l’Allemagne en qualité d’observatrice. Dès la première séance, les Turcs posent des conditions très dures. Elles dépassent de beaucoup les concessions territoriales accordées par le traité de Brest-Litovsk et remises en cause par la Transcaucasie. La Turquie réclame notamment la cession des provinces géorgiennes de Meskhétie et Djavakhétie, et le tiers du territoire arménien. La Transcaucasie doit aussi reconnaître sa dépendance à l’égard de la Turquie et accepter le contrôle ottoman dans les décisions relevant de sa politique intérieure.

Le 12, l’armée ottomane s’empare du chemin de fer d’Alexandropol à Djoulfa, et adresse un ultimatum réclamant la reddition d’Alexandropol (15). Des divergences sérieuses apparaissent entre les Turcs et leurs alliés Allemands qui estiment exagérées leurs revendications.

Le 19, le général VON LOSSOV propose à la délégation transcaucasienne « ses bons offices d’intermédiaire pour faciliter l’entente entre la République transcaucasienne et la Turquie ». Proposition acceptée par la délégation et refusée par la Turquie. La République Fédérative de Transcaucasie se retrouve divisées devant ces évènements :

  •     les députés azerbaïdjanais, dont la capitale est occupée par la Russie soviétique, jouent la carte des Turcs
  •     les députés arméniens, dont le pays est en grande partie sous domination turque, se refusent à lutter contre les bolcheviks.

Le 26 mai, KHALIL-BEY, président de la délégation ottomane, remet un ultimatum à la délégation transcaucasienne. Le même jour, la Diète – à l’unanimité moins deux voix – « constate l’effondrement de la Transcaucasie  et se démet de ses fonctions ».

Immédiatement, le Conseil National de Géorgie se réunit dans la salle des séances de la Diète. L’Acte d’Indépendance de la Géorgie présenté par le président du Conseil National, Noé JORDANIA, est adopté à l’unanimité. Deux jours plus tard, l’Arménie et l’Azerbaïdjan feront de même.


1914 – 1917

1914

28 juin, assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie.

28 juillet, l’Autriche-Hongrie déclare la guerre àla Serbie

1er août, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie puis, le 3, àla France, àla Serbie, et envahitla Belgique.

4 août,la Grande-Bretagne etla France entrent en guerre

6 août, l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Russie

Les partis socialistes français, allemand et belge votent les crédits militaires de leur gouvernement (Union sacrée). Au nom du groupe social-démocrate, Nicolas (Carlo) TCHEÏDZE refuse de voter les crédits militaires àla Douma.

Création en Allemagne d’un Comité géorgien, animé par G. MATCHABELI et M. TSERETELI, avec pour objectif « la libération de la Géorgie » avec l’aide des Allemands et des Turcs. Ils prennent contact avec Noé JORDANIA. Un accord se fait : à l’intérieur du pays chaque formation oeuvrera selon sa propre ligne politique. Le Comité travaillera selon la sienne à l’étranger. Sur le point fondamental de l’indépendance de la Géorgie, aucune différence n’existe. Il faut seulement définir une tactique qui permette d’atteindre l’objectif sans risquer l’existence physique de la nation géorgienne.

1er novembre, l’Empire turc entre en guerre aux côtés des puissances centrales

2 novembre, la Russie déclare la guerre à la Turquie, alliée de l’Allemagne. Le Caucase devient un enjeu important. Plus de 150.000 géorgiens sont envoyés sur les champs de bataille de la « grande guerre ».

La guerre, les espoirs de révolution et de liberté qu’elle réveille chez les peuples opprimés, les possibles alliances avec les belligérants de tous bords, alimente les débats des cercles politiques.

1915. Incursions turques sur la côte de la mer Noire (avril).

Début du génocide arménien en Turquie (printemps).

Nomination du grand-duc NICOLAS comme vice-roi. Reprise de l’offensive russe (septembre)

 1916. Vague de grèves dans les villes (février-mai).

Occupation de Trébizonde par l’armée russe (avril).

Juin. Offensive victorieuse de l’armée russe en Anatolie.

Géorgie : terre d’accueil pour de nombreux réfugiés arméniens.

Lors du IIIe Congrès de l’Union des Nationalités à Lausanne, Irakly TSERETELI présente un rapport sur les « droits du peuple géorgien ».

1917. Janvier. Situation alimentaire catastrophique en Géorgie. Cas de famine dans certaines régions.

Tenue à Lantchkhouti d’une conférence du parti social-démocrate réunissant les représentants des seules organisations géorgiennes. L’accord se fait sur un point de stratégie essentiel : la déclaration de l’indépendance dela Géorgie si des circonstances favorables se créent, c’est-à-dire si l’armée russe se retire de Géorgie. Pour éviter toute démarche précipitée, cette décision devait être tenue secrète jusqu’à la conférence suivante qui devait décider de la  rendre publique ou non. Un mois après, la révolution russe commençait.

Révolution de février. Grèves, manifestations, mutineries allant crescendo, le 26 février, le tsar dissout la Douma. Le 27, mise en place d’un double pouvoir : le comité provisoire dela Douma, le soviet des députés ouvriers de Petrograd (présidé par un géorgien, Nicolas TCHEIDZE, remplacé en mars par son compatriote Irakly TSERETELI de retour de déportation).

Le Comité réunissant les partis géorgiens voit son autorité s’accroître dès le commencement de la révolution.

Mars.  Le 2, abdication du tsar.

Le 3. Formation du Gouvernement provisoire. Le 6, publication du programme du Gouvernement provisoire (amnistie, convocation d’une Assemblée constituante élue au suffrage universel…).

Le 12, l’Eglise géorgienne rétablit son autocéphalie.

15. Tiflis apprend la chute du régime.

17. Le Conseil (Soviet) révolutionnaire des ouvriers et des soldats de Tiflis élit Noé JORDANIA comme président.

22, le Gouvernement provisoire  crée l’Ozakom, Comité Spécial de Transcaucasie.

Avril. Arrivée de LENINE à Petrograd. Vives réactions du soviet de Petrograd à la note MILIOUKOV confirmant aux Alliés l’engagement de la Russie dans la guerre, manifestations.

A l’initiative des socialistes fédéralistes et du parti national-démocrate nouvellement formé, les principaux partis géorgiens – sociaux-démocrates compris,  créent un Bureau d’information inter-partis.

Mai,  formation du 2ème Gouvernement provisoire où entrent des représentants du soviet de Petrograd.

3-24 juin, 1er Congrès panrusse des soviets à Petrograd. LENINE au nom de la minorité bolchevique (105 délégués sur 800)  déclare être prêt à prendre le pouvoir.

3-4 juillet,  « Journées de juillet » à Petrograd. Violentes manifestations d’ouvriers, de soldats et des marins de Kronstadt contre le gouvernement et le soviet. Le 24, formation du troisième Gouvernement provisoire dirigé par KERENSKI.

21 août, le Bureau d’information inter-partis est rebaptisé « Comité National Inter-partis ». N. JORDANIA et A. TCHENKELI sont élus au Comité exécutif, mais les rapports entre sociaux-démocrates et nationaux démocrates sont difficiles.

27-31 août, tentative de putsch militaire par le général KORNILOV.

Septembre. Proclamation de la République de Russie.

VIe Congrès du parti bolchevique avec la participation de l’Organisation interdistricts dont quatre représentants sont élus au Comité central, parmi eux, TROTSKI.

Octobre. Le 7, ouverture du pré-Parlement et retrait des bolcheviks dès la séance inaugurale. Le 16, TROTSKI met sur pied le comité militaire révolutionnaire de Petrograd (CMRP) chargé de préparer l’insurrection bolchevique. Le 24, début du coup d’Etat bolchevique. Le 25, Petrograd tombe entre les mains des insurgés ; le CMRP proclame la destitution du gouvernement provisoire et prend le pouvoir. Nuit du 25 au 26, attaque du Palais d’Hiver et ouverture du IIème Congrès panrusse des soviets. Retrait des socialistes révolutionnaires et des mencheviks qui dénoncent le coup de force bolchevique. Nuit du 26 au 27, dernière séance du Congrès et formation du gouvernement provisoire bolchevique, le Conseil des commissaires du peuple, présidé par LENINE.

Pendant tous ces événements, le peuple géorgien  reste organisé autour de la Social-démocratie géorgienne.

Novembre. Le 11, le Comité Spécial de Transcaucasie est dissous sur l’initiative des conseils révolutionnaires transcaucasiens qui ne reconnaissent pas le coup d’Etat bolchevique. Le Comité est remplacé par un nouvel organe, le Commissariat de Transcaucasie, présidé par Evgueni GUEGUETCHKORI, avec Akaki TCHENKELI comme ministre des affaires étrangères. Outre ce pouvoir central, les Géorgiens, Arméniens et Azerbaïdjanais créent dans leurs pays respectifs des Conseils Nationaux pour subvenir aux besoins nationaux respectifs.

Le Congrès National de Géorgie est créé sur l’instigation et la direction du Comité National Inter-partis de Géorgie. Convoqué le 19, il réunit 329 délégués représentant l’ensemble des principaux partis politiques et organisations sociales, des syndicats aux assemblées de nobles géorgiens et à l’église. Dans son adresse au Congrès (le 20), N. JORDANIA réclame un Conseil National géorgien capable de faire ses propres lois, une armée géorgienne et une milice, une administration nationale, ainsi que la nationalisation des systèmes judiciaires et éducatif. Il déclare « Nous avons deux questions à décider, et nous avons besoin d’être unis…La première question est la garantie de notre existence nationale, la seconde, la création de la  base sur laquelle nous pouvons bâtir le libre développement culturel de notre peuple. Le Congrès national est la première pierre de cette base».

Au Conseil National géorgien ainsi désigné, la prépondérance appartient au parti social-démocrate. Noé JORDANIA devient le président du Conseil National.

Le Conseil National Géorgien s’occupa d’abord de la création d’une force armée nationale, mais ne put opposer d’emblée sa propre force de défense aux forces ennemies étrangères. En effet, sur le front du Caucase comme partout ailleurs les soldats se rangèrent du côté du pouvoir bolchevique qui promettait un prompt retour dans leurs foyers. En outre, la majorité des Caucasiens ayant été envoyés sur les fronts occidentaux, Géorgiens et Arméniens se trouvaient dans une situation  tragique.

Décembre. Aussi, fut-il fait appel au peuple pour défendre la patrie. Le Comité exécutif du Conseil révolutionnaire ouvrier de Tiflis, s’étant vu refuser par l’arsenal la fourniture des armes nécessaires, les ouvriers sociaux-démocrates, très faiblement armés mais fortement déterminés, parvinrent à s’emparer de l’arsenal sans qu’aucun coup de feu ne fut tiré (le 12). A l’exemple de Tiflis, d’autres unités essentiellement constituées d’ouvriers et de paysans furent ensuite constituées dans tous les coins de la Géorgie. Le pays eut ainsi la possibilité de s’armer et de se défendre ; ces colonnes armées furent baptisées «Garde Populaire ». L‘anniversaire du 12 décembre devint, en Géorgie, une fête nationale.

Le Commissariat et les organisations révolutionnaires travaillaient en parfaite harmonie et s’efforçaient de donner localement un cours normal aux événements post-révolutionnaires.

Pendant ce temps, l’anarchie et la guerre civile dévastent la Russie, et la dictature des soviets devient sanguinaire. Création de la Tcheka, police politique du nouveau régime.

Elections de l’Assemblée Constituante Panrusse où la Social-démocratie géorgienne remporte une victoire  éclatante (72 % des voix en Géorgie).

Armistice de Brest-Litovsk entre la Russie et les Empires centraux (15).


1905 – 1913

Les dates  sont ici parfois données selon le double calendrier julien et grégorien

(Pour retrouver les dates du  calendrier julien qui existait dans l’empire tsariste et en Turquie, il faut retrancher 13 jours du calendrier grégorien)

La révolution de 1905

9 janvier (22 janvier), dimanche rouge à Saint-Pétersbourg. La garde tire sur une manifestation pacifique menée par le pope Gapone, et déclenche une période de troubles et de revendications dans tout l’empire.

En Géorgie, le parti social-démocrate organise partout des manifestations de solidarité ; ouvriers, commerçants, fonctionnaires, clergé, prennent part aux grèves et contestent les autorités tsaristes. Situation quasi insurrectionnelle en Gourie.

« Kvali » est interdit par le gouvernement. Edition de « Mogzaouri » dirigé par P. MAKHARADZE, et de « Tsnobis pourtseli » désormais dirigé par les sociaux-fédéralistes. « Iveria » n’est plus dirigé par Ilia TCHAVTCHAVADZE.

Mars. Le Comité d’Union lance un large débat sur les thèses qui se sont affrontées au Congrès de Londres. A Batoumi, lors d’une conférence de trois jours, STALINE, qui soutient les thèses de LENINE, est mis en minorité par Noé RAMICHVILI qui défend les thèses de JORDANIA.

Le journal clandestin « Social-démocratie » devint l’organe du socialisme géorgien. Noé JORDANIA y publie, avec le concours de Noé RAMICHVILI, des articles sur « Menchevisme ou bolchevisme », également publiés dans « Iskra » en traduction russe, avec une préface de F. Dan et Y. Tsereteli. Dans toute la Géorgie les thèses bolcheviques restèrent minoritaires.

« Ce n’est qu’en Géorgie que s’établit et domina le mot d’ordre organisationnel et politique fondamental du marxisme : « La libération des ouvriers est l’affaire des ouvriers » (…) alors que le mot d’ordre des Russes était : « la libération des ouvriers est l’affaire de l’intelligentsia dévouée » (…). C’est ainsi que se séparèrent les chemins des sociaux-démocrates géorgiens et russes » N. JORDANIA « Mon Passé ». (Voir aussi «Vrai et Faux Communisme» de N. JORDANIA, paru en 1925 à Paris)

Le socialisme géorgien liant l’ouvrier et le paysan prenait son caractère propre.

Mai. Arrivée à Tiflis du nouveau vice-roi (poste restauré, il avait été aboli en 1882), le comte VORONTSOV-DACHKOV, un aristocrate libéral.

Juin. Mutinerie du cuirassé Potemkine.

Août. Le 6, NICOLAS II accepte le principe de la réunion d’une Douma.

Le 29, à Tiflis, les cosaques attaquent une réunion social-démocrate : 60 morts et plusieurs centaines de blessés. Le Comité central décide de réagir et de se défendre : une milice – « les cents rouges  est alors créée. Cette organisation sera l’embryon de la  future « Garde Populaire ». Quelques jours plus tard, à Tiflis, tous les cantonnements des cosaques sont attaqués et bombardés. Cet acte eut un immense retentissement, l’administration impériale dut reconnaître son impuissance.

Septembre, Signature de la paix avec le Japon, suite à la capitulation dela Russie.

Octobre, la grève générale éclate en Russie. Le 17 octobre (30 octobre), NICOLAS II est contraint de signer le Manifeste impérial octroyant au pays les libertés d’opinion et d’association et un parlement élu, la Douma. De WITTE est nommé premier ministre.

A la fin de l’année 1905, la Géorgie se trouve en pleine insurrection. Une « République de Gourie » présidée par le social-démocrate Bénia TCHIKHVICHVILI et dirigée par un pouvoir révolutionnaire et républicain est proclamée.

La « République de Gourie éclaire la relation inhabituelle entre la social-démocratie géorgienne et la paysannerie. (…) Les  paysans géorgiens ont transformé la section géorgienne du POSDR en une organisation de masse défiant ainsi des éléments majeurs de la stratégie révolutionnaire du POSDR. (…) Le recrutement de masse des paysans dans les organisations géorgiennes entraînèrent de sérieuses réserves de la part des membres russes du POSDR au sujet de l’orthodoxie marxiste des sociaux-démocrates géorgiens.» S. Jones « Socialism in georgian colors ».

1906. La réaction écrasant les mouvements révolutionnaires dans tout l’empire, la Géorgie est victime d’une terrible répression. La République de Gourie, qui aura duré 6 mois, sera écrasée dans le sang.

Les troupes cosaques commettent assassinats, viols, incendies. 13.000 personnes sont arrêtées en Géorgie. Beaucoup sont déportées en Sibérie. Le gouvernement tsariste tente de briser les forces de la démocratie en Transcaucasie, en attisant les discordes nationales et les conflits religieux existant de longue date entre Arméniens (chrétiens) et Azéris (musulmans). Après les tueries provoquées en Transcaucasie orientale, ce devait être le tour de Tiflis. Les communautés armées étaient prêtes à s’affronter, mais les sociaux-démocrates géorgiens firent échec au pogrom projeté en montant une manifestation pour s’interposer entre les belligérants, évitant ainsi un bain de sang.

Le gouvernement tsariste ne parvint pas à anéantir le Parti social-démocrate géorgien dont les résolutions et positions sont publiées dans le quotidien légal « Skhivi » (Rayon) dirigé par N. JORDANIA.

En Mars, aux élections à la 1ère Douma de l’empire russe, alors que les deux tendances – menchevique et bolchevique – du POSDR boycottent ces élections,la Social-démocratie géorgienne décide de présenter ses candidats. Son succès est écrasant ; les trois représentants dela Géorgie sont tous des sociaux-démocrates : le chef du Parti – Noé JORDANIA, celui qui avait dirigé la manifestation salutaire de Tiflis – Isidore RAMICHVILI, et Nicolas (Carlo) TCHEIDZE.

Avril. IVe Congrès d’unification du POSDR à Stockholm.La Social-démocratie géorgienne s’oppose aux thèses des « bolcheviks », conjointement aux « mencheviks » russes. Lénine est mis en minorité. Les faux mandats de Joseph Djougachvili (STALINE) et de ses amis sont invalidés par la commission des mandats. Le POSDR est réunifié, mais les bolcheviks s’organisent en « tendance », marquant ainsi les prémisses du futur parti « bolchevique ».  PLEKHANOVdéclare au nom du Congrès : « L’autodétermination signifie le droit de la nation de créer son propre état ».

Les bolcheviks sont pratiquement éliminés du paysage politique géorgien.

Mai, réunion de la 1ère Douma.

Juillet, dissolution de la 1ère Douma.

Les députés décident de se rendre en Finlande et signent le « manifeste de Viborg » rédigé par Noé JORDANIA et Pavel MILIOUKOV (leader du parti KD). Les signataires sont arrêtés et condamnés à 5 mois de prison. Noé JORDANIA échappe à l’arrestation et  restera  plus de dix-huit mois dans la clandestinité.

1907. En mars, élections à la 2ème Douma. Toutes les tendances présentent des candidats. La Social-démocratie géorgienne voit ses sept candidats élus parmi lesquels Artchil DJAPARIDZE, Irakly TSERETELI, Bikenti LOMTATIDZE, Constantin KANDELAKI, Severian DJOUGHELI, et Guérassim MAKHARADZE. Irakly TSERETELI, le benjamin, est élu à la tête du groupe social-démocrate de la Douma, qui réunit cinquante-six députés. Il mène la lutte contre STOLYPINE,  premier ministre du Tsar.

En mai, au Congrès de Londres (Ve congrès du POSDR),la Géorgie est représentée par 29 délégués, près de 30% d’entre eux sont originaires de Gourie parmi eux N. JORDANIA. Les bolcheviks reprennent la majorité et introduisent le principe du centralisme démocratique. Noé JORDANIA est quand même élu membre du comité central.

Se préparant à dissoudre la Douma, le gouvernement lui pose un ultimatum : retirer l’immunité parlementaire des députés sociaux-démocrates pour permettre de les arrêter et les juger.

Juin. Irakly TSERETELI dans un discours mémorable en appelle à la Douma, au nom du groupe social-démocrate, pour entrer dans la voie de la lutte révolutionnaire et prendre les mesures qui s’imposent pour la défense des droits des représentants du peuple et du peuple lui-même. Le lendemain, la Douma est dissoute. Touts les députés sociaux-démocrates sont arrêtés et condamnés aux travaux forcés. Déportés en Sibérie, DJAPARIDZE et LOMTATIDZE y mourront.

En août, signature de la Triple Entente entrela France, l’Angleterre etla Russie contre la Triple Alliance germanique.

Assassinat d’Ilia TCHAVTCHAVADZE. Le mystère plane toujours sur les responsabilités. A son enterrement, intervention de deux cadres du parti Social-démocrate géorgien : Nicolas TCHEÏDZE et  Vlassa MGUELADZE.

Achèvement des travaux de l’oléoduc Bakou-Batoumi.

Malgré l’intense répression, la social-démocratie géorgienne continue à gagner du terrain dans les villes comme dans les campagnes. Ainsi, en novembre, la social-démocratie géorgienne parvient à faire élire ses candidats à la troisième Douma, dite « Douma des seigneurs », en dépit de la modification de la loi électorale au bénéfice des nobles et des riches. A la Douma, sur un total de 442 députés, seuls 18 représentent la social-démocratie dont Nicolas (Carlo) TCHEIDZE (candidat du gubernia de Tiflis) et Evguéni GUEGUETCHKORI (candidat du gubernia de Koutaïssi).

Pendant dix ans, les sociaux-démocrates géorgiens GUEGUETCHKORI, TCHEIDZE, TCHENKELI, TSERETELI demeureront à l’extrême gauche de la Douma et assureront une représentation légale et publique aux exigences démocratiques.

1908. En décembre, réunion plénière du Comité central du POSDR à Paris. N. JORDANIA, membre du comité central, y participe. A l’origine de la convocation, l’arrestation du bolchevik LITVINOV pour vol d’assignats. Les bolcheviks, qui ont perdu tout prestige dans les milieux socialistes européens et auprès de l’Internationale socialiste, cèdent et cessent leurs « expropriations ».

Le parti, partagé entre bolcheviks « expropriateurs » et mencheviks « liquidateurs » (ceux-ci sont contre l’action clandestine, leur objectif est l’instauration de la démocratie bourgeoise en Russie), semble au bord de la décomposition.

En décembre, tout en restant sur les positions du menchevisme, PLEKHANOV et son groupe plaident en faveur du maintien de l’organisation illégale et du travail illégal du Parti. Ils réalisent un accord avec LENINE  et les bolcheviks.

La social-démocratie géorgienne poursuit son chemin original et décide de développer parallèlement  organisations légales et  illégales.

Akaki TCHENKELI reprend, lors de nombreuses réunions à Genève, la thèse de l’autonomie nationale culturelle.

Assassinat de l’archevêque NIKON, exarque de Géorgie. Fortes tensions entre prêtres géorgiens et éléments conservateurs du clergé russe.

1911. PLEKHANOV rompt avec LENINE.

Les organisations sociales-démocrates discutent de la question nationale.

1912. A la conférence de Prague (janvier), les bolcheviks excluent les mencheviks, inaugurant ainsi officiellement une existence autonome ; STALINE (Joseph Djougachvili) entre au comité central. Les bolcheviks continueront cependant jusqu’en 1918 sous l’appellation POSDR avec la mention entre guillemets du terme « bolcheviks ». En 1918, le POSDR désignera uniquement les mencheviks dirigés par MARTOV.

Grève générale en Géorgie (avril).

Dissolution de la 3ème Douma (juin).

Le député social-démocrate géorgien Akaki TCHENKELI réclame la « création d’institutions pour le libre développement de chaque nationalité ». LENINE est furieux. STALINE prépare la riposte bolchevique.

Novembre, début de la 4ème DOUMA. Les lois nouvelles et la répression provoquent la diminution du nombre total de députés sociaux-démocrates. Les ouvriers russes portent massivement leurs suffrages sur les candidats bolcheviques, contrairement à ce qui se produit en Géorgie. Là, comme à l’accoutumée, les candidats sociaux-démocrates sont élus.

1913. Célébration du tricentenaire du règne des ROMANOV.

Publication de « La question nationale et la sociale démocratie » de STALINE.

Grèves et manifestations dans tout le pays.


1897 – 1904

1897. La population de Géorgie atteint 1.919.000 habitants dont 84 % sont des ruraux, 68 % des Géorgiens et 9 % des Arméniens. Tiflis compte 160.000 habitants.

Début du réveil de la classe ouvrière et de sa mobilisation politique. Effervescence des idées. Le journal « Iveria » diffuse des idées cantonnées dans le champ culturel : généralisation de l’instruction, école géorgienne, théâtre géorgien. Dans, le Journal « Kvali », on remarque l’émergence des idées progressistes. Les idées marxistes pénètrent la société. Ainsi, les marxistes ont créé des cercles de travail avec les ouvriers, mais ils refusent toute action légale, privilégiant l’action illégale. Cette ligne était défendue par les « nouveaux sociaux démocrates » (Vasso TABADZE), par PASTALEVSKI, KETSKHOVELI, etc. qui dominent les cercles illégaux. Les pionniers du mouvement social-démocrate, dits les « anciens sociaux démocrates » (âge moyen 29 ans !), sont d’une opinion différente.

Au retour en Géorgie de Noé JORDANIA, après concertation avec les « anciens sociaux démocrates » qui avaient participé à la conférence de Kvirila, il est décidé de donner au mouvement ouvrier un caractère plus large où à l’aspect économique s’ajouteront les aspects social et politique. Décision est prise de compléter l’action illégale et clandestine par des actions légales dont le premier acte consiste à se doter d’un journal.

Au même moment, Ilia TCHAVTCHAVADZE propose à Noé JORDANIA la direction de son journal « Iveria », ce que Jordania décline.

1898. Le Parti socialiste prend contact avec G. TSERETELI qui accepte de céder son journal « Kvali » (Le Sillon), en janvier. Noé JORDANIA prend la direction du journal. Il le transforme en organe légal des marxistes géorgiens et en fera le centre de ralliement de la social-démocratie géorgienne.

Les campagnes entreprises par « Kvali » jouèrent un rôle considérable dans l’évolution sociale et politique de la Géorgie et dans « la régénération du peuple géorgien par l’union des paysans et des intellectuels démocrates avec le prolétariat, champion du progrès, en Géorgie comme dans le monde entier. » W. Woytinski

Une polémique s’engage entre socialistes et nationalistes géorgiens par articles interposés entre Ilia TCHAVTCHAVADZE et Noé JORDANIA, les articles de ce dernier faisant apparaître l’essence réactionnaire du nationalisme nobiliaire.

1900. Le 1er mai, 600 militants et sympathisants socialistes se rassemblent dans une vallée proche de Tiflis. Au terme de cette manifestation, la décision est arrêtée de célébrer le 1 mai suivant à Tiflis.

Sylvestre DJIBLADZE est envoyé en Russie pour prendre contact avec le POSDR, Parti Ouvrier Social-démocrate de Russie, récemment créé (mars 1898)  à Minsk. Une délégation de socialistes russes est à son tour invitée en Géorgie.

1901. Manifestation du 1er Mai  à Tiflis. Elle réunit plusieurs milliers de personnes. Les cosaques chargent. Nombreux tués et blessés. Les prisons se remplissent des militants sociaux-démocrates, parmi eux Noé JORDANIA, Vlassa MGELADZE, Sylvestre DJIBLADZE….

En Russie, fondation du parti Socialiste-révolutionnaire, issu du mouvement populiste des années 1870-1880.

1902. La situation devenant extrêmement tendue, ses leaders en prison, la Social-démocratie géorgienne décide d’adhérer au POSDR.

De multiples grèves secouentla Géorgie. Lesreprésailles sont violentes : des travailleurs sont tués ou emprisonnés, d’autres, licenciés en nombre, retournent dans leurs villages.

Les « vieux » chefs sont rejoints par une génération de militants plus jeunes, Noé RAMICHVILI, Noé KHOMERIKI, Artchil DJAPARIDZE, Irakly TSERETELI…Les deux premiers assurent le travail d’organisation, les deux derniers se font connaître par leurs écrits et leur propagande

Le parti dirige les grèves et couvre les campagnes de comités paysans. L’alliance des ouvriers et paysans se réalise et la paysannerie (80 % de la population) devient la force principale de la Social-démocratiegéorgienne, comme en témoigne le puissant mouvement paysan de Gourie (Géorgie occidentale), dirigé par des sociaux-démocrates. La Gourie ne reconnaît plus les autorités tsaristes et s’autoadministre.

Au cours de l’hiver, dans la perspective de l’élection du Comité d’Union dela Transcaucasie (Comité central) la conférence du parti pourla Transcaucasie se tint à Tiflis sous la présidence de N. JORDANIA. Celui-ci  est chargé de rédiger le programme du parti à l’échelle du Caucase et dela Russie.Puis, l’ordre de le déporter étant arrivé, il parvient à embarquer pour l’Europe.

Ouverture de la ligne de chemin de fer Tiflis-Erevan.

1903. Importantes manifestations à caractère politique à Tiflis et Batoumi.

Tenue du 2ème congrès du POSDR (Bruxelles-Londres, 30 juillet-23 août 1903). A ce congrès deux tendances s’affrontent : les Bolcheviks (de « bolchinstvo », majorité) et les Mencheviks (de « menchinstvo », minorité). Noé JORDANIA s’oppose à LENINE, leader des bolcheviks.  La scission entre bolcheviks et mencheviks a peu d’impact en Géorgie.

Le Comité de Transcaucasie décrète une grève générale à visée politique dans toute la région. Elle durera trois jours avec succès. Violents affrontements avec les forces de l’ordre.

1904. Guerre Russo-Japonaise.

Formation à Genève du Parti des socialistes fédéralistes géorgiens « Sakartvelo ». Proche des socialistes révolutionnaires russes, ils se réclament de l’Autonomie nationale territoriale dans le cadre d’un état fédéral décentralisé. Ses fondateurs sont Artchil DJORDJADZE et Guiorgui LASKHICHVILI. Publication à Paris de « Sakartvelo », journal bilingue franco-géorgien qui publiera des articles de Noé JORDANIA, collaboration de courte durée. Ce dernier sortira un pamphlet intitulé « Les nationalistes géorgiens » condamnant la politique de coopération de classes défendue par « Sakartvelo » : « Comment le loup et l’oie pourraient-ils cohabiter dans une même plume ? » écrit-il.

Le parti Social-démocrate géorgien développe des organisations dans tout le pays.

Mise en service d’un réseau de tramways à Tiflis.

Blessé en juillet, lors d’un attentat, le gouverneur général du Caucase, G. GOLITSYNE, rentre en Russie.